Rencontre avec Christian Randrianasolo : de l’orphelinat à l’engagement humanitaire.

Rencontre avec Christian Randrianasolo : de l’orphelinat à l’engagement humanitaire.

Je rencontre aujourd’hui Christian Randrianasolo (prononcer « Randriansoul »), qui supervise la production de spiruline de l’association Antenna. Nous nous installons dans un petit salon du centre des Filles du Coeur de Marie (FCM). Après que avoir échangé quelques mots, il raconte :

« A la mort de mon père en 1996, j’ai habité dans l’orphelinat des Enfants du Soleil, avec mes deux sœurs et mon frère. Nous avons été « récupérés » par le docteur Charles Randrianasolo (avec lequel il n’a pas de lien de parenté, ndlr), qui avait étudié avec mon père et qui présidait l’association des Enfants du Soleil. Après avoir passé mon bac j’ai décidé de me lancer dans des études d’agronomie. Les années de galère m’ont donné envie de changer la donne alimentaire dans mon pays. ».

 

 Persévérance et don de soi

A la fin de son DUT, alors qu’il doit choisir une spécialisation pour poursuivre ses études, son mentor « le Dr. Charles [lui] parle d’un truc nouveau qui est arrivé à Madagascar », la spiruline. Cette algue verte possède l’avantage d’être non seulement très riche en protéines et autres nutriments (vitamines, fer, etc …) mais également rapide et facile à cultiver ; le contenu des bassins peut être récolté tous les trois jours ! Une fois déshydratée et conditionnée, la spiruline devient alors un complément alimentaire de premier choix pour un pays aussi durement touché par la malnutrition que l’est Madagascar.

Par l’intermédiaire des Enfants du Soleil il rencontre Gérard Galus, co-directeur d’Antenna technology. Cette association a été créée en 2005 par Mr. Galus et Yves Lesage, directeurs régionaux du groupe HOLCIM, qui après plusieurs voyages d’affaire à Madagascar ont décidé de lutter à leur niveau contre la pauvreté.( M. Galus est décédé le 10 septembre 2014 des suites d’une longue maladie).

Christian Randrianasolo se voit alors proposer un stage pour aider à mettre en place des bassins de culture de spiruline dans la région d’Antsirabe. Nous sommes en 2005 et Christian y voit l’opportunité de poursuivre ses études tout en participant activement à la lutte contre la malnutrition. Prouvant son efficacité et sa motivation, il se voit rapidement proposer la direction de la production de spiruline sur les sites des Enfants du Soleil. Il participera ainsi avec Antenna à la création de trois sites de culture irriguée, le but étant à terme de les rendre autonomes et économiquement viables. Aujourd’hui, trois mille enfants voient leurs repas enrichis par la production de ces sites.

 

Crédits : Théo Mercadier

Crédits : Théo Mercadier

Répandre le modèle

Après s’être ainsi implantée sur l’île, la direction d’Antenna décide d’élargir son champ d’activité. S’en suivent de nombreux partenariats avec d’autres ONG désireuses de cultiver de la spiruline. Antenna co-finance la mise en place des cultures en bassin et partage son savoir-faire, laissant ensuite les différentes associations gérer de manière autonome la production tout en restant à leur disposition pour des conseils techniques.

L’association française Esperanza est l’une de ces ONG désireuses de participer activement à l’aventure spiruline. C’est après un congrès de la MIAE, durant lequel Gérard Galus présente les vertus du complément alimentaire, que la direction d’Esperanza prend la décision de s’y atteler. Ainsi est né le projet Fanantenana (« espérance » en malagasy) qui vise à la construction et à la gestion locale autonome de bassins de spiruline à Antsirabe. Les travaux du site de Nazaretakely, dont la fin est prévue pour le mois d’octobre, permettront de fournir en complément alimentaire les cinq centres nutritionnels soutenus par l’association dans la région. La mise en place de ce système autonome et pérenne ne serait pas possible sans le concours de communautés religieuses comme les Filles du Cœur de Marie, des femmes engagées quotidiennement dans la lutte contre la pauvreté infantile. Ce sont elles qui, à terme, devront superviser sur la durée la production, la distribution et la commercialisation de la spiruline dans la région.

Aujourd’hui Christian Randrianasolo est, à 29 ans, directeur de la succursale Nutrispir Antenna. Il préfère exercer cette fonction bénévolement, s’allégeant ainsi des contraintes que peuvent poser un emploi salarié et une dépendance directe à la maison mère Antenna, basée en Suisse. Cela lui laisse le temps de mettre en place d’autres projets sociaux, comme la Maison de la Nutrition.

 

10527413_10203690907209947_8513521971809989484_n

Crédits : Théo Mercadier

 

 

Un suivi nécessaire

Cet organisme de taille réduite, situé au domicile de Christian Randrianasolo, accueille quotidiennement une trentaine d’enfants touchés par la malnutrition. Ils y trouvent tous les midis un repas équilibré. Cet accueil journalier a pour avantage de permettre un suivi précis des bienfaits de la spiruline sur l’organisme des enfants. L’algue est déshydratée puis insérée dans leur nourriture, sa distribution se fait par cures d’un mois et demi le temps que l’organisme puisse réagir à ce régime particulier. La Maison de la Nutrition œuvre en partenariat avec un cabinet médical, basé à Ambohimen, destiné à soigner les enfants et à analyser les résultats de leur régime alimentaire. Au total, ce sont plus de 15000 repas qui sont ainsi distribués annuellement dans le cadre de ce programme.

Toutefois, malgré leurs efforts, Christian et ses partenaires sont durement confrontés à la source indirecte de la malnutrition : la pauvreté. « Avant on prenait les enfants pendant un mois et demi puis on les relâchait. Mais après les avoir laissés pendant six mois on a vu qu’ils étaient retombés dans leur vie d’avant : mendicité, fouille des poubelles, … déplore-t-il. La pauvreté et la malnutrition forment un cercle vicieux qu’il faut briser ». C’est la raison de l’existence du troisième programme d’Antenna Nutrispir.

Au-delà de la production de spiruline et de l’assistance technique et financière aux autres ONG, Antenna propose de prendre le problème à la source. Ainsi l’association a mis en place un système de micro crédit destiné à permettre aux parents des enfants pris en charge d’entretenir une activité rémunératrice. Le but est que ces familles puissent nourrir sainement leurs enfants en dehors des centres nutritionnels. Un père de famille se verra par exemple prêter une dizaine d’euros pour pouvoir fournir son épicerie en fruits et légumes, relançant ainsi un commerce menacé. Dans cette optique, la Maison de la Nutrition s’occupe de ces enfants le midi le temps que leurs familles se rétablissent financièrement, ce qui peut prendre jusqu’à 6 mois.

Face à l’ampleur de la tâche et malgré l’absence totale de soutien de la part du gouvernement malgache, Christian Randriansolo ne décourage pas. C’est bien là la grande force à l’œuvre ici : sous la poussière et la pauvreté, l’espoir d’une vie meilleure.