La mort symbolique de la Vème République et sa fonction présidentielle

La mort symbolique de la Vème République et sa fonction présidentielle

Merci pour ce moment : c’est l’Etat qui remercie Valérie !

« Moi Valérie Trierweiler je serai une femme bafouée. Moi, Valérie Trierweiler, je serai une femme humiliée. Moi Valérie Trierweiler, je serai une femme trompée. Et surtout, moi, Valérie Trierweiler, je tuerai la Vème République. » Du moins, sa pensée. Son esprit.

« La bombe littéraire » de la rentrée, comme aiment tant relayer les chaînes infos, (encore ce livre puisse t-il être considéré comme une « oeuvre littéraire ») s’avère être une véritable tempête pour l’Elysée, dans la continuité des événements récents. Du rebelle Montebourg au désormais célèbre Merci pour ce moment, les contradictions et ennemis ne cessent d’affluer face au chef de l’Etat, pour une rentrée politique très animée. Renvoi de l’ex avocat; Silence radio vis-à-vis du livre de l’ex première Dame ? Malheureusement, la Constitution n’offre pas d’articles miracles pour se protéger d’une offensive surprise, surtout quand elle vient d’une ancienne compagne du président, animée par un esprit (hystérique ?) de vengeance. (A quand Marine Le Pen qui propose une énième dissolution, cette fois de la Première dame ?)

François Hollande n’est pas un enfant de choeur, la France l’a bien compris après sa rupture avec Valérie Trierweiler. Son humour, aussi peu drôle soit-il, est aussi bien connu. De là à révéler les coulisses d’un président affaibli, déballer toute sa vie privée hors du contexte, le présenter comme un être « déshumanisé », aigri par le pouvoir, hautain et méprisant auprès des personnes les plus pauvres (« Le président n’aime pas les pauvres »), en sachant pertinemment que l’intéressé ne pourra répondre : la démarche est lâche. Aussi goujat et insupportable soit l’heureux intéressé.

Ce déballage, pouvant être qualifié de scandaleux car relevant de la vie privée d’un homme, n’est pas une simple attaque envers une personne. Il est le révélateur des fissures d’une institution à bout de souffle depuis bientôt 50 ans, les fissures et faiblesses de la Vème République et son monarque républicain. Utopie gaullienne, le président arbitre au dessus des partis, à l’écart des conflits, dont la vie privée serait un mystère absolu, est aujourd’hui mort. Les plus observateurs diront d’ailleurs que cette fonction n’est plus depuis longtemps : la remarque est juste.

Par ailleurs, le mythe de l’homme providentiel tel qu’il a été dessiné pour la fonction présidentielle en 1958 n’a jamais existé. Et ce n’est pas le président au scooter qui remettra au goût du jour cette idée complètement ridicule.

Sans oublier la facette internationale du personnage. En effet, le président de la République est en charge des relations internationales, il est le symbole du pays à l’étranger et est le maitre des négociations avec les autres pays. Avec le livre de Trierweiler, c’est peut être l’image du président dans le monde qui prend un sacré coup. Au sommet de l’OTAN, les Merkel, Renzi et Obama apprécieront les discussions avec un président français dépeint comme un personnage cynique, indifférent aux autres, voire méprisant. Bref, un homme mauvais au sommet de l’Etat, d’après les dires de madame Trierweiler.

Le  XXI ème siècle et l’explosion des médias numériques, d’internet, de la « peopolisation » du monde politique, ont également participé à cet affaiblissement de la stature présidentielle telle qu’elle était conçue dans les années 60. Le propos tenu n’est d’ailleurs pas une critique de ce phénomène, loin de là. Le président de la République est certes « élu par le peuple », mais il reste cependant un homme comme les autres. Il n’a donc pas à avoir à subir les sautes d’humeur de son ex compagne, et voir sa vie privée étalée au grand jour, contre son gré. Pourquoi ? Parce qu’il est un individu comme les autres.

En France, on aime avoir un roi pour lui couper la tête. Valérie Trierweiler, elle, a fait mieux : en plus d’une vengeance extrêmement bien monnayée, elle a guillotiné une fonction présidentielle à bout de souffle, suspendue aux 13 petits pourcentages de popularité du pauvre François (mais très certainement +300% d’opinion positive chez les libraires). Et dire qu’il n’en est qu’à la moitié de son mandat…

Monsieur le président de la République, la fonction présidentielle est-elle morte ? Il vous répondra dans le Tome 2, Merci pour cette question.

 

Ne ratez pas le premier numéro des aventures du Petit Hollande : La rentrée.