Rencontre avec sœur Brigitte

Rencontre avec sœur Brigitte

Une petite femme souriante vient me chercher après un petit déjeuner succinct et m’annonce une entrevue imminente avec sœur Brigitte, la cheftaine de la congrégation régionale des Filles du Cœur de Marie (FCM) et le premier relais malgache de cette congrégation religieuse basée à Paris. Après quelques marches dans lesquelles nous croisons un enfant s’occupant avec un jouet en bois, ma guide toque à une porte.

   Sœur Brigitte n’est pas vraiment l’image que l’on pourrait se faire d’une bonne sœur malgache. Vêtue en civile, tout comme sœur Eliane, maquillée et le cheveu court, elle passerait plutôt pour une businesswoman déterminée. Nous échangeons quelques paroles chaleureuses et entamons notre discussion dans un bureau frais et éclairé.

   Les FCM sont arrivées en 1959 à Tananarive, la capitale, puis elles se sont développées dans l’ensemble du pays. Ainsi on compte aujourd’hui trois communautés religieuses à Tana, et d’autres à Antsirabe, Ambositra, Imito, Fianarantso, Bort Bergé et Majunga, soit un total de 9 communautés. Ces dernières œuvrent toutes au développement social et au traitement de la pauvreté, et ce en se concentrant principalement sur les enfants, même si leurs modes de fonctionnement ou leurs cibles directes peuvent varier.

SOEUR-brigitte
Crédit photo : Théo Mercadier

   A Tana, le centre pour enfants accueille entre 150 et 200 enfants selon les périodes, du nouveau-né à l’adolescent de 16 ans. Les nourrissons sont généralement des enfants abandonnés par leurs mères en raison de l’extrême pauvreté qui touche une part importante de la population. Ces enfants sont alors récupérés par les FCM, éduqués, nourris et vêtus toute l’année. La prise en charge par la communauté religieuse dure jusqu’à leurs 16 ans et le financement est en grande partie permis grâce à un système de parrainage par des français, notamment des Lillois.

   Le but est donc de ramener aux familles des jeunes en bonne santé, sachant lire, écrire et ayant été élevés dans la morale religieuse. On imagine facilement la joie des parents lors de ces retrouvailles le plus souvent inattendues, mais certains adolescents préfèrent voler de leurs propres ailes. Les orphelins, nombreux dans ces centres, sont quant à eux orientés vers une communauté de prêtres où ils sont initiés à des métiers mécaniques dans le but de les rendre autonomes et responsables.  Certains d’entre eux sont toutefois irrécupérables et seront malheureusement abandonnés à une vie de larcins … Pour les plus sérieux et les plus travailleurs, un accès à l’université est possible !

10711345_10203840518950147_961222302_n
Crédit photo : Théo Mercadier

   L’aide sociale par les FCM s’organise également sur le modèle des « centres du jour », des écoles primaires dans lesquelles les parents déposent leurs enfants pour la journée afin qu’ils soient nourris et instruits, choses impossibles autrement du fait de leur extrême pauvreté. De plus, les Filles du Cœur de Marie ont mis en place une école pour filles payante issues de familles dites « favorisées ». A la sortie de cette école qui accueille entre 50 et 80 jeunes filles selon les années, les chances de poursuivre leurs études au lycée puis à l’université sont grandes.

   L’ensemble de ce système est permis grâce  la formation d’éducateurs sociaux, formation que les Filles du Cœur de Marie gèrent directement. Il est réjouissant de constater que certaines des jeunes filles ayant bénéficié de l’éducation des FCM peuvent être retrouvées dans ces Instituts de Travail Social. Ainsi un cycle semble s’être installé, pérennisant l’aide sociale et rendant les jeunes conscients que la lutte contre la pauvreté via l’éducation est possible.

   Quid de l’association française Esperanza dans le fonctionnement des centres ? Sœur Brigitte me parle d’un mémoire sur les cantines scolaires réalisé par l’une des sœurs de sa congrégation afin de lancer un projet similaire dans la ville d’Imito. C’est à la suite de ce mémoire, qui apparait en fait comme une demande d’aide, que le lien avec Esperanza a été tissé. Le partenariat entre les Filles du Cœur de Marie et Esperanza facilite grandement la mise en place de ce type de centres éducatifs, que ce soit sur le plan financier ou logistique. Je reviendrai plus en détails sur la nature de ce partenariat, son organisation, ses contraintes et sur ses nombreux avantages.

ÉPISODE 2 : Vohijanahary : quartier en quête d’avenir.

ÉPISODE 1 : Rencontre avec Christian RANDRIANASOLO