L’enfant d’Internet

L’enfant d’Internet

Encore quelque chose sur lequel je suis sans doute un peu en retard.

Aaron Swartz. Si internet peut être considéré comme un monde à part entière, il en est sans doute l’une des principales icones. Génie absolu de la programmation, Aaron aurait pu comme d’autres profiter de son talent pour tout simplement faire de l’argent. Il aurait pu triompher dans le monde des start-ups Américaines, et côtoyer Mark Zuckerberg  au panthéon des milliardaires issus de la toile. Aaron Swartz aurait pu être n’importe quoi.  Mais poussé par des idéaux et une profonde inspiration au changement,  il choisit une vie de lutte. Lutte en faveur du partage, lutte en faveur de l’accès à l’information et de la démocratie. Et c’est son parcours qui est raconté dans le documentaire « The Internet Own’s Boys » disponible comme l’aurait voulu son principal protagoniste en accès libre sur Youtube.

Celui à qui on doit Reddit, les innovantes licences Creative Commons (auxquelles il a participé au développement) ou encore le flux RSS, a donc très vite mis son talent au service de causes politiques ; Il a par exemple, téléchargé depuis des bibliothèques un nombre impressionnants de textes juridiques fédéraux supposés être libres d’accès. Mais son plus spectaculaire coup d’éclat, celui qui lui vaudra les griefs des plus hautes autorités Américaines, a été dirigé contre, l’éditeur scientifique JSTOR à qui il reproche notamment d’abuser les chercheurs et d’être trop cher. Entre 2010 et 2011, il télécharge illégalement plusieurs millions d’articles depuis les bases de données du MIT. Mieux encore, il réussit à s’introduire dans leurs locaux et à connecter un disque dur directement sur leurs serveurs. Attrapé grâce à la vidéosurveillance,  il va être pris dans un engrenage judiciaire dont il ne pourra se défaire. Il est rapidement accusé d’avoir volé ses fichiers dans le but de les revendre. Mais plus que cette action, qui peut difficilement être considérée comme un crime, (il est facile d’imaginer que son ambition était le libre accès) c’est son engagement qui est en cause : Aaron Swartz pour l’administration Américaine devait servir d’exemple. Malgré quelques victoires significatives (notamment contre le SOPA) il fut rapidement épuisé par cette affaire, d’autant plus qu’il se retrouva avec 13 chefs d’accusations – dont la plupart sans fondement précis – retenus contre lui.  Sans doute déprimé, sous pressions et face aux perspectives de plus en plus réduite, il se donna la mort le 11 Janvier 2013 à New York laissant derrière lui tout un monde en deuil, mais aussi un formidable héritage. Ça, c’était pour la (grande) histoire du Monsieur.

Qu’en est-il du documentaire en lui-même ? Eh bien, cet énième film financé grâce au crowdfunding fait mouche. Il se révèle extrêmement inspirant, tout comme son objet principal. Efficace, il peut paraître complaisant, manquant de réelle opposition au point de vue de l’activiste d’internet et de ses proches. Mais on voit mal quel autre traitement aurait pu être adopté, d’autant plus que ses opposants n’ont pas souhaités être interviewé. Ce film n’est sans doute pas réalisé dans l’optique de dévoiler la vie d’un personnage controversé, mais plutôt pour faire naître un questionnement, des interrogations et transmettre les valeurs qui étaient celle de Swartz à l’heure où son combat n’est toujours pas remporté. Le doc’ a sa démarche, et tape dans le mille, malgré quelques passages qui font dans le pathos facile et une construction assez linéaire. « The Internet’s Own Boy » est presque un incontournable, une hymne à la révolte, un appel à la prise de conscience intelligent et passionnant.

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