Critique : Horns

Critique : Horns

Horns, c’est l’adaptation du roman de Joe Hill, fils du grand Stephen King. Horns, c’est l’histoire d’Ig Perrish, jeune homme accusé du viol et du meurtre de sa petite amie (Merrin). Rejeté, considéré même comme le visage du diable par les habitants de sa petite ville, où se mêlent colère et incompréhension, il voit un jour des cornes lui pousser sur le front. Et avec elles viennent des capacités paranormales, qui lui permettront de se lancer dans la quête du véritable meurtrier. Cette œuvre est avant tout l’histoire d’une descente aux enfers, celle d’un homme pour qui son premier amour représentait son jardin d’Eden, utilisant une partie de la « mythologie » chrétienne de manière totalement débridée et audacieuse. On peut également aisément voir en Horns une critique du système médiatique américain, par l’intermédiaire de certains personnages aux allures de rapace qui apparaissent régulièrement au cours du film.

4496729_3_6755_horns-d-alexandre-aja-ici-avec-juno-temple_0d24a49fe49990a286bbb056d8fb72b2

Ce récit d’enquête imprégné de fantastique, jouit d’un traitement aux petits oignons, du point de vue de l’écriture d’abord, qui témoigne d’un vrai recul et qui met le second degré à l’honneur à de nombreuses reprises. Horns est un film réellement drôle, qui sait assez bien mêler les tons pour un résultat à l’image de son auteur : fou.

Ce traitement se sent d’ailleurs aussi dans la mise en scène ; Le réalisateur de Haute Tension a déjà prouvé qu’il savait être tout simplement jouissif, et accouche avec Horns d’un film pétillant et excentrique,  qui dans ses meilleures scènes se permet toutes sortes d’audaces esthétiques et visuelles. (On aurait malgré tout aimé voir plus de gore.) Nous sommes face à un univers résolument « jeune » et coloré qui réunit habilement film pour ado et véritable film de genre ; notamment par son emballage « pop » (Oh mon dieu, cette BO) allié à la patte d’un réalisateur qui sait nous faire croire à l’histoire de ce personnage, et va comme lui jusqu’au bout. Jusqu’au bout d’une volonté d’offrir un vrai bon film fantastique grâce à des scènes filmées avec l’énergie qu’on lui connaît, de pures scènes d’horreurs aux trips cauchemardesques découpés et montés à la hache (mais toujours avec finesse).  Aja, par ailleurs est servi par des acteurs qui adhèrent à son idée, la palme à Daniel Radcliffe, qui confirme tout le bien qu’on pense de lui depuis la fin de la saga Harry Potter.

Malgré tout, le film n’est pas aussi malade qu’il ne devrait l’être. On sent qu’Alexandre Aja est bridé par son matériel de base (et peut être des exigences de production) et ne va pas aussi loin qu’il le pourrait. Globalement, le film dans son traitement général et sa conclusion, reste très « gentil » alors qu’il aurait pu être carrément dérangeant et subversif. Si on devait citer un autre défaut du film, c’est sa longueur. L’enquête policière en elle-même traîne énormément et le film souffre de problèmes de rythme évidents. On aurait notamment aimé que les scènes les plus idylliques durent moins longtemps. Enfin, l’ensemble reste un poil cheap, ce qui peut donner un cachet « Série B » intéressant au film mais le dessert lors de certaines scènes et l’empêche de franchir un certain palier en terme de qualité.

Horns est malgré tout un film sympathique (devant lequel on passe un réel bon moment) détonnant, rafraichissant et précieux, car un film d’Alexandre Aja l’est toujours.

Hits: 80