Chine : la première puissance économique face aux défis de demain

Chine : la première puissance économique face aux défis de demain

La nouvelle est tombée il y a quelques jours : le Produit Intérieur Brut (PIB) de la Chine aurait, selon le Fond Monétaire International, dépassé celui des Etats-Unis. Un événement qui marque l’avènement d’une puissance qui, s’il était annoncé depuis plusieurs décennies déjà, implique des enjeux d’une importance capitale. Ce renversement des puissances n’est-il pas trop hâtivement annoncé ? Quels critères prendre en compte ? Allons-nous assister, en ce premier quart du XXIe siècle, à l’un des bouleversements géopolitiques les plus importants de l’Histoire ?

17 632. C’est, en milliards de dollars, le PIB chinois en 2014. Une valeur qui dépasse légèrement celui des Etats-Unis, estimé à 17 416 milliards de dollars. Des chiffres loin d’être anecdotiques puisqu’ils marquent la « fin » d’une hégémonie américaine de plus d’un siècle. La méthode de calcul est en plus pour le moins rigoureuse. Ces valeurs sont en effet mesurées en Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), ce qui évite que les taux de changes officiels ne viennent biaiser la comparaison. Ainsi, la PPA permet de comparer le niveau de vie « réel » des deux pays concernés. Plus de 3000 biens et services ont donc été intégrés à un panier représentatif afin d’offrir la comparaison la plus concrète possible entre les pouvoirs d’achat chinois et américain.

En réalité, si l’on prend en compte le PIB nominal (non corrigé de l’inflation), les Etats-Unis restent largement devant la puissance chinoise (17 000 contre 10 000 milliards de dollars environ), ce qui tend à relativiser le renversement observé. Pour autant, cet avènement de la Chine n’est qu’un début, tant le FMI semble persuadé que l’écart ne fera que s’agrandir dans les années à venir.

Il faut dire que la Chine impressionne autant par sa puissance économique que par la rapidité avec laquelle cette dernière s’est formée. En 2000, le PIB américain était trois fois supérieur à celui de la Chine, qui s’est considérablement développée depuis. Pays le plus peuplé de la planète depuis son unification, cette dernière a été, semble-t-il, l’une des toutes premières puissances économiques mondiales une partie du XIXe siècle.

Plus que son développement, c’est sa modernisation et son adaptation à l’économie de marché, opérée en 1979 sous l’impulsion de Deng Xiaoping, qui impressionnent. Le mythe d’une Chine uniquement tournée vers des produits peu sophistiqués nécessitant une main d’œuvre peu qualifiée semble n’être qu’un lointain souvenir. L’économie chinoise développe de plus en plus le secteur des services, les produits manufacturés occupent une place de plus en plus importante dans la production nationale et la main d’œuvre, bien qu’encore sous payée, a vu son salaire progresser significativement depuis quelques années (+23% en 2010, +22% en 2011). Le plan quinquennal 2011-2015 prévoit d’ailleurs une hausse annuelle de 13% des salaires.

Parallèlement à son développement économique, la Chine a su profiter de sa formidable croissance (7,5% au deuxième trimestre 2014) pour tisser des liens diplomatiques très forts. Sa nouvelle place au sein de l’échiquier international est symptomatique de son importance et de sa crédibilité. De récents projets témoignent de son envie de renforcer ses relations internationales et régionales, comme la Nouvelle Banque de Développement, créée dans le cadre de l’alliance des BRICS (Brésil, Russie, Inde,  Chine et Afrique du Sud), le renouvellement de la Banque asiatique d’investissement ou encore le développement d’un réseau ferroviaire inédit en Asie. Sa proximité avec les Etats-Unis (dont elle détient une grande partie de la dette), ses nombreux pôles d’investissements en Europe (dont la France) et sa volonté d’investir dans des projets d’envergure ne font qu’étendre son influence. Sans oublier que la Chine figure parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Mais alors pourquoi cette passation de pouvoir ne semble-t-elle pas totale ? Comment expliquer la réticence de certains économistes à qualifier dès à présent la Chine comme la première économique mondiale ? Tout simplement car son PIB, aussi impressionnant soit-il, ne fait que cacher des faiblesses profondes sur plusieurs plans.

Malgré des avancées énormes, les travailleurs chinois aspirent toujours à une nette amélioration de leur niveau de vie. La progression fulgurante de leur pouvoir d’achat est à relativiser, tant leurs salaires initiales étaient bas. On estime désormais le salaire minimum à environ 200 euros. Un salaire nettement insuffisant pour stimuler la demande intérieure, objectif principal de l’exécutif chinois. La Chine ne se place d’ailleurs qu’à la 89ème place du classement des pays selon le PIB par habitant (12 900 dollars par an contre 54 700 pour les Etats-Unis). Encore plus que les salaires, la couverture sociale demeure un enjeu essentiel pour les travailleurs chinois, qui ne bénéficient pas des mêmes normes sanitaires ou de sécurité que dans les pays dits développés. Le nombre de grèves a d’ailleurs augmenté de plus d’un tiers sur un an au premier trimestre 2014.

De surcroît, l’augmentation du salaire minimum a également été un moyen de répondre à l’accroissement faramineux des inégalités. Le coefficient Gini, qui mesure la répartition des richesses au sein d’une économie donnée, est estimé à 0,73 en 2012 (1 étant le niveau le plus inégalitaire, 0 le plus égalitaire). Un chiffre bien loin de la moyenne des pays de l’OCDE (0,31 en 2011) et qui témoigne des difficultés de la classe politique chinoise à réduire les inégalités persistantes entre les zones rurales et urbaines.

Autre défi auquel la Chine devra faire face au XXIe siècle : la question de l’environnement. Si un accord a récemment été conclu avec les Etats-Unis afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce dernier demeure non contraignant. La Chine, qui émet à elle seule plus de CO2 que l’ensemble de l’Union Européenne, devra donc elle aussi s’engager de manière formelle devant la communauté internationale à faire des efforts. Sa position lors de la Conférence du climat, prévue à Paris fin 2015, sera scrutée de très près par les spécialistes. Pas étonnant quand on sait qu’à eux deux, les Etats-Unis et la Chine représentent près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre de la planète.

D’autres sujets peuvent potentiellement fragiliser son statut de puissance : ses relations économiques et militaires avec la Russie de Vladimir Poutine, à l’heure où cette dernière tourne le dos à l’Europe, seront à surveiller. Son ancrage régional pose également question (îles disputées, souveraineté de certains territoires). Des problèmes récurrents sont également rencontrés en Chine depuis des décennies, comme la corruption ou encore la remise en cause des Droits de l’Homme. Des défis qui demeurent importants pour un pays pouvant désormais se targuer d’être la première puissance économique mondiale.

Si elle s’impose comme la première puissance économique mondiale, la Chine n’en reste pas moins un pays perfectible. Nul doute qu’en répondant aux nombreux défis qui s’imposent à elle, celle-ci saura s’affirmer encore plus comme la Nation à suivre, même si il n’a pas fallu attendre la publication de ces données par le FMI pour constater son importance sur la scène internationale. Une probable évolution géopolitique ne se verra que sur le long terme, et son « nouveau statut » ne change donc fondamentalement pas grand chose à l’heure actuelle.

Encore plus que les lacunes de la Chine, ce sont surtout celles de l’Union Européenne au sens large qui inquiètent. Cette dernière devra rapidement trouver la solution pour redevenir une puissance économique et diplomatique de premier plan. Son déclin est avéré mais est loin d’être inéluctable : à elle de faire en sorte de se redresser et de ne pas sortir de l’Histoire.