Laurent Buffard : “Retrouver la magie du cinéma”

Laurent Buffard : “Retrouver la magie du cinéma”

A l’occasion de Secret premieres, j’ai rencontré celui derrière ce projet aussi ambitieux qu’original, qui tente de réconcilier les étudiants avec l’expérience du cinéma en salle. Et, comme la plupart des films du festival sont aujourd’hui sortis, retour sur l’initiative qui m’a permis de les découvrir il y a plusieurs semaines.

 

Parlez moi de ciné100, qui êtes vous et votre rôle dans l’organisation de Secret premières ?

Laurent Buffard : Alors, moi je m’occupe d’événementiel cinéma pour les étudiants, depuis plus de 20 ans, donc j’ai monté énormément d’avant-premières, dans les salles de cinéma, dans les campus. Et là, l’idée, j’en suis l’organisateur, le créateur, avec Secret premières, c’était de faire le premier festival d’avant-premières de cinéma, réservé aux étudiants. Ça c’est la première idée. La deuxième idée, c’est que elle soit secrète. L’idée du secret, c’est qu’à aucun moment, on ne peut savoir ce qu’on va voir, on ne donne qu’une toute petite indication du genre : « grosse comédie américaine « comédie musicale américaine », « comédie française déjantée », on avait aussi un thriller et un film d’action et d’aventure en 3D. On ne disait que ça, et les étudiants devaient décider à l’aveugle.

C’était pas par sadisme, le but c’est pas de punir. C’est en fait de retrouver la magie du cinéma. Avec les réseaux sociaux, tout est accessible en deux clics : « Ah ouais mais à la fin ça se termine comme ça, tu vas voir au milieu du film il y a telle personne qui fait telle apparition, un faux raccord à la douzième minute. Wah le gag de la 23ème minute… ». Si on sait qu’il y a un gag à la 23ème minute, on l’attend. On va être déçu, par ce que si on l’attend, on va toujours être déçu. Alors qu’il y a une magie de la découverte, et quand moi j’étais étudiant (je vais faire mon vieux con) on allait au cinéma à l’aveugle, comme ça. On ne savait pas.

Clairement…

On ne savait pas. Il y avait pas Internet. Tu ne voyais pas les bande-annonces trois cent fois. Le plus souvent, tu allais au cinéma, tu voyais juste l’affiche. Alors là c’est pire, tu ne sais même pas avec qui c’est, tu ne sais RIEN. Voilà, donc il y a eu 600 étudiants qui sont venus à la première de Secret premières. De ce que j’entendais dans les couloirs, à la sortie, ils étaient contents du système.

Ça se passe comment avec les distributeurs, les artistes, pour organiser ce genre d’événements ?

On leur propose. Ils ont tous dit oui. Et en plus ils ont donné de très bons films. Les deux comédies françaises, il y avait les équipes des deux films qui étaient présentes. Donc il y avait Rémi Besançon et son équipe, qui sont venus rencontrer les étudiants à la fin du film Nos Futurs. Nos Futurs c’était la première projection publique du film. Le film sort le 22 Juillet, c’est à dire dans deux mois. Donc, il y avait des surprises etc. Mais on annonce rien à l’avance, pour que la surprise soit complète.

Ils étaient particulièrement enthousiastes à l’idée de retrouver les étudiants ?

Ouais, ouais. L’idée que ça soit un public étudiant, tu as pu constater. On a les chiffres, il y avait 95 % d’étudiants de 18 à 25 ans. Et 5 autres %, sûrement des étudiants plus âgés, etc. Il n’y avait que des étudiants. Et les équipes de film, ça les intéresse. Rémi Besançon, il a déjà fait plusieurs films, c’est son 5ème, il a un public, il a des gens qui aiment bien ses films. Il a un public acquis. Là, dans ce contexte, la rencontre, c’est pareil pour lui, c’est la surprise. Tout est surprise. C’est pas les mêmes questions, pas les même réponses.

Est-ce que c’est important pour vous de promouvoir le cinéma dans le monde étudiant ?

C’est la clé. Actuellement les modes de consommation du cinéma ont largement évolué. Chez les étudiants, je pense que quasiment tous les étudiants regardent des films piratés. Quasiment tous. A mon avis, Secret premières, permet de montrer que le vrai cinéma, dans la salle de cinéma c’est magique et c’est 1000 % fois mieux que son écran avec une image pourrie et un son plus ou moins pourri. Hormis ça, regarder une comédie tout seul devant son écran, ou avec 200-300 étudiants qui se marrent en même temps, c’est une expérience différente et très spécifique.

Mais Internet permet aussi l’accès à la culture : j’ai découvert la majorité de mes films préférés seuls devant un écran. Il y a plein de films cultes qu’il est aussi bien de découvrir sur son ordinateur.

Je ne dis pas le contraire. Ça vient en complément. Mon combat, mon idée, c’est de ne pas perdre le chemin de la salle de cinéma. Tu peux vivre des moments magiques au cinéma. Mais ça n’empêche pas que tu te sois mangé 12 films dans la semaine seul chez toi. Mais ce n’est pas parce que tu t’es maté un film sur les écrans qu’il faut abandonner ce plaisir du cinéma. Et que plus tu as de plaisir, plus t’auras envie d’y retourner. Donc j’espère que Secret premières redonnera de la magie à la salle de cinéma.

Est-ce que vous considérez que l’événement ait été un succès ?

Écoute, il y a 600 étudiants qui sont venus au total, Porte des Lilas de 22h à minuit. C’est une base, c’est la première. C’est honorable. C’est un résultat honorable.

Il y aura une deuxième édition ?

Oui, oui oui on travail dessus. Il y aura une deuxième édition en octobre, on est en train de caler les dates.

 

 

Et nous, qu’est ce qu’on a vu à Secret premieres ?

On a vu Spy, la nouvelle comédie de Paul Feig. Avec ce female lead, totalement badass et dégénéré, Paul Feig signe son meilleur film. Même si la réalisation s’avère plutôt impersonnel (le film tape dans tous les standards du film d’action actuel,), elle participe justement à la démarche du film, qui joue en permanence sur le décalage entre contenant et contenu. Le film est très drôle, les punchlines sont merveilleuses et Jason Statham tient son rôle le plus intéressant depuis un bail. Un film de l’été dans toute sa splendeur, à voir.

On a vu la Bataille de la Montagne du Tigre, le nouveau Tsui Hark. Attention, on tient avec ce film d’aventure historique sans doute l’un des meilleurs films de 2015. Épique et spectaculaire, le film s’inscrit parfaitement dans la filmographie de son auteur, toujours aussi créatif dans le filmage de l’action. C’est rythmé – malgré la densité du récit, et le nombre foisonnant de personnage – et l’univers développé est suffisamment crédible pour qu’on s’identifie et qu’on s’attache aux différents protagonistes. Fait à noter : La 3D dé-fonce. Suffisamment rare pour être souligné. A elle seule, elle justifie le paiement du billet. A voir aussi, donc.

Et puis on a vu A Love You, de Paul Lefevre. Et là, on a eu un tel coup de coeur qu’on a traqué les deux compères qui l’ont fait, et on est allés discuter avec eux .

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