Ley Mordaza : Quand l’Espagne (re)devient une soft dictature

Ley Mordaza : Quand l’Espagne (re)devient une soft dictature

La Grèce en est la preuve, il y a encore un petit espoir en Europe. Un nouvel horizon démocratique s’ouvre, et la subversion semble de nouveau à la mode, alors que les gouvernements, face au rejet d’une partie des populations des politiques d’austérité d’inspiration néolibérale (ou ordolibérale, comme dirait le vilain chercheur) choisissent de se tourner de manière plus ou moins importante vers l’autoritarisme. Et c’est le cas de l’Espagne, dont le gouvernement conservateur a choisi la défiance vis à vis de ses mouvements sociaux.

Avec la « loi de sécurité citoyenne » aussi appelée « loi bâillon » (Ley Mordaza, en V.O), le gouvernement espagnole restreint de manière importante le droit de manifestation, malgré d’importantes protestations dans tout le pays. En effet, sous couvert d’une volonté de maintien de l’ordre bien hors de propos (les manifestations en Espagne, même si très revendicatives, sont bien souvent pacifistes et pacifiques), la loi entrée en vigueur le 1er Juillet pose de multiples restrictions, 44 conduites prohibées (ou plus précisément passibles d’une amende prohibitive) listées ici par le journal El Mundo qui incluent :

– « refuser de s’identifier à la demande d’une autorité »

– « ne pas respecter les restrictions de circulation »

– « escalader des bâtiments ou des monuments sans autorisation »

– « perturber la sécurité citoyenne » devant le Parlement.

– « Empêcher un policier de remplir sa fonction »

– « Déshonorer le drapeau espagnol »

– « Réaliser un dessin satirique » prenant pour sujet un politique.

– « Diffuser des images des policiers qui mettent en danger sa sécurité personnelle et familiale »

Entre autres.

De nombreuses organisations internationales et personnages importants (dont Joaquim Bosch, porte-parole de l’association Juges pour la démocratie) se sont déjà indignés face à un texte à l’écriture floue, qui donnent toute l’amplitude aux autorités de restreindre la liberté de manifestation, de réunion, ou le droit à l’information. Face à cette loi clairement liberticide, les espagnols sont obligés d’être créatifs dans leur action, comme c’est expliqué dans l’excellent article de Rue89. La mobilisation a commencé sur les réseaux sociaux, même s’il est maintenant interdit de « faire la promotion d’une manifestation non autorisée sur les réseaux sociaux »…

On ne doute pas que dans le pays où la gauche radicale a accouché d’un mouvement durable, la lutte continuera. Mais il est assez inquiétant de constater le manque de réaction qu’a suscité la loi à travers l’Europe, nos dirigeants et autres penseurs médiatiques prenant plus de temps à montrer leur démophobie vis à vis de la Grèce. L’opposition en Espagne s’est donc fermement opposée au texte, et on espère qu’il ne survivra pas aux prochaines élections législatives, qui auront lieu en octobre prochain.

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