Mr. Robot : Se la raconter au lieu de raconter.

Mr. Robot : Se la raconter au lieu de raconter.

Cet été, nombreux sont ceux qui se sont accomplis à travers de longs voyages ou des expériences enrichissantes. Et puis il y a ceux qui comme moi, sont restés en caleçon dans leurs chambres, à regarder des séries télés. Et c’est à ceux-là que je m’adresse, pour leur parler de la petite sensation de cet été sans doute un peu triste : Mr. Robot. La première saison bouclée, retour sur une série qui, bien que prometteuse, nous aura quelque peu déçu.

Avant tout, qu’est-ce que ça raconte ? Jeune programmeur antisocial souffrant d’un trouble du comportement, Elliot est recruté par un anarchiste mystérieux, Mr. Robot, souhaitant faire tomber la plus grande multinationale du monde.

Mr. Robot a été la série surprise de cet été. Diffusée sur une chaîne peu connue pour sa production de séries de qualité, il faut le dire, la fiction créée par Sam Esmail a mis tout le monde d’accord. Avec son pilote, réunissant tous les ingrédients d’un futur hit : une beauté et une élégance notable dans la plastique (possédant une proximité avec David Fincher), des personnages a priori originaux et attachants, un plot intrigant (nous ramenant encore une fois aux films de Fincher, des Wachowski ou encore de Darren Aronofsky) et une écriture qui à travers ses dialogues (et une voix off bien utilisée) brasse un nombre de thèmes assez impressionnant : verticalité de la société, standardisation culturelle, puissance des conglomérats, droit à l’information, Hacking, vie privée, et j’en passe.

Mais force est de constater qu’au fil des épisodes, le souffle est retombé. L’ennui a rapidement succédé à la surprise, à l’envie de continuer. L’intrigue réussit à développer de manière efficace ses thèmes, malgré quelques lourdeurs. Mais une série vit sur l’idée d’immersion et sur ses personnages. Elle vit sur les idées qu’ont les scénaristes pour articuler leurs récits, et nous décider à regarder l’épisode suivant. Sur ce point, Mr. Robot manque cruellement d’une direction. La série se complaît aisément dans sa richesse thématique, mais les sous-intrigues et les personnages perdent rapidement en intérêt (on finit vite par se foutre des storylines impliquant les personnages secondaires). Reste le développement du personnage principal, Elliot, dont les addictions et les désordres mentaux ont été au centre de cette première saison. Petite lueur dans cette saison un peu loupée : À défaut d’être surprenant, son destin plein de rebondissements est suffisamment cool pour nous faire rester devant la série.

À l’image de la progression de son principal protagoniste, la série ne surprend pas. Son histoire, ses twists, ses personnages sont peu originaux si on connaît les œuvres dont s’inspire largement Mr. Robot. Même son identité visuelle (et sa musique) rappelle d’autres créations. Par exemple, sa mise en scène, bien qu’au-dessus de la moyenne, regorge d’idées qui nous renvoient à Fincher, et ses redondances parfois agaçantes en terme de narration et de caractérisation par l’image. En définitive, passée la surprise du pilote, tout semble cousu de fil blanc, rendant le visionnage un peu difficile. À côté de ça, la série n’a pas tant d’idées, et on ressort du visionnage de cette première saison, sans avoir la sensation d’avoir été particulièrement enrichi.

Mais je vous recommande quand même le visionnage de Mr. Robot. Tout d’abord, car la série traite d’un univers peu connu et ici plutôt bien exploité : celui des hackers. Parce que certains épisodes présentent des exercices de style plutôt audacieux. Parce que la performance de Rami Malek en fait sûrement le nouvel acteur à suivre. Mais surtout, parce que mon avis n’est pas universel, et qu’il y a bien plus à dire sur la série. Même si elle se la raconte un peu pour pas grand-chose, elle vaut la peine d’être vue.

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