Hommage : Le 13 novembre… Et la suite ?

Hommage : Le 13 novembre… Et la suite ?

Treize novembre meurtrier… Et la suite ? Allons-nous la créer ou la subir ? Est-ce le commencement d’un nouvel épisode dans l’histoire des croisades ? Que tirer de ces atrocités sans précédent dans la capitale ? Il s’agit d’éveiller ici nos esprits lucides et bien-pensants afin de ne pas tomber dans le piège tendu par Daesh.

Les sanglots, la crainte et la superstition sont présents en cette période de deuil national, mais n’inondons pas de nos larmes, cette mare au diable où viennent s’abreuver les mercenaires de l’infamie. La suite est inconnue et chacun aspire, dans son for intérieur, à ce qu’elle le demeure : la vie ne serait-elle pas fade si le destin était connu, les secondes programmées et l’être humain automate ? Il serait surhumain de pouvoir transcender l’aspect contingent de l’existence, preuve irréfutable qu’il est inhérent à chacun. Même à celle de ces êtres hostiles et malveillants, « Mais les hypocrites ne le savent pas » (Soûrat 63, verset 8).

« Rien ne sert de courir…

Les gouvernements, désireux de rattraper leur retard et de regagner la confiance de leurs peuples, s’en vont bombarder quelques-uns des « fiefs » de l’EI (Etat Islamique) quelques jours à peine après les massacres. Toutefois, quelques lâchers d’obus peuvent-ils faire reculer l’horreur et réduire à néant les motivations des islamistes ? De multiples interventions militaires aériennes opérées en Syrie ne permettront pas de vaincre l’armée de Daesh. Planifier des opérations au sol avec des unités d’élite et coopérer avec les ennemis de Daesh, serait en revanche un moyen d’obtenir des résultats significatifs dans la durée. Et quand bien même, ils parviendraient à abattre jusqu’au dernier des djihadistes, est-on certain qu’il n’en émergeraient pas de nouveaux ? Nous subissons bel et bien leur occupation : ils s’implantent sur nos sols, agissent occasionnellement en petit nombre et se suicident avant d’être interpellés. Ce stratagème peut durer indéfiniment si nos gouvernements ne maîtrisent pas les suspects, donc la menace. Il est évident qu’il existe un fossé entre cette occupation et l’occupation nazie, par exemple, dont la menace était bien identifiée et la résidence des ennemis connue. Dans cette perspective, peut-on envisager un « débarquement de Racca » à la hauteur du débarquement de Normandie ?

Toujours est-il qu’en annonçant un renforcement des frappes et des mesures de sécurité, les gouvernements jouent encore au chat et à la souris avec l’armée de Daesh. Mais jusqu’à quand ? Il n’y a pas moins de quatre siècles de là, La Fontaine énonçait déjà très clairement que « Rien ne sert de courir ; il faut partir à point » (Fables, 1668-1694). En d’autres termes, mieux vaut prévenir que guérir ; une moindre négligence aurait sans doute permis d’éviter le massacre du 13 novembre. Certaines personnalités, craignant de participer de façon constructive au démantèlement de cette organisation terroriste, préfèrent élire le bouc émissaire et l’accuser de tous les maux. Juger que ce ne sont qu’aux musulmans de prévenir de ces radicalisations en masse, car c’est leur religion qui est utilisée à des fins monstrueuses, c’est se comporter de façon aussi puérile et honteuse que les islamistes. Le gouvernement actuel ayant prouvé ses faiblesses, ses rivaux ne se montrent pas plus compétents, profitant simplement de la panique générale pour amasser davantage d’électeurs.

… Il faut partir à point »

Ne pas emprunter la trappe de l’amalgame et ne pas fermer les yeux ; cet appel à la tolérance et à la responsabilisation s’oppose à l’idée inverse née de l’indignation et qui se veut dans certains cas au bord de l’ostracisme. L’important étant de ne pas s’engouffrer dans une guerre civile des opinions qui donnerait raison aux djihadistes. Il n’est pas concevable de s’opposer à toute responsabilisation face au fléau qui nous affecte directement. Le problème ne réside pas tant au sein de la religion qu’au sein des mentalités et du système pédagogique. Le corps politique ne pourra pas à lui seul éradiquer la menace de Daesh sur son propre sol, à moins d’instaurer un régime totalitaire où la liberté perdrait, et son sens, et sa place. Ce n’est pas qu’aux politiciens, mais également aux parents, aux enseignants, aux chefs religieux que revient le devoir de contenir la menace islamiste. Il est fondamental de transmettre nos valeurs républicaines dans les écoles, les familles, les lieux de culte ; inculquer la fraternité, c’est bannir la stigmatisation et donc le risque d’intégrisme. Pointer du doigt et ostraciser, c’est accommoder la malléabilité des esprits, pouvant faire naître de potentiels soldats de Daesh. Le comportement marginal caractérise également pour beaucoup la transition entre l’enfance et l’âge adulte dans les sociétés modernes. Il est donc important de les accompagner dans cette phase de la vie et non de les mépriser.

Enfin, la religion n’a pas à être remise en cause puisqu’elle ne constitue qu’un prétexte pour affirmer que la fin justifie les moyens utilisés par les djihadistes. D’autant plus qu’un nombre significatif de soldats de Daesh étaient à l’origine non musulmans et non arabes. Ils auraient « soudainement » rejoint l’EI. Soudainement… Comme par magie ? La doctrine islamiste est bien plus aisée à assimiler sur la forme, en ce qu’elle est unique, bien définie, dénuée de complexité, donc aux antipodes de la pensée démocratique. Il est cependant probable que certains islamistes reconnaissent être tombés dans un piège et vouloir en sortir. Or quelle crédibilité auraient-ils face à nos gouvernements que leur organisation a pris pour cibles plus d’une fois ? Quel avenir pour des individus avec la mention « terroriste révolu » inscrite sur le front ? Quelles représailles de la part des autres djihadistes pour ces déserteurs ? Contraintes de demeurer là où elles se sont engouffrées, ces âmes pourraient, « dans le meilleur des mondes », contribuer à la décomposition progressive de Daesh.

La haine ne guérit pas la haine

Il est fondamental de ne pas nourrir ces assassins de l’Humanité avec la colère ou haine, de ne pas non plus tomber dans le désespoir ou l’effroi que les djihadistes utilisent à des fins de propagande ; ils commettront toujours plus d’atrocités, se plaisant davantage à railler et exécrer nos valeurs et notre culture. Il faut demeurer déterminés, indignés, mais pas abattus.

Nombreuses furent les critiques concernant l’absence du port d’arme en France, car elle inciterait à ce genre d’actes. Or il est accommodant de penser qu’en France, « pays libre » ne signifie pas que quiconque est libre d’arpenter les rues avec un magnum 44, mais plutôt que chaque citoyen a la liberté de savourer une pression en terrasse, d’assister à un concert de rock ou à un match de football. Le gouvernement ayant choisi de prôner la sécurité au nom de la liberté, il faut faire la guerre pour retrouver sérénité et liberté. En songeant toutefois à ne pas dénaturer notre mode de vie si reconnu et apprécié du monde entier, en ne renonçant pas à notre culture, notre histoire, notre ouverture et notre tolérance sans lesquelles la France ne serait pas. Soyons toujours plus aimants, amusants, cultivés, bonnement dérisoires et satiriques, attachants, bons vivants, car c’est là notre véritable blason, notre véritable identité qui jamais ne se laissera entraîner dans les entrailles de l’obscurantisme. « Fluctuat nec mergitur » (« Il est battu par les flots, mais ne sombre pas »), telle est et demeure la devise de notre capitale.

De multiples différences, mais un commun devoir

Un tel aura raison de penser que ce fléau n’en soit pas encore à son paroxysme. Il est extrêmement déplaisant que d’y attribuer un caractère fataliste, mais nous payons malheureusement les frais de notre négligence.

Il est de notre affaire à tous, citoyens du monde, de dresser nos boucliers plutôt que de brandir nos glaives afin de faire reculer ce mouvement épidémique, l’enterrer et le sceller. Car les pions du diable mènent une guerre contre tous, ignorant les frontières et la pitié. Il ne s’agit pas de jouer à qui sera le plus barbare, car nous n’avons pas intérêt à y envisager la victoire. Unissons-nous et puisons plutôt notre rage de vaincre dans notre diversité si précieuse ! Donnons-leur la vraie définition du mot « frère », mais ne nous contentons pas de former des alliances militaires lorsque le contexte nous y accommode. Partons à point en construisant de nouvelles visions, plus humaines, plus tolérantes et respectueuses à l’avenir.

Pour que l’Humanité soit un jour la religion dominante, transcendant les autres, mais permettant qu’elles demeurent, et ce, dans leur unicité.

Photo : Quentin Lambert pour Sorb’on

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