Attentats : Lettre ouverte aux citoyens de l’humanité

Attentats : Lettre ouverte aux citoyens de l’humanité

Le choc de l’explosion, la violence viscéralement arbitraire d’une fusillade, l’incompréhension assourdissante, la panique, la peur et la douleur. Bruxelles, Ankara, Bamako, Paris, San Bernardino, Istanbul, Beyrouth et j’en passe…

La multiplicité des attaques requiert des pages entières pour lister avec justesse les cibles, les pays, le nombre de morts et celui des blessés. Sommes-nous les témoins d’un cancer globalisé propre au troisième millénaire ?

Je suis certaine de ne pas être la seule, pour me rassurer le soir avant de me coucher, à tenter de me convaincre que ce chaos tire davantage d’une fiction futuriste et apocalyptique que de la réalité. Aux premières heures du matin, la question flotte au-dessus de nous alors que nous vérifions l’actualité du jour : quel Etat est la prochaine cible du non-Etat cancéreux ?

Les dommages collatéraux de cette tumeur extrêmement maligne et effroyablement développée, comme nous en avons été tragiquement témoins en ce début de semaine, prennent des formes aussi diverses et étranges que le hashtag #StopIslam, une tendance virale et pathétique du réseau social Twitter ou la récupération politique déplorable de candidats républicains à l’élection présidentielle américaine.

Dessin de Charlotte Marsac Mougenot

Dessin de Charlotte Marsac Mougenot

Avant même de se lancer dans les débats sous-jacents à ces dommages collatéraux, condamner les attaques, de tous bords politiques et religieux, est une nécessité à répéter, réitérer et marteler incessamment. Moins de quiproquos. Avant d’être conservateurs, républicains, socialistes, centristes, chrétiens, musulmans, juifs ou athées, nous sommes tous des êtres humains. Cette vérité biologique, aussi naïve et simple soit-elle, a déjà perdu une partie importante de son sens dans ce monde complexe, rapide, chaotique et surtout désespérant. Que faire ? Encore une fois, je suis certaine que cette question aussi lourde de sens résonne dans tous les esprits à une échelle planétaire.

À notre échelle, celle de la majorité des citoyens qui ne sont pas dirigeants d’Etats, et donc pas en mesure de prendre des décisions directes pour mettre fin à ce fléau, l’ouverture du dialogue n’est pas seulement préférable, elle en devient un devoir. Les plateformes virtuelles offrent un espace infini pour exprimer son soutien et ses prières aux victimes et aux familles, mettre son talent artistique au service de l’information et plus ou moins débattre par commentaires interposés.

Je considère que nous sommes capables d’aller plus loin que cela.

Organiser de véritables espaces de rencontres entre des représentants de l’Etat (que je trouve inaccessibles à mon échelle de jeune citoyenne d’une vingtaine d’années) et les citoyens pour discuter des mesures domestiques de sécurité ainsi que de stratégies de relations internationales plus vastes afin d’avoir une vision panoramique de la situation et apporter de nouvelles perspectives sur ces différentes questions.

Mettre en place des campagnes de sensibilisation solides contre le radicalisme islamiste dans l’ensemble des écoles, lycées et universités, en présence des professeurs et des parents.

Prendre le temps, dans des amphithéâtres ouverts au public par exemple, d’expliquer clairement la situation géopolitique actuelle au Moyen-Orient, ce qui est en jeu pour les différents acteurs impliqués, le rôle ou non-rôle de la coalition internationale, ainsi que les perspectives d’avenir.

Faire le point sur la crise migratoire, grâce à l’intervention d’universitaires spécialisés et de représentants militaires.

Oser aborder sans crainte le sujet de l’extrémisme islamiste qui promeut une stratégie complètement politique sous couvert de duperie religieuse, et déterrer les vraies inquiétudes et questions que les croyants et non-croyants se posent, au sein des institutions musulmanes et des autres confessions.

Continuer d’abolir les murs invisibles qui se dressent entre nous et les réfugiés installés, pour se rappeler qu’ils sont également des êtres humains avant tout.

Tout cela n’est qu’une ébauche, un lancement.

Dans le pire des scénarios, toutes ces propositions nous rassureront et nous uniront dans une tolérance et un nouveau respect que les cellules terroristes extrémistes s’acharnent tant à détruire, ce qui est déjà une victoire significative en soi. Dans le meilleur scénario possible, cette rencontre des esprits fera place à une ébullition d’idées et de nouvelles initiatives, une perspective d’espoir réel dont nous avons tous clairement besoin.

En résumé, nous avons tous besoin de sortir de notre zone de confort politique et devenir pleinement des humains citoyens.

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