Face to fac(e), lorsque l’art s’invite sur les murs de l’université!

Face to fac(e), lorsque l’art s’invite sur les murs de l’université!

« La valeur n’attend pas le nombre d’années ». C’est en tout cas ce que prouvent Alice, Chloé, Marine, Jade, Yieun et Marie, toutes les cinq étudiantes à Paris 3 en médiation culturelle parcours cinéma. Elles sont les initiatrices de l’installation Face to Fac(e), élaborée à partir d’Inside Out, un projet artistique participatif lancé pour la première fois en 2011 par JR. Le concept ? Afficher dans des espaces publics ou dans la rue des portraits grandeur nature d’anonymes de tous horizons. Et c’est ce qu’elles se sont employées à faire sur la façade du campus de la Sorbonne-Nouvelle, rue Santeuil, dans le Vème arrondissement. Une première pour une université française, inaugurée le 14 avril dernier.

Un travail de longue haleine…

L’idée a germé depuis septembre dans la tête d’Alice Fontaine, 20 ans, jeune fille pleine de ressources et d’énergie créative. Consciente de la portée internationale d’Inside Out qui a rassemblé, à ce jour, plus de 260 000 personnes à travers le monde, elle a décidé de conduire le projet sur le lieu même où elle suit ses études. Lors d’une interview donnée au site officiel de la Sorbonne-Nouvelle, elle révèle comment lui est venue cette idée, faisant part de sa fascination pour l’oeuvre du street-artiste JR et de son désir de « rompre avec une logique individualiste ». C’est dans sa classe de deuxième année de médiation culturelle qu’elle s’est ainsi mise en quête d’une équipe sur laquelle compter. Au final, elles sont six filles à se lancer dans l’aventure, toutes déterminées à mener à bien cette honorable ambition.

Tout ne s’est pourtant pas réalisé du jour au lendemain. Il a fallu d’abord convaincre les différents services de l’université lors du conseil d’administration, s’adapter au budget, se plier aux contraintes techniques et sécuritaires. « On a appris qu’il y avait des règles de sécurité si on voulait utiliser un balai pour maroufler les portraits » me confie en rigolant Marine, 21 ans, après m’avoir montré sa photo sur la façade. Elle ajoute: « Ça n’a pas été simple d’appréhender un projet artistique de cette ampleur. Mais ça nous a appris à toujours voir loin, à réfléchir aux situations délicates, à se surpasser ». Autant d’obstacles que les jeunes filles ont dû surmonter et dont elles ont tiré une jolie expérience.

Peu à peu, tout semble se concrétiser. En février 2016 est organisée une journée consacrée à la prise des clichés. Un vaste appel à la participation relayé sur les réseaux sociaux, principal vecteur de propagation, a provoqué l’engouement de la part des étudiants et du personnel. Ce jour-là, toute l’équipe était présente pour recevoir les participants. Derrière l’objectif, Yieun Han et Chloé Magdelaine, chargées de capturer en noir et blanc ces « yeux ronds comme des ballons », ces « sourires jusqu’aux oreilles » et ces « langues bien pendues » comme elles écriront sur leur page Facebook à l’issue de cette journée riche en rencontres.

Néanmoins à ce moment-là, le travail n’est pas encore fini. En plus des quelques points à affiner avec l’administration pour que tout se déroule au mieux, il a fallu travailler sur les photos et les soumettre à un comité constitué de membres des différents services. Le choix a été fait en fonction des expressions des visages et d’une rigoureuse parité homme/femme. 150 clichés ont finalement été retenus pour cette grande exposition à ciel ouvert.

Photo : Face to fac(e)

Photo : Face to fac(e)

… Pour un résultat détonnant!

Le 8 avril 2016 n’était pas une journée anodine au campus Censier. Tout le monde avait les yeux rivés vers les fenêtres carrées du bâtiment pour suivre, entre deux cours, la pose des portraits. Les premiers qui se sont reconnus le font savoir aux amis et n’hésitent pas à prendre un snap. On s’amuse lorsqu’on identifie un ami ou un professeur qu’on apprécie. On admire aussi l’incroyable ballet des cordistes professionnels qui, sur ce canevas vertical, marouflent ces visages tous différents. La Sorbonne-Nouvelle s’habille peu à peu de sourires, d’yeux pétillants et de grimaces rigolotes Dès lors, le long chemin arrive à son terme, et le plus beau reste encore à venir. « L’architecture géométrique de la fac se prêtait très bien à cette initiative » explique Alice durant son discours d’inauguration du 14 avril. « C’est surtout un lieu de richesse artistique, humaine et intellectuelle, et donc un support parfait pour ce type d’installation. »
Durant huit mois, l’étroite collaboration entre ce groupe de jeunes étudiantes et les différents services de l’institution – le service d’Action Culturelle, le bureau de la Vie Etudiante, la direction du patrimoine immobilier, la direction de la formation et de la communication et de la logistique et l’ensemble de la Présidence – a permis la concrétisation de cette longue aventure. Le président de l’université, Carle Bonafus-Murat, a d’ailleurs affirmé qu’il s’agissait « du plus gros buzz de Paris 3 », avant qu’Alice Fontaine ne remercie toute son équipe, ainsi que l’administration et les participants. Elle conclut sur une citation de Jacques Brel : « Le talent, ça n’existe pas », de quoi inciter la jeunesse à se lancer dans une aventure qui les tiendrait à coeur, puisque pour elle, « Face to Fac(e), c’est une ode à la folie, c’est la preuve que tout est possible ».

« J’aime bien voir ma tête! »

Le lendemain de l’inauguration, je retrouve Alice, Chloé et Marine sur le parvis. L’euphorie de la veille fait encore son effet. « On a tellement pas l’habitude de voir les murs comme ça » se réjouit Marine. « J’aime bien voir ma tête! » ajoute Chloé, son bonnet sur la tête, tout en balayant du regard les yeux presque animés des photos qui nous scrutent. Lorsque je leur demande quel a été leur ressenti après avoir observé la réaction générale, c’est Alice qui me répond: « On a entendu que du positif. Le mieux, c’est que l’objectif a été compris, parce qu’on voulait vraiment représenter la diversité humaine de Paris 3. Le message est très bien passé, et c’est notre plus grande réussite ». Chloé renchérit: «  Il y avait pas de mal de monde pour l’inauguration, et ce malgré la pluie. On a en tout cas été très sensibles aux petits fours salés et au mousseux mis à disposition ». Et elles rient, se remémorant sans doute tout le chemin parcouru pour en arriver là, avant de me montrer leurs portraits, juste au-dessus de l’entrée du bâtiment principal.

C’est en tout cas un évènement qu’il convient de faire vivre encore, en partageant par exemple les photos mises à disposition sur leur page Facebook et en donnant son avis. En effet, les demoiselles sont formelles là-dessus : ce projet, bien qu’initié par elles, appartient surtout à ceux qui l’ont rendu possible en se prêtant au jeu. Il sera d’autant plus fort qu’il saura rassembler le maximum de personnes. En ces temps où l’actualité est jalonnée d’événements moroses, elles mettent un point d’honneur à ce que soient désormais célébrés le partage, l’art, l’union, l’amour et la liberté d’expression à travers la diversité de ces portraits, comme un signe d’espoir pour les temps à venir.

Face to Fac(e) sur Facebook .
La galerie avec TOUTES les photos.
Le site Inside Out parle de Face to Fac(e).

Photographie en couverture : Eugenio Prieto Gabriel, Photographe Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

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