Conférence « Le musée, acteur de soft power ? » : découvrez l’ANAJ-IHEDN

Conférence « Le musée, acteur de soft power ? » : découvrez l’ANAJ-IHEDN

Peut-être ne saviez-vous pas qu’il était possible de pousser les portes de l’École Militaire pour assister à d’excellentes conférences ? Et peut-être ne connaissez-vous pas encore l’ANAJ-IHEDN ? C’est le moment de découvrir…

C’est à l’Ecole militaire que s’est tenue le 19 janvier 2017 la conférence « Le musée, acteur de soft power ? » organisée par le comité Culture et Influences de l’ANAJ-IHEDN (Association nationale des Auditeurs jeunes de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale). C’est dans ce lieu central de Paris que se déroulent de multiples conférences et évènements portant sur des sujets variés liés aux thématiques de défense nationale, de politique étrangère, de sensibilisation… etc. La conférence était cette fois-ci l’occasion d’inviter Bruno Foucher (directeur de l’Institut Français) et Serge Lasvignes (directeur du Centre Pompidou) autour de la question du rôle des musées en termes de rayonnement et de politique internationale.

Tout d’abord, revenons sur l’ANAJ-IHEDN qui pourrait en intéresser plus d’un parmi vous ! L’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale) présente de nombreuses formations axées autour de trois thèmes : la politique de défense, la politique étrangère et enfin, l’armement et l’économie de la défense. L’Institut « contribue à promouvoir et à diffuser toutes connaissances utiles sur ses trois champs disciplinaires. À cette fin, il coopère avec les autres organismes chargés de la diffusion des savoirs en matière de défense et de politique étrangère, notamment les universités et les centres de recherches ».
À cela, s’ajoute l’ANAJ, spécialement créée en 1996 pour les jeunes « afin de leur donner une information approfondie sur la défense nationale comprise au sens le plus large ». L’ANAJ est divisée en plusieurs séminaires par an, à Paris, en province et à l’international, ainsi qu’en plusieurs comités permanents au sein de l’association. Chaque jeune intéressé peut ainsi devenir membre et participer activement au développement du comité choisi. Parmi les 15 comités existants on peut ainsi citer ceux en lien avec l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Energie, la Cyber-défense, l’Armée du futur, la Sécurité intérieure et celui qui nous concerne aujourd’hui, le comité Culture et Influence.

Cette conférence était ainsi l’occasion d’avoir deux points de vue avertis sur le sujet des musées comme acteurs du soft power.
Bruno Foucher est un diplomate, ayant été conseiller politique à Téhéran, à Riyad, puis ayant été nommé ambassadeur au Tchad et en Iran pendant cinq ans et est aujourd’hui à la tête de l’Institut Français.
Serges Lasvignes a été directeur des affaires générales au Ministère de l’Éducation, puis Secrétaire Général du Gouvernement avant d’être nommé président du Centre Pompidou, et qui chapeaute également la BPI et le Centre Pompidou-Metz.

Quelle zone d’action pour l’Institut Français en termes de soft power ?

Les premiers éléments de discussion étaient portés par Bruno Foucher qui a rappelé son souhait d’encourager le dialogue entre les différents pays. Selon lui, « la culture ne va pas de soi dans tous les pays » et c’est également cette recherche de dialogue qui anime les 97 Instituts Français répartis dans le monde. La zone d’action et les objectifs de l’Institut Français sont actuellement en cours de discussion à l’Assemblée nationale. L’Institut Français serait un vecteur pour le développement de l’influence et de l’attractivité de la culture et la langue française tout en favorisant le dialogue et la transversalité des disciplines. La principale zone identifiée serait celle des pays émergents et néo-émergents répartis sur la façade sud de la mer Méditerranée, et qui inclut également le Moyen Orient et l’Amérique du sud.

Quelle politique internationale pour le centre Pompidou ?

Cette question adressée à Serge Lasvignes a permis de soulever la nécessité pour des musées tels que le centre Pompidou de mettre en place une politique internationale. Selon Serge Lasvignes, « le musée peut être un facteur d’émergence et de développement d’un pays ». Il s’agit dès lors de chercher à faire tourner les expositions dans le monde (expositions dites « hors les murs ») tout en développant des formules de coproductions avec des institutions. À terme, il pourrait être envisagé de créer une implantation du musée à l’étranger ; le musée mettant à disposition sa marque comme c’est le cas actuellement à Malaga (Espagne) qui va voir l’ouverture prochaine de son Centre Pompidou-Malaga. Il s’agit alors d’avoir une coopération durable, de plus de cinq ans, qui devient de plus en plus intéressante si le musée en question s’implante hors de l’Europe pour une question de rayonnement et de découvertes d’autres scènes artistiques.
Cette politique internationale est ainsi essentielle pour enrichir les collections, pour favoriser la recherche et les progrès scientifiques, ainsi que pour faire rayonner le musée. L’importance de l’international est par ailleurs indispensable dans la volonté de valorisation d’une collection comme celle du centre Pompidou qui possède près de 120 000 œuvres dont seulement 4% sont exposées.

Y-a-t-il une politique muséale française ?

Selon Bruno Foucher, la culture française se porte bien à l’étranger et elle maintient une importante réputation notamment dans les domaines de la musique électronique, du cinéma, et non pas uniquement l’art contemporain. Selon lui, il n’y a pas forcement de politique muséale française d’ampleur puisque chaque musée a ses particularités mais la France possède une influence certaine.
Ce sur quoi Serge Lasvignes rebondit en mentionnant le principe des « marques culturelles » comme celle du Centre Pompidou avec le centre Pompidou-Metz ou du musée du Louvre avec le musée Louvre-Lens ou celui du Louvre-Abu Dhabi. Il souligne ainsi l’importance de la production de ces musées qui garantissent leur présence internationale en s’appuyant sur l’histoire de la marque française. En ce sens, il mentionne la « Pompidou touch » qui est cette originalité des d’expositions, des choix scénographiques et des choix pluridisciplinaires d’une trentaine de conservateurs. Il s’agit alors de garder cette originalité malgré l’importante diffusion.
Par ailleurs, selon nos deux intervenants, le musée doit servir de matrice  et de paradigme, prenant alors la fonction de point de repère sur la façon de construire une collection, une exposition à l’international. Le musée est ainsi « acteur de la société, il a un rôle d’éclaireur et suscite le débat » selon Serge Lasvignes. Il se doit de parler au public qui vient le visiter et doit également assumer son rôle scientifique pour promouvoir la recherche en étant ouvert aux nouvelles technologies.

Le terme de soft-power

Une question du public a permis de faire réagir Bruno Foucher sur ce terme qui est selon lui un « mot-valise » utilisé nécessairement en lien avec le hard power. Or, la France ne cherche pas à convaincre ou à dominer culturellement les pays autour d’elle mais à faire passer un message qui se doit d’être formulé. Il s’agit de questionner mais pas de dominer le débat comme exprime le terme de soft power.

Les dangers du mécénat et les questionnements du marché de l’art

La conférence s’est ainsi conclue sur la question essentielle du mécénat et de sa déontologie. Les musées sont aujourd’hui très contraints par la situation budgétaire mais doivent faire attention à ne pas se contredire en tant qu’acteur social en recevant des subventions d’entreprises (pétrolières par exemple), ce qui est en opposition avec leurs valeurs. Il faut ainsi prendre garde à ce que les politiques muséales ne soient pas influencées par des sources financières.
Pour ce qui est de l’influence sur le marché de l’art, la question se pose également quant à savoir si le musée se place dans une position de précurseur ou s’il se doit d’exposer les artistes au succès déjà confirmé, dans un souci de réputation. D’où l’ouverture par Serge Lasvignes d’une nouvelle galerie d’artistes non confirmés (la Galerie O). « Un jeune artiste, c’est un risque donc il faut l’assumer » dit-il, mais c’est aussi comme cela qu’il est encore possible pour la collection d’acquérir des œuvres à un prix encore accessible. Il s’agit de trouver le juste milieu.

Ainsi cette conférence a pu traiter de divers sujets relatifs aux problématiques de politique internationale dans leurs rapports avec ces musées dans le monde. Cet article a ainsi pour but de vous donner un premier aperçu et une première découverte de ces questions et des conférences offertes par l’ANAJ-IHEDN.

Le comité Culture et Influences souhaite ainsi montrer que les industries culturelles peuvent provoquer du changement en utilisant des produits interactifs, comme des rencontres avec des professionnels. De nombreux évènements sont à venir comme un atelier avec Corentin Cohen sur les images de conflits, ainsi que la venue de représentants de la start-up française ICONEM dont l’action porte sur  le patrimoine menacé. Ainsi, si vous souhaitez vous engager dans une association vous permettant de faire avancer vos réflexions sur des sujets d’intérêt, de participer à des ateliers exclusivement réservés aux membres (comme des visites de lieux habituellement fermés au public dans le cadre de la défense nationale), ou si vous souhaitez tout simplement assister à des conférences de haut niveau, souvent gratuites, accessibles et ouvertes aux questionnements, l’ANAJ-IHEDN est faite pour vous. Et n’hésitez plus à passer le pas en pénétrant dans l’École Militaire qui peut apparaître comme un lieu inaccessible au public et qui pourtant est tout le contraire, à condition de s’inscrire en amont aux divers évènements.

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