L’affaire Fillon : sauve-qui-peut à droite

L’affaire Fillon : sauve-qui-peut à droite

Dans son édition du 15 février, Le Canard Enchaîné épingle Thierry Solère, député des Hauts-de-Seine et porte-parole de François Fillon. Celui-ci est soupçonné de fraude fiscale ainsi que d’un possible conflit d’intérêts entre son activité de parlementaire et une activité de conseil dans le privé. Il a annoncé son intention de porter plainte. Le 15 février, c’est aussi la première semaine où Le Canard ne s’intéresse pas directement au candidat Fillon. L’occasion, pour nous, de faire un point sur les trois semaines qui ont agité les rangs de la droite.

L’affaire Fillon, ou plutôt les affaires Fillon, ce ne sont pas moins de sept dossiers où le candidat du parti Les Républicains à la présidentielle a été cité. État des lieux au 16 février 2017 :

L’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné a ouvert le bal, le 25 janvier, en révélant que Penelope Fillon aurait été employée comme assistante parlementaire de son mari, percevant à cette occasion un salaire cumulé de 831 440 euros brut. Les périodes concernées sont de 1988 à 1990, de 1998 à 2000 et de 2012 à 2013. Penelope Fillon a également été employée par le suppléant de François Fillon, Marc Joulaud, entre 2002 et 2007. Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits.

Le palmipède ajoute que Penelope Fillon aurait touché des indemnités de licenciement par deux fois, en août 2002, pour un montant de 16 000 euros, puis en novembre 2013, pour un montant de 29 000 euros. Soit un total de 45 000 euros, pour un emploi dont la réalité reste à prouver. Le jour-même, François Fillon révèle que son épouse a également touché des indemnités lors de la fin de son contrat en 2007… Information que Le Canard ne détenait pas jusque-là. « À chaque fois qu’ils [les assistants parlementaires] sont licenciés, c’est conforme à la loi » se défend l’équipe du candidat.

Le Canard Enchaîné révèle également que Penelope Fillon était employée par la Revue des Deux Mondes, appartenant à un proche du couple, Marc Ladreit de Lacharrière. François Fillon aurait demandé à son ami d’employer sa femme pour « tromper son ennui ». La collaboration a duré de 2012 à 2013, donnant lieu à la production de deux notes de lecture. L’une, de 2500 signes, à propos des Trois excentriques anglais de Lucien d’Azay, l’autre, de 1000 signes, portant sur Le Tombeau d’Oedipe de William Marx. Montant de la collaboration : 100 000 euros brut.

C’est un fait qui est passé un peu inaperçu dans le tourbillon médiatique autour de François Fillon, mais Marc Ladreit de Lacharrière n’a pas fait qu’aider l’épouse du candidat. Selon Mediapart, il a rendu un autre service à son ami en employant l’un des « piliers » de son équipe numérique, Alexia Demirdjian. Entre 2015 et 2016, Alexia Demirdjian était chargée de mission à la Fondation Culture et Diversité, branche du groupe Fimalac, fondé par le milliardaire. Et ce n’est pas la seule, nombre des collaborateurs de François Fillon ont été « placés un peu partout chez ses amis » depuis 2012.

La nouvelle affaire a été initiée par François Fillon lui-même. Invité au 20 Heures de France 2 le 26 janvier, et pensant anticiper de nouvelles révélations, il déclare qu’« il [lui] est arrivé de rémunérer, pour des missions précises, deux de [ses] enfants qui étaient avocats. » Premier problème : ses enfants n’étaient pas avocats à la période des faits. Second problème : ils n’ont pas été recrutés pour « des missions précises » mais embauchés en tant qu’assistants parlementaires. Le tout, précisera Le Canard Enchaîné, pour la modique somme de 84 000 euros brut.

Début février, c’est le journal Le Monde qui sort de l’oubli une autre activité du candidat Fillon : le conseil. François Fillon est dirigeant et unique actionnaire de la société 2F Conseil, fondée en 2012. Cette activité lui a rapporté 757 526 euros entre juin 2012 et décembre 2015. Rien d’illégal jusque-là, mais le doute demeure sur les clients de la société. Parmi eux : le groupe Ricol Lasteyrie, la banque Oddo et l’assureur Axa, que l’ancien Premier ministre conseillait de 2012 à 2014, tout en menant son activité de parlementaire. Le conflit d’intérêts n’est pas loin.

Dernière affaire et non des moindres, Mediapart a révélé un système de commissions occultes de grande ampleur touchant le groupe UMP du Sénat. Concrètement, les élus UMP se faisaient reverser une partie de l’enveloppe parlementaire dédiée à la rémunération d’assistants, en faisant transiter les fonds par le groupe politique. La période concernée est postérieure à 2009 et François Fillon n’était sénateur qu’entre 2005 et 2007. Pourtant, Le JDD affirme qu’il aurait touché sept chèques à son nom, pour un montant total de 21 000 euros. Il n’est pour l’instant pas inquiété.

En bonus, le micro-parti de François Fillon, Force Républicaine, serait en fait le véritable destinataire des dons de campagne. Lorsque les sympathisants réalisent un don sur le site du candidat, www.fillon2017.fr, ils pensent financer la campagne des Républicains. En réalité, les chèques sont libellés à l’ordre de l’AFFR, Association de Financement de Force Républicaine, et partent directement dans les caisses du micro-parti. La campagne de François Fillon étant financée par les 9,4 millions d’euros de bénéfices réalisés lors de la primaire, nul besoin d’un tel montage.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, personne ne connait l’avenir judiciaire ni l’avenir politique de François Fillon. Actuellement candidat du parti Les Républicains à l’élection présidentielle de 2017, l’homme de la Sarthe est avare de commentaires. Lui qui se présentait en « monsieur propre de la politique » et « n’imaginai[t] pas le général de Gaulle mis en examen » aura toutefois du mal à se défaire des atteintes à son image.

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