Fabrice Luchini : Poésie ?

Fabrice Luchini : Poésie ?

Fabrice Luchini est imbibé de mots. Consonnes et voyelles cohabitent en lui et font sens en une symbiose évidente. Depuis trois années consécutives, il dit son amour pour la littérature et lui confère innocemment une intemporalité saisissante dans son spectacle intitulé « Poésie ? ».

C’est avec quatre livres sous le bras, une verve et une passion littéraire non dissimulée que le Luchini-conteur apparaît dans un halo de lumière du théâtre Montparnasse.

Sur la scène de celui-ci règne un décor minimaliste : au centre, un fauteuil de cuir usé, une table de chevet vêtue d’une pile de livres éclairée par une lumière tamisée, une seconde table et une chaise ancienne qui resteront toutes deux inoccupées, sans doute là une manière ambivalente d’inviter le lecteur à s’asseoir aux côtés de la poésie et de signaler la présence testimoniale des poètes cités au cours de la soirée. Enfin, trois tapis s’entremêlent et semblent se connecter à la façon dont Luchini établit une filiation entre les textes.

Quelques vers de Rimbaud amorcent le spectacle, soigneusement accompagnés par l’extinction progressive des projecteurs de la salle, la lumière se concentrant, elle aussi, au cœur des œuvres. Tout ici semble donner priorité au sens des mots, suscitant chez le spectateur-auditeur un regain d’intérêt à la moindre cédille prononcée.
Après avoir généreusement lu quelques-uns des textes les plus marquant de la poésie française, Luchini retire sa montre et la pose délicatement sur la pile de livres à sa gauche : un acte spontané et symbolique qui suspend le temps, permettant aux textes d’évoluer dans un écrin intemporel.

Si au cours de son interprétation il s’interroge sur le sens du mot « poésie », lors d’un moment de fougue littéraire pendant lequel il cite Baudelaire, le conteur retrousse les manches de sa chemise blanche et se redresse : ça y est, nous y sommes, dans la poésie, de manière affirmative. C’est donc cela : redonner sens aux mots, à des mots trop souvent appris puis récités de manière quasi automatique à l’école, à l’exemple du Dormeur du Val dont Luchini nous propose une lecture absolument inédite, puissante, douce, sensorielle.

Au-delà des noms célèbres inscrits sur l’affiche du spectacle devant l’entrée du théâtre, l’interprète n’est nullement avare de vers puisqu’il en glisse certains de Paul Valéry et de Céline, toujours en contextualisant les poètes respectifs. Il prend également le temps de nous raconter comment son amour pour la poésie s’est développé, lui qui n’avait jamais lu un livre dans son intégralité et qui se destinait coiffeur. En parallèle, il ne lésine pas non plus sur certaines anecdotes des spectacles précédents et fait souvent écho à l’actualité, ce qui explique cette impression constante qu’il lit ces textes pour la première fois chaque soir.

Outre le point d’interrogation que fait trôner Luchini derrière le mot « poésie », nous pourrions nous interroger sur le terme de « spectacle » employé pour décrire cette lecture collective. En effet, le ressenti est plutôt celui d’un enivrement total provoqué par l’intimité d’une histoire écoutée sur les genoux de notre grand frère, à la seule différence que c’est Fabrice Luchini, cet homme à l’humilité déconcertante, qui rend hommage aux poètes d’autrefois, nous berce, nous enivre et nous éclaire. Un à un il allume les lustres du couloir littéraire et nous offre la possibilité de pénétrer, sinon comprendre, la plume de Rimbaud, Baudelaire, Molière, Flaubert, Labiche et tant d’autres.

Au sortir du théâtre le mystère plane : nos mains oscillent et ne savent plus vraiment si elles applaudissent le génie des textes ou celui qui nous permet d’y accéder, le temps d’une soirée.

Informations complémentaires : 

  • Au théâtre Montparnasse jusqu’au 3 avril 2017
  • Tarifs : de 22 à 60 euros 
  • Lundi 20 h / Mardi et mercredi 18h30
  • Plus d’infos sur le site du théâtre Montparnasse

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