Lumière sur « les Oubliés » : le film à voir dans les dernières sorties du mois de mars

Lumière sur « les Oubliés » : le film à voir dans les dernières sorties du mois de mars

Ce film relate l’histoire vraie d’un groupe de 14 jeunes soldats allemands (pour ne pas dire des enfants) condamnés à déminer les plages de la côte ouest du Danemark. Près de 2 millions d’instruments de guerre sommeillent encore sous les grains de sable meurtris au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Une description visuelle d’une violence saisissante

Victimes d’un enrôlement inévitable dans l’armé du Troisième Reich, ces « gamins » n’en sont pas moins des ennemis aux yeux de l’armée danoise pour laquelle il est inconcevable de confier cette tâche suicidaire à un des leurs. Ce sont donc plus de 2000 prisonniers sous l’égide de 14 adolescents terrifiés qui se doivent d’épurer ces plages au péril de leur vie.

Martin Zandvliet parvient à briser les barrières conventionnelles du genre pour décrire avec une hypersensibilité bouleversante une page obscure de l’Histoire souvent « oubliée ». On retrouve ici le style très aéré, relatif au cinéma scandinave qui fait de ce nouveau film sur la Seconde Guerre mondiale un témoignage poignant et différent des sentiers établis au cinéma.
Ce sujet est ainsi abordé par une proximité poignante avec le spectateur qui se trouve alors transposé à travers l’écran. Il ressent une tristesse indescriptible, une violence inimaginable, mais ce spectacle visuel qui pourrait paraître horrifique reste d’une très grande beauté. Nous apprécions cette beauté dans l’azur des yeux de ces enfants, dans l’amour qu’ils ont les uns pour les autres, où leur détresse transforme le spectacle en une véritable scène de torture émotionnelle.

On reconnaît l’univers artistique de Martin Zandvielt qui s’attarde sur chaque détail visuel de telle sorte qu’il n’y ait rien à ajouter ni rien à enlever, soit une perfection visuelle qui ne reste pas moins très brutale.
Il arrive alors à faire défiler des mois de souffrance dans une série de regards d’une extrême intensité, sublimés par la musique de Sune Martin déjà en symbiose avec son réalisateur dans « Dirch » et « Applaus », où nous ne pouvons qu’observer un miroir atemporel de l’Histoire.
On y voit la peur, le désespoir, mais surtout une longueur formidablement exposée, quand les secondes sont en réalité des journées. Chaque seconde qui passe entretient une tension pétrifiante qui nous plonge dans un suspens glacial. Voilà une caractéristique que l’on retrouve dans l’univers de Zandvielt où le fond et la forme s’épousent parfaitement.

Une histoire d’Homme émouvante

La performance des acteurs se veut porter l’habit d’une rare émotion : challenge réussi. Tout le génie du réalisateur réside lui dans un renouvellement permanent d’une fine transcription de la réalité interprétée par ces enfants, qui délivrent une performance à couper le souffle.
Il prend soin de montrer l’évolution des différents personnages, le rapport plus que signifiant à la vie de ces enfants, rapport presque inexistant puisque la survie s’y substitua. C’est là que le combat de ces enfants est remarquablement profond, car en choisissant de survire ils n’abandonnèrent jamais l’idée qu’ils avaient vécu un jour et ainsi l’espoir de vivre à nouveau en retour.

Rolland Moller incarne lui le sergent en charge du groupe de soldats démineurs. Personnage torturé, grossier et hargneux, il ne montre d’abord absolument aucune compassion pour ses prisonniers. Pourquoi devrait il se soucier du bien être de soldats allemands ? Enfants ou non, quelle importance ?
Pourtant nous le voyons évoluer avec eux, s’attacher à eux, les considérant progressivement comme de simples gamins ne voulant que rentrer à la maison. Il se rend compte à quel point la guerre a pu l’écorcher en l’éloignant de tout humanisme.

C’est cette introspection implicite, qui se sublime en puissance au fur et à mesure, qui nous touche particulièrement. Cet homme, que nous trouvons répugnant au premier abord, finit par trouver le courage de suivre son cœur et nous donne une véritable leçon de vie. Rolland Moller lui rend un bel hommage en s’imprégnant d’une performance remarquable, comme il a pu le faire déjà dans « Northwest » ou « Hijacking ».

Nous sommes donc plongés dans cette réalité durant tout le film, témoins impuissants de scènes insoutenables, interminables, peinture fidèle d’un cauchemar bien réel.
Allez donc voir ce chef d’œuvre car même si son appréciation peut être controversée, sa puissance elle fait l’unanimité.

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