Pissarro, le premier des impressionnistes

Pissarro, le premier des impressionnistes

Du 23 février au 2 juillet 2017, le musée Marmottan Monet organise une exposition monographique sur Camille Pissarro (1830-1903). C’est l’occasion de (re)découvrir ce peintre, que Paul Cézanne appelle le « premier des impressionnistes », à travers une soixantaine de tableaux dont huit n’avaient encore jamais été exposés en France.

Une quête artistique

Méconnu du public, Camille Pissarro n’a fait l’objet d’aucune rétrospective depuis 1981. Il a pourtant joué un grand rôle dans les mouvements impressionniste et néo-impressionniste, faisant figure de maître et précurseur par ses jeux de couleurs et les sujets qu’il représente. Il a côtoyé et inspiré Cézanne, Gauguin, et a été un fervent défenseur du divisionnisme de Seurat. Il est d’ailleurs le premier à éliminer le noir et les ocres de sa palette, ne constituant ses toiles qu’à partir des trois couleurs primaires. Il éclaircit ainsi progressivement ses tableaux, produisant des œuvres claires et lumineuses propres à l’impressionnisme.

La Cueillette des pommes, un tableau réalisé en 1886 et présenté dans l’exposition du musée Marmottan Monet, donne un bon aperçu de l’art de Pissarro. La toile se trouve en effet à la croisée des différentes recherches artistiques menées par le peintre.

Elle est représentative tout d’abord de son travail sur les figures : à partir de l’année 1883, Pissarro se tourne vers la figure humaine comme sujet à part entière, alors qu’il ne l’évoquait jusque-là que par des silhouettes fondues en touches rapides dans des paysages champêtres aux perspectives imposantes, caractéristiques de la passion de l’impressionnisme pour le plein-air. Il décrit alors les difficultés que ces figures lui donnent, difficultés que l’on retrouve peut-être sur cette toile dans leur disposition apparemment maladroite. À l’ombre d’un pommier, trois jeunes paysannes cueillent ses fruits. Les trois figures sont contenues dans un triangle d’ombre, échelonnées à sa lisière en une diagonale ascendante. Dans le coin gauche du tableau, au premier plan, une figure de jeune femme accroupie croque dans une pomme. Elle participe à un effet de réalisme, car le spectateur se trouve à son niveau. Une seconde, debout derrière elle, cueille des pommes directement à l’arbre tandis qu’une troisième située plus en arrière encore se penche pour en ramasser. Cette mise en perspective est troublante : le grand éloignement de cette troisième figure, suggéré par sa petite taille contrastant avec celle des deux autres, semble contredit par la présence de l’arbre juste à côté d’elle. Cette légère incohérence ne nuit pas cependant au charme de la toile.

Une œuvre lumineuse

En effet, ce sont la lumière et les couleurs chatoyantes qui attirent l’œil ici plus que le travail de perspective. L’atmosphère estivale est soutenue par des tons chauds de rouge et de jaune, tandis que la fraîcheur de l’ombre et de la végétation est suggérée par des touches de bleu. Ce travail sur les couleurs primaires est sur cette toile doublé d’une autre technique, toute nouvelle sous le pinceau du maître : le divisionnisme. Dans la ligné de Seurat, Pissarro signe ici sa première toile divisée : ce tableau qu’il avait commencé par peindre avec sa touche grasse et généreuse habituelle a été par la suite entièrement retravaillé en de petits points colorés. Les recherches de Georges Seurat sur la diffraction de la lumière l’avaient enthousiasmé, car elles rejoignaient son travail sur les couleurs primaires. Le but de cette technique était de rendre les couleurs et les représentations les plus lumineuses possibles : il s’agissait de ne peindre qu’avec des couleurs pures posées en touches complémentaires. Elles devaient se rehausser mutuellement, et former des mélanges brillants et harmonieux lorsqu’elles étaient vues à distance par le spectateur.

Pissarro a suivi pendant un temps les expérimentations de Georges Seurat, et produit plusieurs chefs-d’œuvre divisionnistes comme ce tableau, avant de revenir à des touches plus larges, moins contraignantes et plus respectueuses du geste et de l’élan artistique. Ainsi les grandes séries urbaines et portuaires de la fin de sa vie (avec des vues inédites de Paris que l’on peut admirer dans la dernière partie de l’exposition du musée Marmottan Monet), semblent l’aboutissement de son art par leur touche maîtrisée, l’équilibre des compositions et le travail sur la lumière.

Ni trop longue, ni trop courte, l’exposition du musée Marmottan Monet, Pissarro, le premier des impressionnistes, propose un moment d’émerveillement contemplatif : parti à la découverte d’un maître méconnu, le visiteur se laisse bercer par la douceur des paysages et entre dans un univers lumineux et ressourçant. Un moment de sérénité dans l’agitation du quotidien, que l’on peut prolonger en se rendant à l’exposition Pissarro à Éragny : la nature retrouvée (du 16 mars au 9 juillet 2017 au musée du Luxembourg), qui se penche sur la période la plus méconnue du peintre.

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