March for Science : les scientifiques font de la résistance

March for Science : les scientifiques font de la résistance

“La science est apolitique” : c’était là le mot d’ordre de la Marche pour la Science 2017 qui s’est déroulée dans plusieurs grandes villes du monde ce samedi 22 avril.

Remettre la science au cœur du débat

A Washington, des dizaines de milliers de manifestants ont profité de la Journée annuelle de la Terre (Earth Day) le 22 avril pour se rassembler ce week-end afin de tenter de contrer l’inquiétant rejet des faits scientifiques qui a proliféré ces derniers mois en politique. Avec en tête du cortège le scientifique vedette et animateur télé Bill Nye The Science Guy, les scientifiques ont tenu à montrer leur passion pour leur travail mais également leur exaspération quant à la politique du président Donald Trump.

Participant à la Marche, Kathy Ellwood, biochimiste, a expliqué à l’AFP : “Je suis inquiète de la réthorique anti-science de cette administration et de leur manque de connaissances scientifiques. […] Ils doivent comprendre que les faits scientifiques sont apolitiques et écouter leurs scientifiques.” Car en effet, c’est un constat accablant qu’a livré Rush Holt, président de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS), la plus grande organisation scientifique généraliste du monde : “Les chercheurs réalisent que les faits scientifiques sont trop souvent ignorés dans les débats publics, et sont remplacés par des opinions et des croyances idéologiques.” Croyances religieuse, intérêts économiques ou simplement lacunes dans l’éducation, la défiance face aux faits scientifiques s’est faite de plus en plus bruyante lors de la dernière décennie, entre rejet de la théorie de l’évolution, des vaccins, ou encore de l’existence du réchauffement climatique, à l’opposé de l’éveil des consciences qui avait marqué les années 60-70.

Avec la Marche, entrepreneurs et scientifiques espèrent redonner aux gens l’envie de célébrer la science. Ils souhaitent également s’assurer que les progrès et recherches scientifiques ne seront pas ignorés lors de l’élaboration des prochaines lois environnementales. Tous s’opposent massivement à cette nouvelle culture des fameux alternative facts  sur le climat, qui pourraient se révéler dramatiques pour la planète et ceux qui l’habitent, quel que soit leur attachement politique. “Tout le monde peut bénéficier des avancées apportées par la science. Nier des faits scientifiques c’est complètement fou et dangereuxdéclare un manifestant. Comme lui, beaucoup d’Américains redoutent un recul écologique engendré par la politique du nouveau président.

Le début de mandat de Trump, un potentiel désastre écologique

Durant sa campagne, Donald Trump en avait surpris plus d’un en déclarant que le réchauffement climatique était un canular inventé par les Chinois. Au sein du parti républicain, nombreux sont ceux qui, comme lui, affichent clairement leur climato-scpeticisme, et depuis son élection, il mène des réformes environnementales tout à fait inquiétantes.

Rush Holt a ainsi rappelé que la part du budget fédéral consacré à la recherche représente aujourd’hui moins de la moitié de celle des années 1960. Eric Davidson, président de l’American Geophysical Union, s’est quant à lui inquiété : “Nous ne pouvons pas simplement croiser les bras et supposer que tout le monde comprend à quel point la science est cruciale pour l’économie, la sécurité nationale, l’environnement, la santé humaine et bien d’autres choses“.

En effet, les premiers mois de M. Trump à la Maison Blanche n’ont pas été synonyme de conscience scientifique. Dès janvier, beaucoup s’était inquiété de l’absence de pages consacrées à l’écologie sur le nouveau site internet de la Maison Blanche. Les semaines qui ont suivi, M. Trump a signé des décrets visant à démanteler les protections environnementales de son prédécesseur démocrate Barack Obama. Scott Pruitt, climato-sceptique notoire, a été nommé à la tête de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), et il est notamment favorable au retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il a également exprimé son désir de révoquer le Clean Power Plan de Barack Obama, affirmant vouloir mettre fin à la “guerre contre le charbon” qu’aurait instiguée son prédécesseur. Cette opinion sur le climat ne semble pourtant pas être partagée au sein de sa propre équipe : le général James Mattis, secrétaire de la Défense avait ainsi affirmé en janvier que le changement climatique était un défi nécessitant une réelle et sérieuse prise en charge gouvernementale.

En France aussi, l’absence de la science dans les débats inquiète

Il faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat” : ce sont la les mots surprenants qu’avait choisis Nicolas Sarkozy en parlant de l’environnement. Surfant sur la vague climato-sceptique, l’ancien chef de l’Etat a rejoint fin 2016 le rang des personnalités politiques exprimant leur défiance face à des constats scientifiques pourtant sans appel.

Quant à la campagne présidentielle française, elle n’a pas vraiment mis la science sur le devant de la scène. Trois candidats sur les 11 consacraient une partie importante de leur programme à l’écologie : Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, et Philippe Poutou, voyant en l’écologie un projet de société sur le long terme. L’intérêt des deux candidats qualifiés au second tour pour l’écologie paraît cependant bien moindre, même si le programme d’Emmanuel Macron va beaucoup plus loin que celui de Marine Le Pen.

Emmanuel Macron supporte des mesures qui faisaient l’unanimité chez presque tous les candidats (isolation thermique des logements, fermeture des centrales à charbon restantes) et soutient le développement des énergies renouvelables. Il est cependant favorable à l’énergie nucléaire, bien qu’il désire suivre la ligne fixée par François Hollande lors de son quinquennat (réduire de 50% d’ici 2025 la part d’énergie nucléaire en France). Dans son programme, M. Macron dit également vouloir mettre en place des mesures destinées à réduire la pollution atmosphérique (prime pour l’achat d’un véhicule moins polluant, renforcer les normes, diviser par deux les pics de pollution atmosphérique, etc.). Il s’est de plus opposé à l’exploitation des gaz de schiste.

Marine Le Pen quant à elle n’a pas fait de le science et de l’écologie une priorité dans son programme, puisqu’elle prône une écologie souverainiste et sélective. En effet, les mesures envisagées serviraient surtout à réaffirmer l’indépendance française, entre soutien au nucléaire, à l’exploitation des gaz de schiste, et opposition aux OGM. Son programme se dit cependant favorables aux énergies renouvelables (solaire, biogaz) à l’exception des éoliennes, qu’elle considère être “une vraie pollution visuelle” et un potentiel risque pour la santé des riverains. Par ailleurs, elle ne fait jamais mention dans son programme de lutte contre le réchauffement climatique, une urgence écologique qui inquiète pourtant de nombreux scientifiques, mais également de nombreux citoyens français.

La distance qu’instaurent de nombreux politiciens entre eux et les avancées scientifiques et écologiques a de quoi inquiéter à une époque où la course folle de l’industrie ne semble pas près de s’arrêter, et ce dédain pour l’urgence écologique est un choix qui se regrettera sûrement sur le long terme. Aux Etats-Unis, les Américains se réuniront pour une nouvelle Marche, pour le climat cette fois, le 29 avril.