Rencontre avec le street artist Encoreunestp

Rencontre avec le street artist Encoreunestp

Le mois dernier, un mystérieux miroir ornait un mur désaffecté de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, enjoignant aux étudiants et aux curieux de prendre un selfie, une pratique éminemment répandue chez la majorité des détenteurs de téléphone intelligent. Vous avez peut-être déjà croisé ces miroirs au détour d’une rue de Paris : décorés d’un cadre autocollant aux couleurs d’Instagram, leur aspect ludique ne laisse pas indifférents et nombreux sont ceux qui se prêtent au jeu d’une photo et la postent ensuite sur les réseaux sociaux. Rencontre avec le street artist Encoreunestp, à l’origine de cette vague interactive où tout un chacun peut devenir une œuvre d’art.

Peux-tu me présenter ton parcours artistique ?

Encoreunestp : Je suis issu de la culture du graffiti depuis 1995, puis j’ai décidé de me tourner vers l’art contemporain. Toutefois, je souhaitais rester dans la rue, en mêlant le graffiti au nouveau réalisme, c’est-à-dire en remettant dans l’art la réalité de tous les jours. En ce qui concerne mon parcours artistique, je suis devenu un autodidacte par la force des choses. J’ai étudié quelques mois dans une école d’art et je me suis exercé au métier de graphiste. Aujourd’hui, je dirige une boîte de communication, mais j’ai envie de consacrer 100% de mon temps à l’art, surtout que je commence à me faire une petite place dans le milieu, alors autant en profiter.

Quelle est ta source d’inspiration ?

E : J’adore jouer avec les addictions des gens ; c’est tout d’abord venu avec le #selfie et maintenant avec le #foodporn – dans ce cas précis, je fabrique des sculptures et les intègre dans un cadre type Instagram afin de créer une mise en perspective. J’aime le travail sur l’addiction et c’est celle sur les réseaux sociaux qui m’affecte le plus. En 2013, il y a eu l’explosion du selfie, tout le monde en prenait et je voulais comprendre pourquoi il y en avait autant. C’est après qu’une amie m’a dit qu’elle désespérait de ne pas trouver de miroir dans la rue pour se photographier que m’est venue cette idée : installer des miroirs dans la rue afin de prendre des selfies. Au même moment, il y avait un gros buzz au sujet du selfie de Barack Obama avec la Première ministre danoise ; c’était le moment. Je me suis donc mis assidûment au street art et j’ai posé mon premier miroir à côté de Christie’s – il y est toujours. Dès la première semaine, j’ai reçu quarante-sept selfies, un succès !

En ce qui concerne mes peintures à huile, j’ai trouvé l’inspiration lors d’une visite au musée du Louvre. Alors que j’étais en admiration totale devant Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault, j’ai été choqué de constater qu’une petite fille n’y prêtait aucune attention et se concentrait pour regarder Le Roi Lion sur sa tablette… J’ai donc décidé de repeindre ce tableau en y intégrant des personnages de l’univers Disney.

En quoi tes œuvres sont-elles spécifiques ?

E : J’ai un besoin essentiel de la rue, même si j’utilise des supports divers. Cela me permet de faire voyager mes œuvres, notamment grâce à Instagram ; d’autant plus que mes miroirs ont généralement trois jours à deux semaines d’existence. Quant aux emergency boxes, elles risquent à tout moment d’être ouvertes. C’est justement le travail sur le caractère éphémère des réalités qui m’intéresse, tout comme le vestige. D’ailleurs, la rue en elle-même est éphémère.

Comment comptes-tu diffuser tes créations ?

E : Je joue énormément sur internet. Les réseaux sociaux en eux-mêmes sont un synonyme de partage ; j’ai recueilli plus de 2100 selfies depuis le début de l’aventure. C’est véritablement de l’or, la meilleure des galeries, puisque c’est un moyen de toucher tout le monde en exposant librement. Je suis aussi content de créer cette collaboration avec la personne qui a pris la photographie. Le selfie, véritable mise en abyme, permet de n’avoir jamais le même résultat et instaure une relation interactive avec le public.

C’est pour cette raison que je refuse d’exposer en galerie, même si je commence à avoir une petite notoriété. L’émission Stupéfiant ! sur France 2 ou encore Le Bonbon ont déjà fait des reportages sur mon travail. Il est vrai que j’ai déjà fait quelques partenariats, mais cela dénaturait mes œuvres, qui devenaient des œuvres de communicant. Or je veux appartenir au marché de l’art et non pas à celui de la communication.

Quels sont tes projets à l’avenir ?

E : Je participe en novembre prochain à une exposition collective dans un vaste lieu dédié à l’art. Vous entendrez parler de moi le moment venu ! On m’a laissé carte blanche et j’ai envie de créer un parcours où le miroir représenterait le ralliement entre la réalité et le virtuel. Et en 2018, je me lance dans un solo show. J’ai envie de montrer ce que j’aime, ce qui me plaît. Pour cela, je dois prendre le temps de mûrir mon exposition, sans directeur artistique ou curateur. J’aime beaucoup les œuvres de Niki de Saint-Phalle, d’Yves Klein et de la période post-Duchamp. J’ai vraiment envie de travailler sur des objets du quotidien réel ou du 2.0 et de les transposer. L’art est un questionnement permanent, il s’agit à la fois de ce qui est réel et de ce qui n’est pas réel.

Retrouvez les œuvres d’Encoreunestp sur son site, sa page Facebook et son compte Instagram

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