La politique pour les jeunes : Allons Enfants !

La politique pour les jeunes : Allons Enfants !

« Notre inexpérience est une force et nous avons des choses à dire » ; voilà ce que déclare Lou Welgryn, à la tête du think tank lié au parti politique Allons Enfants : un parti créé pour que les jeunes s’investissent davantage dans la politique.

Dimanche dernier, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont été qualifié pour le second tour de la présidentielle le 7 mai prochain. Ici, nous ne voulons et nous n’allons pas parler de cette situation impensable pour certains insoumis ou ambiguë et pleine de doutes pour d’autres. Nous voulons parler simplement de la nouveauté que cette situation implique : la fin des partis traditionnels.

Non non, il ne s’agit pas d’être optimiste ou de penser que ce premier tour est une victoire car trop de nuances sont à faire. Mais il faut parler de ce qui est intéressant, de ce qui est nouveau dans ces élections. Comment ne pas lier cette nouveauté à la montée de l’opinion jeune en politique ?
On a enfin dit adieu à François Hollande, à Nicolas Sarkozy, à Alain Juppé, et depuis dimanche à François Fillon. Si la nuance de mes propos reste à faire compte tenu de la qualification de Marine Le Pen et donc du parti d’extrême droite, il y a quand même un signe ici d’une mise à la retraite des anciens partis par le peuple, et sûrement par le peuple jeune.

L’intégration des jeunes dans la vie politique

La volonté de rajeunir la politique doit, pour s’appliquer, être entièrement intégrée à la vie publique. Elle doit être pourvue d’un élan qui va plus loin que la simple volonté.
Et si, au vu de l’évolution de la société et du vieillissement grandissant de la politique, on offrait la possibilité pour les jeunes de participer à un vrai débat de fond ?

Mais si on confronte ces belles idées à la réalité rien n’est encore joué. Aujourd’hui, la plupart des députés à l’Assemblée nationale ont entre 60 et 70 ans (ils représentent 191 personnes en tout) et seulement une personne est en dessous de la barre des 30 ans : Marion Maréchal-Le Pen.
La question des cumuls temporels des mandats des députés à l’Assemblée nationale se pose de façon légitime en ce sens. Peut on être député à vie ? Et dans ce cas comment faire changer les choses ?
Le non cumul des mandats a fait débat et est devenu avec François Hollande un projet présidentiel. Il a choisi de s’attaquer au cumul vertical, c’est-à-dire le fait de cumuler une fonction politique nationale – député, sénateur, ministre – avec un ou plusieurs mandats locaux – conseiller municipal, régional, maire – et a ainsi écarté du débat la question du cumul temporel des mandats (soit le fait de cumuler le même mandat dans le temps).
L’intégration des jeunes en politique est donc confrontée à une forte opposition, implicite ou non, de l’Assemblée nationale. Cela s’explique rien qu’au vu des chiffres : en 2012 sur un total de 577 députés à l’Assemblée, 438 ont plus d’un mandat. Seulement 139 n’en ont qu’un. Or en moyenne, chaque député possède deux mandats.

C’est pour répondre à ces problématiques, pour confronter ces obstacles et cette perpétuité des cumuls de mandats à l’Assemblée nationale qu’Allons Enfants a été créé en 2014 : un parti de jeunes fait pour les jeunes.

Le parti des jeunes : Allons Enfants !

En 2014, le parti Allons Enfants, géré seulement par des jeunes entre 18 et 25 ans, fait parler de lui. Ils sont troisième à l’élection municipale de Saint-Cloud, récoltent 14,37% des voix et se placent devant le PS. Si le faible pourcentage des voix pour le PS est explicable dans une ville acquise à la droite, c’est tout de même le début d’une jeune avancée.
Nous avons eu la chance de rencontrer la directrice du think tank Allons Enfants : Lou Welgryn qui a pu nous expliquer en détails l’ambition, l’objectif et le projet concret que représente Allons Enfants :

En une phrase, un pitch, qu’est ce qu’Allons Enfants ?

Allons Enfants est un parti jeune, transpartisan et participatif qui a pour ambition de changer la manière de faire de la politique et de redonner envie aux jeunes de s’investir.

Où et quand le parti a t-il été créé ? Combien êtes-vous ?

Il a été créé en 2014 pour les municipales de Saint-Cloud. À la base, c’est 35 jeunes qui ont été un peu lassés de leur maire et qui ont décidé de monter leur propre liste. Ils ont fait campagne pendant deux mois et sont arrivées avec 14,27% des voix. C’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à recevoir des messages de jeunes venant d’un petit peu partout en France qui étaient très enthousiastes, qui trouvaient l’idée vraiment intéressante et qui parfois disaient vouloir faire pareil dans leur ville. On s’est vite aperçus que c’était important voire nécessaire de passer à l’échelle nationale parce qu’il y a eu un vrai mouvement d’engagement mais que celui-ci avait quand même du mal à se concrétiser. Donc cette décision de grimper à l’échelle nationale s’est concrétisée avec cette idée, cette ambition sur le long terme de placer 10 000 jeunes dans les conseils municipaux en 2020. En fait, on est convaincus que c’est à l’échelle locale qu’on peut vraiment faire changer les choses, qu’on peut avoir le plus d’impact. Puis on s’est dit qu’au Parlement il n’y avait pas non plus des élus très jeunes puisque la moyenne d’âge est de 59 ans et c’est pourquoi en plus de ce projet des conseils municipaux, on présente 60 jeunes aux élections législatives les 11 et 17 juin prochains.

Donc vous avez tous entre 18 et 25 ans c’est bien cela ? Est-ce difficile de concilier cet engagement politique avec vos études ?

Oui ce sont exclusivement des jeunes qui gèrent le parti Allons Enfants. C’est un vrai engagement en effet mais nous sommes tous des jeunes actifs. Après, en ce moment on entre dans la période de campagne donc c’est beaucoup de travail c’est vrai. Mais créer un parti et s’engager dans un mouvement, c’est surtout se réinventer chaque jour et répondre à des problèmes nouveaux : c’est très enrichissant. Surtout, on est particulièrement heureux de faire partie de ce projet quand on rencontre des jeunes qui nous soutiennent, qui nous disent à quel point Allons Enfants leur a fait changer d’avis sur la politique et qui veulent d’autant plus s’engager avec nous.

En tant que parti politique, est ce que justement vous vous reconnaissez dans un des partis traditionnels ?

Non pas du tout, c’est d’ailleurs bien pour ça qu’on a créé notre propre parti. Allons Enfants est transpartisan. C’est-à-dire que nous voulons vraiment dépasser le concept des étiquettes gauche/ droite, car ce n’est pas comme cela que l’on va trouver des solutions. Pour nous, une bonne idée, une belle proposition c’est une proposition qui apporte des solutions concrètes à un problème de société. Donc quel intérêt y a-t-il à savoir que cette solution est de droite ou de gauche ? C’est dans cette logique-là qu’on a conçu notre programme.

Pourquoi est-ce important selon vous que les jeunes s’impliquent dans la politique ?

Je pense que quand on est jeune on n’apporte pas la même vision sur le monde. C’est étrange à dire ainsi, mais on est né dans le numérique et on a un point de vue totalement différent. À titre d’exemple, prenez les députés qui ont porté la loi sur Airbnb mais qui ne savaient même pas comment le prononcer. C’est un simple exemple parmi d’autres mais l’idée est là. Aujourd’hui les jeunes représentent 0,1% des élus et pourtant 15% de la population et j’ai la conviction qu’on a tous des choses à dire, qu’on a une manière d’approcher les choses différemment et je suis convaincue que plus il y a de diversité, plus on trouvera des solutions riches. Mais bien sûr je ne dis pas qu’il ne faut que des jeunes. Je suis plutôt dans une logique intergénérationnelle et la question n’est pas d’opposer les jeunes et les vieux. Notre inexpérience est une force et nous avons des choses à dire, donc il faut les intégrer dans le débat pour apporter des solutions nouvelles et concrètes, c’est aussi simple que cela.
L’objectif en vérité, c’est que dans dix ou vingt ans il n’y ait plus besoin nécessairement d’un parti de la jeunesse. Il faut qu’il y ait seulement des jeunes en politique : totalement et naturellement intégrés dans les instances politiques.

Aujourd’hui, dans le contexte de cette élection présidentielle qu’envisagez vous pour le futur ? Ces élections sont-elles selon vous le signe de progrès dans l’implication des jeunes en politique ?

Je pense que ces élections ont révélé l’importance de l’investissement des jeunes pour un parti politique. Il y a énormément de jeunes qui se sont investis notamment pour Jean-Luc Mélenchon, pour Emmanuel Macron et pour Marine Le Pen aussi. Allons Enfants est donc optimiste, car c’est le signe une véritable volonté de s’engager chez les jeunes. Seulement je pense qu’aujourd’hui, l’engagement est différent et le fait de voir autant de jeunes mobilisés quel que soit les partis auxquels ils sont reliés : c’est d’autant plus l’occasion et d’autant plus nécessaire de les intégrer dans le débat. Et c’est ce que Benoît Hamon disait lorsqu’il s’étonnait de voir autant de jeunes réunis autour de ses idées et pourtant pas assez entendus. On a tout de même un peu l’impression que tout ces jeunes pour Macron, jeunes pour Hamon etc. sont des faire-valoir et l’objectif maintenant c’est de vraiment leur donner l’opportunité de mettre en lumière ce qu’ils pensent.

Allons Enfants c’est donc avant tout une volonté de faire avancer et de donner de l’importance aux jeunes opinions.
Sur leur site, une plateforme de « démocratie participative » appelée La Ruche a été mise en ligne et permet à chacun de proposer des idées pour construire un programme concret.
En ce qui concerne leur financement, Allons Enfants a lancé une campagne de crowdfunding. Les dons versés au parti sont directement perçus par le mandataire financier (L’Association de Financement d’Allons Enfants) puis reversés au parti.

Pour découvrir leur programme autour de grandes idées sur le développement durable, le digital, l’Europe etc. rendez- vous sur leur site.