Emmanuel Macron, en marche vers le palais présidentiel 

Emmanuel Macron, en marche vers le palais présidentiel 

Inconnu il y a trois ans. Fondateur d’un mouvement il y a un an. Aujourd’hui Président. Emmanuel Macron, quelle ascension ! Une trajectoire singulière, atypique dans notre Vème République établie depuis des décennies, pour un chef d’Etat devenu le plus jeune à exercer cette fonction si particulière.

Que de chemin parcouru depuis sa nomination à Bercy, au ministère de l’Economie, où la France a découvert un jeune énarque, ancien banquier et conseiller de l’ombre de François Hollande, aujourd’hui huitième président de la République. Son parcours, sa trajectoire politique, sa campagne : tout a déjà été commenté, analysé, encore et encore. Et il l’a fait. De sa « bulle médiatique » et de son mouvement naissant, le natif d’Amiens sera arrivé à l’Elysée, une place rêvée par moult hommes politiques, et qui restera à jamais un mirage (pensée émue pour Jean-François Copé et tant d’autres).

Désormais élu, le président Macron est confronté à de nombreux défis. Sa victoire ne doit pas faire oublier la dangereuse montée du Front National, l’explosion des votes blancs et de l’abstention. Le triomphe napoléonien au Carrousel du Louvre appartient au passé, et les nouveaux défis économiques, sociaux et internationaux sont multiples. Car au-delà des promesses et des discours, la fracture au sein même de la société française ne se résoudra pas par des mots. Retour sur une élection (attendue) charnière dans notre vie politique française, et sur les conséquences induites par ce résultat.

La menace FN : un front républicain fragile mais debout, une recomposition des partis ?

66,1% des suffrages. Un score élevé en comparaison des craintes émises à la fin de la première semaine de l’entre-deux-tours, où le candidat d’En Marche patinait. Emmanuel Macron a bénéficié d’un soutien conséquent. Non pas massif comme en 2002 lors de l’élection de Jacques Chirac, mais suffisamment large pour que sa victoire ne soit pas ternie par le spectre frontiste. Toutefois, cette victoire n’était pas acquise, bien au contraire, au regard du début de campagne du nouveau président. Le 23 avril 2017, le jeune Emmanuel Macron arrivait en tête du premier tour de l’élection présidentielle française. Devant Marine Le Pen, jusqu’alors favorite des sondages, il récoltait 24% des suffrages. Euphorique, il exultait porte de Versailles partageant sa joie parfois perçue comme « excessive », et concluait par un dîner dans la désormais célèbre brasserie parisienne “La Rotonde”. Un désastre communicationnel en somme. Le débat de l’entre-deux-tours la semaine suivante permettra de balayer ces doutes, grâce à la performance « sensationnelle » de Marine Le Pen, savant mélange entre suicide politique en direct et crise de nerf traduite par des ricanements incessants.

Pourtant, malgré ses 20 millions d’électeurs, aucune vague populaire n’a porté à la tête de l’Etat l’ancien ministre de l’Economie. En effet, Marine Le Pen a réuni plus de 10 millions de voix. Un record, en comparaison des 5 millions de suffrages obtenus par son père en 2002. La présidente du Front National a doublé le score du parti en moins de quinze ans, et l’élection du candidat d’En Marche ne doit pas occulter ce résultat. Au contraire, il est le témoin d’une abstention record, s’élevant à 25,8%, deuxième score le plus faible derrière l’élection de 1969. Ce mécontentement du choix proposé au second tour, ne s’est pas seulement traduit par une désertion des urnes. En effet, pléthore de citoyens ont déposé un bulletin blanc ou nul, refusant le vote à destination d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen. Ce score représente environ 12% des suffrages, résultat historique, et est inédit par sa proportion (en comparaison, ce taux était à 5,8% en 2012). Toutefois, ce troisième choix n’est toujours pas reconnu légalement, et pourtant, est porteur de nombreux enseignements : la menace du Front National n’engendre plus une surmobilisation électorale permettant de faire complètement barrage comme en 2002.

Enfin, cette abstention record à plus de 25%, illustre une campagne commentée par beaucoup comme unique, non pas par la richesse de ses débats, mais par un climat délétère où la forme a primé sur le fond, où les partis traditionnels ont connu un effondrement sans précédent, et où les vainqueurs élus au second tour l’ont aussi été non pas par des convictions, mais par des choix par défaut. Asseoir sa candidature présidentielle sur l’hymne à la joie n’est pas gage de rassemblement. Le plus dur reste à venir, et comme l’a rappelé le nouveau président, la « tâche (qui nous attend) est immense ». Et elle commence dès les élections législatives.

Les élections législatives : que les hostilités (re)commencent !

Terminés les appels au vote faussement unanimes, les ralliements de dernières minutes et autres soutiens inopportuns. Les présidentielles achevées, une nouvelle bataille débute, peut-être plus rude que le duel présidentiel. Un affrontement politique placé sous le sceau de l’Assemblée Nationale, chambre basse de notre Parlement où se dessinent et sont votées les grandes lois qui rythmeront le quinquennat. Les 11 et 18 juin 2017, 577 députés seront élus lors des élections législatives, expression la plus répétée après l’annonce de la victoire d’Emmanuel Macron.

Ces élections incarnent les espoirs de tous les partis, le théâtre des rêves d’une cohabitation capable de couper l’herbe sous le pied du président à peine élu. En France, la présidentielle est devenue une élection clé par deux phénomènes : le fait majoritaire, concordance politique entre l’exécutif et le législatif, et la « personnalisation » des candidatures où le vote n’est plus pour une idée ou un parti, mais pour un homme ou une femme. Pourtant, à la lecture de la Constitution du 4 octobre 1958, la forme du régime est claire : son essence est puisée dans le parlementarisme. Le gouvernement, sous l’égide de son Premier ministre conduit la politique du pays, élabore les mesures phares au travers des projets de loi et devient ainsi le moteur de l’action publique. Lors des trois cohabitations, les Premiers ministres Chirac, Balladur et Jospin, ont toujours eu la mainmise sur les grandes réformes à mener, et ce, au détriment du président. Ainsi, les élections présidentielles ne constituent que la moitié du chemin effectué par Emmanuel Macron. Il reste encore deux tours au nouveau président pour asseoir sa légitimité, et surtout son autorité, car malgré la « présidentialisation » du régime, la marge de manœuvre du président n’est rien sans un parlement et un gouvernement qui lui sont acquis.

Dès lors, le 18 juin 2017, synonyme de « quatrième tour » du cycle électoral entamé depuis le 23 avril, est une date nourrissant les espoirs de nombreux hommes politiques, pour certains anciens challengers à l’élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon en tête. En effet, le tribun de “la France insoumise” se rêve en porte-parole du peuple, principal opposant au « banquier » Macron, allégorie des intérêts de la finance. D’autres figures plus jeunes, convoient également l’image d’une alternance crédible à l’élection du président en marche. En guise d’illustration, Les Républicains portent l’espérance d’une grande revanche face à « l’élection qui leur était promise », sous les traits de sa nouvelle étoile montante (du moins sur le papier, car déjà porte-parole de Jacques Chirac lors des élections de 1995) : François Baroin. Au Parti Socialiste, Benoît Hamon entend mener la bataille des législatives, mais ses maigres 6% au premier tour pourraient le ralentir dans sa quête d’une autre gauche, plus sociale et écologiste. Quant à Marine Le Pen, candidate perdante au second tour, elle souhaite entretenir l’espoir malgré la défaite. Les premières déclarations sous-entendent entre les lignes une mutation du parti historique. Déjà sa campagne laissait présager ce tournant, entre l’absence du nom de famille « Le Pen » et du sigle du parti. Un FN 2.0 sur les rails des élections législatives ? C’est Jean-Marie qui appréciera !

La nécessité d’une majorité parlementaire pour Emmanuel Macron

Afin d’appliquer son programme, Emmanuel Macron devra obligatoirement disposer d’une majorité absolue à l’Assemblée, et surtout, d’un gouvernement peint de la même couleur politique que ses idées (bleu ou rouge, suivant le point de vue). Pour exonérer 80% des ménages de la taxe d’habitation, bâtir un système de retraite universel et effectuer une baisse des dépenses publiques à hauteur de 60 milliards d’euros sur son quinquennat, le nouveau président devra s’appuyer sur un socle solide et un Premier ministre capable d’appliquer à la lettre sa feuille de route, avec des ministres convergents sur les grandes réformes qu’il désire mettre en œuvre lors de son quinquennat. L’affaire ne sera pas mince, et les tractations en compagnie de figures politiques tentées par « l’épopée macroniste » n’en sont qu’à leurs balbutiements (Bruno le Maire en tête, véritable Jules César de l’Eure, parti pour franchir le Rubicon sans une once d’hésitation).

En substance, au travers d’une mise en scène esthétique dans la cour du Carrousel, l’auteur de Révolution s’installe dans un théâtre monarchique, et tente de restaurer l’essence même de la Vème République : celle d’un président jupitérien installé au-dessus des partis, intermédiaire direct du peuple, symbole de la représentation d’une nation. Devant la pyramide du Louvres, oeuvre d’un illustre prédécesseur, Emmanuel Macron a souhaité rassurer ; Incarner une tâche supérieure, celle de la défense de l’intérêt national ; Prouver sa stature d’homme d’Etat… de chef de l’Etat ! Ou de monarque ? Sur le chemin du Louvre, palais des rois rendu au peuple pour en devenir le bastion de la culture, Emmanuel Macron a avancé seul. En marche, il l’était, pendant trois longues minutes. Le voilà arrivé au sommet. Un sommet illusoire augurant un long chemin sinueux de cinq ans qui sera ponctué de hauts et de bas.