Des mouvements citoyens pour guérir l’implosion de la gauche

Des mouvements citoyens pour guérir l’implosion de la gauche

Depuis l’annonce des deux mouvements citoyens distincts de Benoît Hamon d’un côté et du trio Hidalgo-Aubry-Taubira de l’autre, c’est au tour de la gauche de se réinventer et de créer des initiatives citoyennes pour rassembler la gauche française à la dérive.

Benoît Hamon, ex-candidat à l’élection présidentielle et député des Yvelines, a annoncé sur RTL mercredi dernier qu’il voulait lancer un mouvement citoyen et transpartisan. Une initiative motivée par la nécessité selon lui de « reconstruire une gauche inventive », « qui dépassera les étiquettes collectives ».
Après son échec cuisant à la présidentielle où il a rassemblé seulement 6,36% des voix, il semblerait qu’un plus grand élan s’organise. Benoît Hamon veut prendre sa revanche et s’inscrit largement dans l’élan de nouveauté et de remise en question des étiquettes politiques instauré depuis l’arrivée de la République d’En Marche ! dans le paysage politique. Si la fin des partis traditionnels était déjà anticipée, les vaincus se remotivent. Il ne s’agit plus d’écrire l’histoire mais de la changer.
D’autres personnalités, de gauche encore, sont en mouvement. Anne Hidalgo, Martine Aubry et Christiane Taubira ont elles aussi décidé de construire leur propre élan citoyen et humaniste. Une revanche qui se veut contagieuse.

Le plan Hamon : un mouvement social, écologique et européen

Hamon a l’ambition de créer un mouvement citoyen qui regrouperait les écologistes, les socialistes, les communistes déçus par Mélenchon et les intellectuels. Pour autant, même si l’ambition est grande, Benoît Hamon ne veut pas se presser. Il veut, avant tout, ré-assembler les soutiens de gauche qui ont motivé sa campagne électorale et qui ne veulent ni de Macron ni de Mélenchon. En bref, il faut, selon lui, créer une « maison commune sociale, écologiste, européenne et démocrate ». Le mouvement n’a pour l’instant pas de nom mais l’idée d’une reconstruction de la gauche avait déjà été discutée par des députés écologistes et quelques députés PS en vue de la fin du quinquennat de François Hollande.
Depuis longtemps donc, et d’autant plus aujourd’hui, Hamon est sous pression. Les Verts et son entourage politique le poussent à sortir du PS dans l’espoir de construire un projet commun et ainsi d’atténuer les dégâts causés par l’implosion de la gauche.
Dans le même temps, justement, le PS s’organise pour les législatives et annoncent leur programme. Celui-ci semble pourtant s’éloigner du programme de Benoît Hamon lors de la présidentielle et tend à devenir « Macron-compatible » selon Le Monde. Un choix d’orientation politique différent, probablement fait pour assurer la cohérence du prochain quinquennat.

Des mouvements citoyens pour guérir l'implosion de la gauche France Politique

Infographie proposée par le Monde

Il est alors impossible de ne pas remarquer cette division encore présente à gauche. D’un côté se trouve le PS noyé mais secouru de justesse par la bouée « Macron-compatible » et de l’autre les hamonistes et leur mouvement citoyen pour une reconstruction active de la gauche qui ne se reconnaît pas dans la majorité présidentielle de Macron. L’urgence est donc, pour Hamon, dans la sortie du PS.
Pas si facile cependant de se défaire de ses propres étiquettes. Celle du PS colle à la peau de Hamon et de son équipe qui pourtant se prépare à affronter d’autres responsabilités, ambitionne de parler ensemble d’une voix commune distincte du PS.

Dans l’histoire, beaucoup de socialistes ont essayé tant bien que mal de s’extirper du PS. Ségolène Royal par exemple, après sa défaite de 2007, avait lancé sa démocratie participative. Et souvenons-nous de l’argument central de sa campagne, un argument qui déjà en 2006 avait vu juste là où personne ne voyait encore : « il faut remettre le citoyen au centre de la politique (…) Faire de la politique autrement ». Ségolène Royal, prévoyait déjà en 2007 la situation de reconstruction du paysage politique auquel on assiste aujourd’hui.
Arnaud Montebourg, lui aussi, après 2012, avait imaginé un mouvement avec pour nom, un poème d’Aragon « La rose et le réséda ». Un peu moins qu’un mouvement, Arnaud Montebourg pensait plutôt, à ce moment-là, à un courant de pensée à l’intérieur du PS. Mais l’éphémère mouvement ne sera pas pris au sérieux et le testamentaire de Louis Aragon et les éditions Robert Laffont assignent Montebourg et réclament 90.000 euros de dommages et intérêts pour avoir « emprunté » le nom du poème d’Aragon.

Doucement mais sûrement…
Le projet qu’ambitionne Hamon est différent, de ceux de ses prédécesseurs. Selon les dires de son équipe, Hamon appelle à des bases plus solides, une implantation territoire par territoire et un rassemblement des Français en profondeur pour un mouvement qui veut s’inscrire dans le long terme et aboutir à des solutions concrètes sans se précipiter.

Le plan Dès demain : un mouvement humaniste

Anne Hidalgo, Martine Aubry et Christiane Taubira forment un trio de choc et ont annoncé, elles aussi mercredi dernier, la création de leur mouvement citoyen Dès demain.
Le mouvement, présidé par la maire de Paris Anne Hidalgo, souhaite créer « de l’innovation pour une démocratie européenne, écologique et sociale ». Et c’est dans leur tribune publiée dans Le Monde le même jour que les trois femmes expriment clairement la volonté de créer un mouvement « ouvert à tous les humanistes qui croient encore à l’action ». Dans le même temps, les grandes lignes du projet sont annoncées : fédérer les initiatives locales et soutenir leur réussite à toutes les échelles, libérer l’avenir français de la crise environnementale et retrouver de plus justes valeurs républicaines. Ici encore, tout est motivé par la volonté de placer le citoyen au centre des décisions politiques, ce sont eux qui, dans le mouvement Dès demain, vont s’engager pour « relever à la fois localement et globalement les grands défis auxquels est confrontée l’humanité » (extrait des paroles des signataires de la tribune dans Le Monde).
Après l’annonce, Anne Hidalgo a précisé que le mouvement sera définitivement lancé d’ici la fin de l’été. En effet, une réunion publique sera organisée courant juin, avant l’été, pour parler des derniers détails et directives du projet.

Cependant, l’annonce de deux mouvements citoyens le même jour et par le même courant politique reste intriguant. Pourquoi créer deux mouvements distincts pour une ambition commune ?
L’idée d’une concurrence et même d’une course pour 2022 est évoquée, mais la maire de Paris insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un parti politique mais d’un mouvement : « Dès demain est un mouvement citoyen […] qui n’a pas vocation à jouer dans les recompositions du PS » a-t-elle déclaré sur RTL. L’initiative du trio féminin n’a donc aucun lien avec le projet de l’ancien candidat socialiste et Anne Hidalgo assure s’être entretenue entre autres avec Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre et Benoît Hamon lui-même pour convenir ensemble que la démarche Dès demain ne s’inscrit, en effet, aucunement dans le cadre du PS.