Le Brexit et ses conséquences économiques

Le Brexit et ses conséquences économiques

La croissance économique du Royaume-Uni semble indifférente au Brexit. En 2016, le PIB a cru de 2%. Seule la livre sterling a perdu 20% en valeur, renchérissant le coût des imports et fixant l’inflation à 1.6%. Mais les difficultés économiques ont été repoussées à l’activation de l’article 50 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il n’est pas anodin que Theresay May veuille conclure rapidement un accord commercial avec l’Union européenne : l’absence de consensus dans les deux ans qui suivent conduirait l’économie britannique à la catastrophe.

Le 23 juin 2016, le camp du Leave favorable à la sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni l’emporte avec 51,9 % des voix contre 48,1%. Une partie de la classe politique britannique a été adoubée par le peuple. Mais le citoyen britannique a-t-il été bien informé sur les politiques de l’UE, les avantages et les inconvénients ?

Post-Seconde Guerre mondiale, les dirigeants britanniques refusent de participer et de s’intégrer dans une Europe fédérale. Les trois cercles de Winston Churchill le révèlent. Il était hors de question que le Royaume-Uni appartienne aux pays de langue anglaise (États-Unis, dominions blancs…), à l’Europe et au Commonwealth.

Mais en 1962, Dean Acheson (secrétaire d’État du président Truman) précise que le rôle à cheval entre une relation spéciale avec les États-Unis et sa domination du Commonwealth n’est plus viable. Le Royaume-Uni devient conscient de sa marginalisation par rapport aux autres puissances mondiales. Lors du référendum en 1973, le Royaume-Uni intègre la communauté européenne. Pourtant, le parti travailliste europhobe affirme qu’ils sortiront de l’Union dès leur arrivée au pouvoir. Ce n’est pas pour autant que Margaret Thatcher affirme un amour pour cette adhésion. La célèbre phrase « I want my money back » en dit beaucoup. Les divergences politiques ont donné au Royaume-Uni une position toujours très ambiguë. Les rapports entre Londres et l’UE sont caractérisés de « semi-detached ». Cette position est confirmée par les nombreuses concessions ; elle réussit à obtenir un rabais dans la contribution au budget européen, une clause d’opt-out pour la charte sociale et le passage à l’euro.

Mais paradoxalement, l’Union européenne est très anglaise. L’adhésion en 1973 du RU dans la CEE n’est pas anodine. Les avantages étaient bien sûr supérieurs aux coûts sous conditions que le traité de Rome en 1957 qui a développé les dogmes de la libre-concurrence et du libre-échange. Margaret Thatcher définit très clairement l’objectif principal du Royaume-Uni : «  Tout le grand marché et rien que le grand marché. » La philosophie anglaise domine l’UE mais aussi la langue anglaise . Officiellement, le règlement linguistique de 1958 précise que les langues officielles sont les vingt-quatre langues de l’UE. Mais alors pourquoi Pierre Moscovici, commissaire européen français adresse-t-il une lettre en anglais à Michel Sapin, ministre des Finances de François Hollande ?

La conception anglaise se résume à l’élimination des obstacles à la concurrence pure et parfaite, les dérogations à la législation communautaire, opposition à toute union politique et monétaire. Mais, elle veut avant tout tirer le maximum d’avantages des retombées économiques du marché unique en conservant sa souveraineté nationale. Le rôle recherché par le Royaume-Uni selon Dean Acheson n’est il pas réellement celui de « passager clandestin » de la construction européenne ?

Maintenant que l’Union européenne est une union libre-échangiste à l’image du Royaume-Uni, ce dernier sort avec conséquences économiques prévisibles.

Des conséquences économiques faibles mais prévisibles

L’article 50 ayant été uniquement déclenché le 29 mars 2017, l’économie britannique ne s’est pas effondrée entre le 24 juin 2016 et mai 2017. Le FMI prévoit une croissance de 2 % en 2017, le déficit public se creuse seulement à 2,6 % du PIB. Cette croissance économique a été obtenue par la hausse de 6 % des rentrées fiscales et de la consommation des ménages. Mais elle est avant tout due à une politique monétaire expansionniste de la Banque d’Angleterre. Ce constat et ses prévisions ne dureront qu’un temps.

L’économie britannique se compose à 80 % de services, à 10 % d’industrie et à moins d’1 % d’agriculture. Le pays n’est pas autosuffisant mais a un besoin d’échanges commerciaux limités avec le Brexit.

Un premier risque inévitable sera observé : la relocalisation des activités bancaires et financières au sein de l’UE. Les banques d’origine étrangère ont leur siège social à la City de Londres pour avoir accès au marché européen et à la zone euro. Goldman Sachs a 85 % de ses équipes européennes à Londres mais elle ne réalise que 35 % de ses revenus dans la capitale britannique. Ces banques seront contraintes de relocaliser dans l’UE afin de bénéficier du marché européen mais aussi par simplification. Si les banques étrangères et européennes restent à Londres, leurs entités devront être régulées par trois autorités différentes : la BCE, la FED et la Banque d’Angleterre. Ce n’est pas tout : 12 % de l’économie britannique se fonde sur les activités financières et de service. Or, le Brexit conduira les banques américaines à déplacer les activités de compensation dans l’UE ainsi que les activités de trading et de vente. Par sa sortie de l’UE, le Royaume-Uni perd son passeport financier pour vendre les produits à l’UE.

70 000 emplois sont à risque dans ce secteur. Le 13 mai 2017, un associé d’une boutique de gestion de fortune annonce son retour à Paris. Si les sièges sociaux des banques seront délocalisés dans l’UE, la relocalisation en France des sociétés françaises sur le territoire britannique semble inévitable. Il devient plus avantageux financièrement de posséder le siège social d’une entreprise en France. Les prestations financières d’une entreprise française à une entreprise britannique seront considérées comme des exportations. Par conséquent, la TVA sera déduite de ces transactions financières. Le coût fiscal de la localisation d’une société au Royaume-Uni augmentera avec la taxation des profits faiblement imposés dans les entités au Royaume-Uni, l’exonération de l’IS à 95 % au lieu de 99 % sur les dividendes reçus par les sociétés françaises au Royaume-Uni, exclusion des dépenses pour les travaux de recherche d’organismes britanniques au profit de sociétés françaises.

Parallèlement à la fuite des services vers l’UE, les activités commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE s’affaibliront. L’établissement d’une TVA sur les produits importés depuis le Royaume-Uni, de droits de douane à hauteur de 10 % sont des obstacles aux importations et exportations pour le pays. La puissance britannique dans le secteur automobile est mise à mal. Le pays importe 80 % des pièces détachées pour construire des voitures sachant que 50 % de la production est exportée. Quel est donc l’intérêt d’avoir quitté l’Union ? Les pertes économiques possibles avec l’UE seraient compensées par le renforcement de liens avec certains pays européens, les pays du Commonwealth et par les traités de libre-échange avec le Canada, l’Australie ou l’Inde. Cependant, 40 % des exportations britanniques se dirigent vers l’UE, et le commerce international avec la Chine et l’Inde provenait de l’exploitation coloniale et de conquêtes guerrières. Pour ces raisons, Theresa May veut conduire en parallèle de la procédure de divorce, les négociations sur le traité de libre-échange pour la croissance économique.Le deuxième risque : le dumping fiscal britannique

Le Royaume-Uni doit sauver son économie en attirant les sociétés étrangères, dont les européennes. Le ministre des Finances Phillip Hammond menace de concurrence fiscale les pays européens. La sortie de l’UE vaut non-application des traités de l’UE, l’abrogation des transpositions en droit national du droit européen ou leur modification. Ce pays a le droit de fixer le taux et les exonérations de TVA pour renforcer son attractivité fiscale. Il maintient son objectif d’un taux d’imposition à 17 % dès 2020. Pour se protéger, la France et les pays membres doivent maintenir la réglementation sur les aides d’État en contrepartie de l’accès au marché unique au RU.

Mais le 17 janvier 2017, Theresay May opte pour un « hard Brexit ». Il se caractérise par la sortie du marché unique, la signature d’accords de libre-échange avec d’autres États membres de l’OMC sans droits de douane, la sortie de l’Union douanière et de la Cour de justice de l’UE. Son seul objectif : accroître la liberté de circulation des biens et des services entre le Royaume-Uni et l’UE. En contrepartie, elle veut conserver certains avantages acquis par l’adhésion à l’UE. Il va donc falloir négocier avec les institutions européennes.

Les négociations sur le divorce avec l’Union européenne

Depuis le 29 avril 2017, Michel Barnier, négociateur en chef s’est mis au travail. Les vingt-sept dirigeants de l’UE ont adopté les principes directeurs qui guideront les négociateurs européens.

Le premier principe : la priorité numéro 1 s’oriente vers les trois millions de résidents européens au Royaume-Uni inquiets pour leur droit à la retraite, leur droit de résidence et leur sécurité sociale. Donald Tusk tente de les rassurer en établissant une liste de droits à protéger pour les ressortissants européens au Royaume-Uni. Le projet serait l’octroi du statut de résident permanent aux ressortissants de l’UE arrivant avant le Brexit et le jour du Brexit.

Le second principe s’oriente vers le prix à payer par la sortie du Royaume-Uni. Ce pays doit assurer le financement de 60 milliards d’euros de projets européens dans lesquels il s’est engagé.

  • 30 milliards d’euros concernent la participation aux dépenses pluriannuelles 2014-2020.
  • 20 milliards d’euros se dirigent vers certains programmes pluriannuels comme le fonds social européen, le soutien au développement régional, le plan Juncker, l’aide à la recherche et Erasmus…
  • 10 milliards d’euros contribuent au paiement des pensions de retraite des fonctionnaires de la Commission européenne.

Ce sont les deux principes économiques fixés. Cependant, une priorité pour le Premier ministre britannique serait la conclusion d’un accord commercial.

Le résultat de toute négociation nécessite l’approbation du parlement britannique à courte majorité conservatrice actuellement : 330 sièges sur 650. Theresa May veut donc renforcer sa position par l’organisation d’élections législatives anticipées le 8 juin 2017. Les conservateurs sont crédités à 43 % avec un gain supplémentaire de cinquante sièges. Le résultat des élections locales britanniques du 4 mai 2017 conforte ces prévisions. Les Tories ont obtenu 500 sièges tandis que les travaillistes en ont perdu 400.

Cette légitimité démocratique sera une plus-value pour peser dans les négociations et affaiblir les ultra-eurosceptiques. Le vote de confiance doit empêcher le «  Pas d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord. » de Theresa May.

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