Balenciaga, l’oeuvre au noir

Balenciaga, l’oeuvre au noir

Solitaires, comme abandonnées à elles-mêmes au beau milieu de ce lieu habité de statues monumentales qui peut-être s’éveillent et s’animent la nuit comme dans les rêves, de singulières silhouettes noires s’élancent avec aplomb dans le Musée Bourdelle. Voici les créations de tissu, intemporelles, du couturier espagnol Cristóbal Balenciaga (1895-1972).

Le visiteur enveloppé par l’atmosphère empreinte de mythologie et de magie qui fait le charme du lieu, court en effet le risque de s’égarer dans cet endroit peuplé de sculptures de plâtre ou de bronze, au regard étrangement loquace. Leur magnétisme espiègle conduit à se perdre entre réalité et enchantement onirique, de l’atelier du sculpteur Antoine Bourdelle à la fraîcheur du jardin intérieur du musée ! Désorienté, le visiteur traverse le jardin, erre de salles en salles, apercevant ici et là certaines créations du couturier Balenciaga, disposées ça et là comme un fil d’Ariane jusqu’à l’entrée de ladite exposition.

Balenciaga, l’Oeuvre au Noir …

Quittant la clarté de l’exposition permanente consacrée au sculpteur parisien Antoine Bourdelle, le visiteur pénètre dans l’oeuvre au noir du célèbre créateur espagnol.

En guise d’introduction à l’oeuvre et l’univers du couturier, une série de croquis, des photographies d’époque sont fixées au mur noir d’un long corridor. Ils dessinent les contours des créations auxquelles mènent un escalier qui de marche en marche offre à voir quelques unes des pièces uniques du créateur.

Ce qui frappe immédiatement le regard est l’impression d’intemporalité des modèles dessinés par le couturier. Conservés avec grand soin, certains ont traversé les épreuves du temps, l’aléas des modes depuis un siècle déjà, tout en gardant une modernité toute en retenue et alliée à une élégance intemporelle.

Du noir naît la lumière

Les créations, espacées dans une vaste salle aux murs sombres, haute comme une cathédrale, compartimentée par des cloisons noires, se montrent enfin. Altières et distantes, elles surplombent le public, parfois protégées par une cage de verre. À l’instar des cathédrales où la lumière naturelle filtrée par les vitraux fait entrer le divin dans l’édifice, la lumière ici artificielle sublime chaque oeuvre, en dévoile la finesse, la précision des coupes, la qualité des matières utilisées et ainsi le talent de l’artiste. Le noir, omniprésent, semble à chaque fois offrir une nouvelle « vibration » selon la matière du tissu, son opacité ou sa transparence.

Les matériaux utilisés pour les pièces de jour comme de soirée, que sont les dentelles par exemple, les paillettes ou encore les perles, sont mis en valeur par un savant jeu de lumières qui exalte tantôt la profondeur, la brillance ou la douceur du noir, plébiscité par le couturier fortement influencé par le pays de sa naissance, auquel il n’a eu de cesse de rendre hommage : l’Espagne catholique et austère de la fin du XIX° siècle.

Ainsi, jusqu’au 16 juillet 2017, le Musée Bourdelle permet de venir admirer près d’une centaine des oeuvres d’un couturier dont le « vêtement était la religion » (d’après Christian Dior).

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