Simone Veil : aux grandes femmes la patrie reconnaissante 

Simone Veil : aux grandes femmes la patrie reconnaissante 

« Aimer un être, c’est tout simplement reconnaître qu’il existe autant que vous. » Voici la définition de l’amour que portait Simone Veil. Il semblerait que l’immense majorité des français-e-s ait reconnu cette femme autant, voire plus qu’elle-eux.

Mercredi dernier, une émouvante cérémonie en présence de ses proches et d’une grande majorité de la classe politique avait lieu. Mais sa vie, tout le monde la connaît : elle fut dure, elle fut grande (rescapée des camps de la mort, magistrate, ministre de la santé, puis première présidente au Parlement européen, et enfin membre de l’Académie française). Sa vie fut truffée d’embûches, mais à chaque fois, elle s’en relèvera. Mais ce qui a pu émouvoir lors de l’hommage rendu mercredi, ce sont les choses que le public ne connaissait pas ; comme lorsque Jean, son fils aîné, raconte qu’elle lui a versé une carafe d’eau sur la tête au motif qu’elle trouvait ses propos misogynes. Ce qui a été salué, c’est aussi et surtout cela : son fort caractère, ce qui l’a sauvée des camps, mais aussi ce qui lui a permis de tenir, lorsque de grossières personnes se sont permises de l’insulter, de l’humilier, d’oser la traiter de nazie alors qu’elle même avait été victime de leur barbarie. Cela fut dur, mais Simone Veil a toujours réussi à s’en relever.

Vendredi 30 juin, le jour de sa mort, un femmage (hommage pour une femme -terme utilisé par les féministes, ndlr) avait lieu place de la République, organisé par Georgette Sand, un collectif féministe. On a pu y retrouver notamment Le Planning Familial, Les éfFRONTé-e-s, mais également des féministes moins connues, venues parfois avec leurs filles, qui leur ont fait allumer des bougies. La filiation féminine mais surtout féministe est alors, dans ces moments-là, importante. Une femme, qui a eu l’occasion de voir Madame Veil à la mairie du 3e arrondissement de Paris a parlé d’elle avec émotion, racontant qu’elle lui avait trouvé, dans les yeux, une tristesse immense, qui l’avait bouleversée. Certaines féministes ont en outre chanté l’hymne des femmes manifestement pour rappeler que le combat pour conserver et consolider le droit à l’IVG était encore loin d’être arrivé à son terme, et que les résistances étaient encore rudes.

     Une combattante féministe ?

Mais en réalité, Simone Veil ne s’est jamais dite féministe. Elle a été en charge de la loi pour le droit à l’avortement car c’était un choix politique de Valérie Giscard d’Estaing,  persuadé que Françoise Giroud, alors secrétaire d’Etat à la Condition féminine, était trop militante pour rassembler sur un sujet aussi sensible que celui-ci, dans lequel il risquait d’y avoir de fortes oppositions. C’est en effet ce qui fut le cas, et même si ce fut difficile, Simone Veil ne flanchât pas. Égale à elle-même, et face au retour virulent de l’antisémitisme, notamment au parti du Front National alors dirigé par Jean-Marie Le Pen, elle ne se laissait pas démonter lorsqu’ils perturbaient son meeting en vue des élections européennes : elle leur disait « Vous ne me faites pas peur, pas peur du tout. J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des S.S. aux petits pieds. » (A noter que les positions du FN concernant Simone Veil ne semblent pas avoir changé puisque Marine Le Pen a refusé d’être présente en femmage de l’ancienne présidente du Parlement européen).

Simone Veil a souffert dans sa vie. Et sa souffrance, elle l’a mise à disposition des autres souffrant-e-s, pour leur venir en aide, comme l’a si bien résumé le président de la République dans cette phrase de son discours : « La souffrance ne donne qu’un droit, celui de défendre le droit de l’autre ». Et c’est en effet ce qu’elle a fait. Dans les années 90, Simone Veil devait se présenter symboliquement dans un hôpital et parler à la télé du VIH. Elle a refusé d’en parler tant qu’elle n’avait pas vu de ses propres yeux un-e malade. Une fois avoir parlé avec l’un-e d’elleux, et bouleversée par ce qu’elle avait vu et qui lui rappelait les camps, elle a finalement refusé de parler à la télé ce soir là, préférant entendre les malades parler de leur maladie, afin de comprendre leurs souffrances. A la suite de cette soirée, elle est revenue presque tous les mercredis soirs avec les membres de l’association Aides pour venir parler aux malades, les épauler, comme une vraie militante de l’association. Un article de Libé rédigé par un militant de l’association qui y a été bénévole à ce moment là relate cette histoire.

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    Une figure symbolique de femme en politique

La mort de Simone Veil, bien que douloureuse pour la France, représente en outre beaucoup dans le contexte politique actuel, Le Président de La République Emmanuel Macron ayant été perçu comme « LE » candidat européen au moment des élections, mais également prêtant une attention particulière à la parité en politique qui a bien progressé (38% de femmes désormais à l’Assemblée, égalité au sein des ministères) même si les femmes restent exclues des postes de pouvoir (aucune femme présidente d’un groupe parlementaire, pas de femme présidente ni pour l’Assemblée Nationale ni pour le Sénat) et que l’ancien ministère des droits des femmes a rétrogradé en secrétariat d’Etat. Le symbole vient également du fait que Simone Veil n’a jamais été vraiment considérée ni de droite ni de gauche, elle était tout simplement une femme politique qui avait le sens de l’humain, en atteste la grande mobilisation de toute la classe politique, et cela rappelle en effet l’état d’esprit dans lequel Emmanuel Macron a décidé de fonder La République En Marche : ni de droite, ni de gauche, simplement des femmes et des hommes qui souhaitent œuvrer pour le bien commun des français-e-s.

Il était alors évident que le président accepte sans broncher la revendication des français-e-s de voir leur ancienne ministre enterrée au Panthéon (première panthéonisation pour laquelle c’est le mari qui accompagne sa femme), où aux grandes femmes, il serait temps que la patrie leur soit enfin reconnaissante.