Macron devant le Congrès : « La France n’est pas un pays qui se réforme »

Macron devant le Congrès : « La France n’est pas un pays qui se réforme »

Emmanuel Macron devant le Congrès fait du Theresa May. Avant lui, la Première Ministre britannique avait annoncé les grandes lignes d’une politique révolutionnaire pour un Royaume-Uni post-Brexit. Réforme de l’éducation, nouvelle politique étrangère, refonte de la démocratie, lutte contre les inégalités… En clair, faire du Royaume-Uni « a country that works for everyone ». Même sans slogan, Macron fait de même et se rêve grand réformateur de la France à la De Gaulle.  Son objectif est clair, faire réussir le pays tout en soulignant qu’il « n’y aura pas de réussite française si chacun n’y a pas sa place ». Une ère de déjà vu outre-manche.

Un chantier colossal

Les tâches ont été réparties. A « Jupiter » les grandes lignes directrices et la gloire, au Premier ministre la mise en pratique et le bourbier ; surtout que certaines réformes annoncées prévoient d’être explosives. Réforme du travail, des institutions, lutte contre le terrorisme ou encore réforme de l’éducation. L’objectif d’Emmanuel Macron est simple : « rendre la société plus juste et plus efficace ». Pour ce faire, il compte lutter contre l’aliénation de la France aussi bien financière, économique, sécuritaire que culturelle.

Pour ce qui est de la réforme des institutions de la République, la méthode a le mérite d’être explicite : elle se fera de gré ou de force. Réduction d’un tiers des membres de chacune des trois assemblées que compte la République (Assemblée Nationale, Sénat et Conseil Economique Social et Environnemental (CESE)) ; réforme du travail parlementaire ; suppression de la Cour de Justice de de République ; limitation du cumul des mandats dans le temps ; refonte totale du CESE ; indépendance de la Justice ainsi que la révision des politiques de déconcentration sont au menu. De plus, en cas de blocage parlementaire, le Congrès est prévenu. Fort de sa popularité et de sa légitimité, Emmanuel Macron n’hésitera pas à passer par la voie référendaire, sachant qu’une partie de l’opinion reste fortement antiparlementariste.

Le cap est fixé. Reste au Premier ministre la mission de définir les moyens tout en respectant la sainte trinité « diversité, renouveau, méritocratie ». Dans son discours de politique générale, Edouard Philippe est resté très ambitieux. Réforme de la justice, dématérialisation des services publiques, réforme pénale, lutte contre la tabagisme, la garantie d’un meilleur accès aux soins partout sur le territoire national, réforme du bac et de l’Ecole, big bang dans les retraites, réforme fiscale… Le programme promet d’être colossal, les attentes aussi. La déception n’en sera que plus grande en cas d’échec.

Victoire du pragmatisme

Emmanuel Macron veut changer les choses, et vite. Dans une volonté de dépassement du clivage gauche/droite, Macron va jusqu’à accuser la Politique s’être abandonnée au « déni de réalité », préférant le pragmatisme au dogmatisme. Cette nouvelle pensée philosophique cherche plutôt à aborder la vérité à partir des conséquences sur le réel plutôt que simplement classer les idées à gauche ou à droite. Ainsi, le nouveau Président se refuse à « choisir » entre égalité et excellence, puisque le premier n’est pas incompatible avec le second. Christiane Taubira écrivait dans Murmure à la jeunesse que « l’égalité élève » tandis que « l’égalitarisme nivelle par le bas et par le pire » ? C’est dans cet esprit que s’inscrit la réforme du travail parlementaire souhaitée par le président. Priorité à l’efficacité, à la représentativité et la responsabilité.

Emmanuel Macron souhaite également mettre un terme à l’inflation parlementaire. Les objectifs ? Octroyer plus de moyens aux parlementaires, gagner en rapidité dans l’élaboration de la loi et donner la priorité au résultat et contrôle de l’utilité de la loi. C’est dans cette optique que s’inscrit le projet de réforme du code du travail. Porté par un état de grâce post-victoire. Le Président dispose en effet d’une grande marge de manœuvre pour porter à bien ses projets. Seul obstacle sur sa route : l’Assemblée Nationale…

Une Assemblée Nationale fragile ?

Bien que forte de la majorité absolue, la République en Marche (REM), déjà fragilisée par un taux d’abstention record (57,36%), est au centre des critiques suite à la nomination des membres du bureau de l’Assemblée. Alors qu’un des trois postes de questeurs, chargés de la gestion administrative et financière de l’institution, doit être réservé au groupe d’opposition, le groupe LR s’est vu grillé la priorité par le groupe de droite « Les Constructifs », proche du groupe majoritaire. Un « déni de démocratie » d’après Christian Jacob (Président du groupe LR). Voilà le premier boulet accroché au pied du Président qui voulait marcher…

Renaissance du Contrat Social

Le nouveau Président est un libéral économique mais également sociétal, Theresa May également. Dans leur discours devant leur Congrès, ils ont cherché à ressusciter le contrat social qui lie le peuple à l’Etat. Pour Macron, la société est aujourd’hui « divisée entre les égoïsmes tentés par les sirènes de la mondialisation » et le peuple. La Première Ministre britannique, en revanche, a violemment pris à parti ceux qui pensent avoir plus en « commun avec les élites internationales » qu’avec les individus qu’ils « emploient ou qu’ils croisent dans la rue ».  L’Etat doit donc recréer un lien de confiance et d’intérêt mutuel avec les citoyens. Les ambitions d’Emmanuel Macron sont donc considérables et seules des mesures révolutionnaires permettront d’atteindre les objectifs jupitériens qu’a fixés le Président. Après tout ne disait-il pas que « la France n’est pas un pays qui se réforme »?