AU TOUR DES FRANÇAIS

AU TOUR DES FRANÇAIS

Amateurs de cyclisme, fans du Tour ou simples curieux ont envahi les bords de routes. Tous ont fait le déplacement pour voir passer les coureurs. Trois semaines de course entre sprints et montagne semées d’abandons et d’espoirs, marquées de victoire. Dans cette quête, souvent le cyclisme français a déçu, péché, échoué. Cette année, ils sont venus, ils ont couru, ils ont vaincu. Retour sur un Tour de France aux consonances bleues blancs rouges.

C’est dans les rues de Düsseldorf que les coureurs se sont élancés. Une course contre la montre sous la pluie devant des milliers de personnes venu les accueillir. Une première étape qui verra Geraint Thomas paré de jaune, coureur de la Sky, coéquipier de Chris Froome. Et qui laissera Alejandro Valverde sur le bitume contraint d’abandonner après quelques minutes de course seulement.

Une première semaine à vive allure

En attendant le beau temps et les premières montagnes, les sprinteurs courent après les victoires. L’Allemand Marcel Kittel prend les devants et s’empare ainsi du maillot vert. S’engage alors un mano à mano entre les sprinteurs. Le champion de France Arnaud Démare remporte sa première victoire sur le Tour. Il échange alors son maillot tricolore contre celui de meilleur sprinteur avant d’arrivée hors délais quelques jours plus tard emportant avec lui trois de ses coéquipiers. Un Tour dépourvu de son champion de France comme celui du monde. Après sa victoire la veille, Peter Sagan envoie Mark Cavendish dans les balustrades : abandon pour la Britannique et exclusion pour le Slovaque.

Pendant ce temps-là, chez les favoris à la victoire finale, on attaque, on essaye. Fabio Aru est l’un des protagonistes les plus actifs en ce début de Tour. Il attaque, le maillot jaune ne peut répondre. Il gagne par ailleurs sa première victoire sur la Grande Boucle permettant à Chris Froome de retrouver le maillot jaune.

Les premiers cols pointent leur nez. Tout juste le temps pour Marcel Kittel de gagné à deux reprises et de récupérer sa tunique verte. Quand la tunique à pois revient à Lilian Calmejane après sa très belle victoire à la Station des Rousses. Le jeune coureur français s’adjuge la huitième étape après avoir lâché ses compagnons d’échappée. Première victoire pour sa première participation, deuxième tricolore.

Chez les cadors, on tente encore. On prend des risques parfois. Après le gallois Geraint Thomas, c’est au tour de Richie Porte d’abandonner les routes du Tour : une violente chute en pleine descente oblige l’Australien à mettre pieds à terre. Côté français, on essaye également. A l’image de Warren Barguil malheureux qui voit Rigoberto Urán victorieux pour un boyau.

Avant la grande bataille dans les Pyrénées, Marcel Kittel en profite pour accroitre son avance avec deux nouvelles victoires. Et de cinq pour l’Allemand qui semble impérial cette année. Mais qui finira par abandonner laissant le vert à Michael Matthews.

Feu d’artifice dans les Pyrénées

Au loin les cols pyrénéens se rapprochent. Les attaques se multiplient pour contrer le leader du classement général. A la clé : quelques secondes pour grappiller des places, et pourquoi pas monter sur le podium. Alors que Chris Froome cale sur une énième accélération de Fabio Aru, Romain Bardet se fait la malle. Et passe un premier la ligne d’arrivée. Une nouvelle victoire pour l’Auvergnat en haut du col de Peyragudes. Fabio Aru, lui, récupère la tunique jaune pour quelques jours seulement : ce qui appartient à Froome appartient à Froome.

Au lendemain de la troisième victoire française sur la Petite Reine, un autre coureur de l’hexagone s’illustre. C’est fête nationale sur les bords de routes, chacun attend une victoire française depuis longtemps. C’est chose faite avec la première victoire de Warren Barguil, porteur du maillot à pois qui ne quittera plus les épaules du Breton. Le coureur de la Sunweb récidivera quelques jours plus tard au sommet de l’Izoard.

En jaune jusqu’à Paris

Alors que chacun voit les kilomètres défilés, les routes s’élevées, la fatigue s’accumulée, certains en profite pour se montrer enfin. Bauke Mollema remporte une magnifique victoire avec plus de trente kilomètres en solitaire, Edvald Boasson Hagen lui quitte ses partenaires d’échappée à trois kilomètres et franchit la ligne en premier. Alberto Contador à essayer notamment dans la dernière semaine: à l’avant dans le massif transalpin, un bon chrono à Marseille mais en vain, l’Espagnol n’a pas réussi à gagner une étape sur cette édition 2017, sa dernière.

Du coté des favoris, Nairo Quintana n’a su rivaliser avec les meilleurs. A la dérive dans plusieurs cols, le Colombien a probablement payé ses efforts sur le Giro d’Italia quelques semaines auparavant. Dan Martin a essayé de combler son retard se plaçant néanmoins dans le Top 10. Fabio Aru s’est vu distancer à plusieurs reprises. Quand à Rigoberto Urán, il a joué les premières places finissant deuxième devant le Français Romain Bardet qui pour une petite seconde conserve sa place au détriment de Mikel Landa, coéquipier de Chris Froome. Le Britannique remporte son quatrième Tour, son troisième d’affilé mais cette fois-ci sans gagner une victoire d’étape.

Un Tour haut en couleur

Le Tour de France est une vitrine à ciel ouvert dévoilant de magnifiques paysages, les coureurs empruntent les routes l’espace de quelques heures parfois les plus inattendues comme le circuit de Spa, le Vélodrome ou bien même le Grand Palais. Les bords de routes s’animent, les coureurs devenus protagonistes les plus attendus offrent suspense, victoires et émotions à travers le monde. Les maillots comme récompense, comme signe de réussite. Chacun essaye à sa façon, lutte par tous les temps, gagne, endosse les maillots. Sur les routes cette année, les coureurs ont tout donné parfois en vain, abandonnant même. Mais toujours avec le rêve d’avoir marqué l’histoire de la compétition à sa manière.

Au Tour de France : la roue tourne…

Une manière aussi de dire adieu au circuit mondial : dernier Tour de roue pour Thomas Voeckler. Coureur emblématique, le Français s’est offert un dernier Tour à l’avant comme à l’arrière profitant de ses derniers instants sur les routes scandant encore « Allez Thomas ! ». Un dernier baroud d’honneur, un ultime tour sur la plus belle avenue du monde pour un grand nom du cyclisme tricolore et du Tour.

Un passage de main entre génération, entre ceux qui ont brillé et ceux qui brilleront. Beaucoup disait que le cyclisme français devait se refaire une santé, qu’il était bien loin des meilleurs. Cette année encore les coureurs tricolores ont été à l’avant à de maintes reprises. Cette fois, certains d’entre eux  ont réussi à s’inscrire dans la continuité, certains ont confirmé, d’autres se sont révélés. Les coureurs français ont offert du spectacle, ont fait vibrer les bords de routes comme les téléspectateurs. Ils ont su rivaliser avec les meilleurs. Un maillot à pois, un prix de la combativité, deux coureurs dans le Top 10 dont un sur le podium, et cinq victoires. Il y a bien longtemps que le cyclisme français n’avait rendu une telle copie.

De bons augures pour pourquoi pas marquer eux aussi un jour l’histoire du Tour. Et rêver d’un avenir doré. Mais ça, c’est une autre histoire.