Valerian et la Cité des Mille Planètes

Valerian et la Cité des Mille Planètes

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Dans les salles américaines, l’accueil fut glacial, en France, les glaces ont fondu… Dès sa sortie, Valérian a fait couler beaucoup d’encre, pour des avis aussi opposés que variés.

L’histoire en bref

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où se côtoient des espèces venues de l’univers tout entier. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers.

Luc Besson : un réalisateur controversé

Il s’attire tantôt des remarques élogieuses tantôt des critiques véhémentes. Entre-autre pendant des années, les tensions furent multiples entre lui et le Gouvernement français. Le réalisateur voudrait, dans la mesure du possible, produire ses projets cinématographiques en France, mais comme ils sont en langue anglaise, il ne disposait généralement d’aucune aide. Faute de moyens du Gouvernement… ou de volonté ? Telle est la question.

Avec Valérian, Luc Besson a pu réaliser un rêve de gosse : mettre à l’écran la bande dessinée qui le fascinait plus jeune, ce qu’il voulait réaliser en France. Pari réussi pour un film qui attirera les foules ? À voir…

Un accueil mitigé

Le film a fortement été critiqué aux États-Unis. En France, les avis des grands journaux sont à peine plus nuancés, mais la réception en salle (le film a réussi un des meilleurs démarrages de l’année) contrebalance le flop américain. Luc Besson mise également sur le public asiatique, notamment chinois, dont il a eu la chance d’avoir accès.

Quand la science-fiction coupe le souffle

Valérian relève indéniablement d’une esthétique remarquable, qui présente un univers fouillé et complexe. Les costumes, les décors et les effets spéciaux ne le mettent que plus en valeur. Ce film de science-fiction prend place en 2740, sur une des planètes de la galaxie, puis sur la fameuse station orbitale Alpha qui abrite 17 millions d’individus venant des quatre coins de l’univers. Près de 8’000 espèces y échangent leurs connaissances, leurs technologies, leurs pouvoirs. Ces multiples éléments obligent le film à être le plus imaginatif possible, défi auquel il répond avec brio.

Et c’est là qu’on peut en remercier son format d’origine, la bande dessinée. Les œuvres cinématographiques adaptées ont déjà une matière fertile sur laquelle se déployer, un livre ou une BD étant plus épais qu’un scénario. De plus, La BD franco-belge a, depuis la seconde moitié du XXe siècle, surprit par sa créativité, son mélange de genres et son côté décalé. Une ambiance qui se retrouve parfois dans l’adaptation de Besson.

Luc Besson semble fier de son décor, et souhaite partager son engouement tout le long de l’œuvre. De longs plans pour s’immerger, ou de plus courts pour surprendre. Mais cela suffit-il pour susciter l’engouement ?

Un film très critiqué.

Pour le public américain, c’est le foisonnement du décor qui pêche. Un univers qui ne repose que sur des éléments visuels castrerait le développement d’un scénario intéressant. La trame de Valérian est souvent jugée simpliste : « Comment Besson peut-il mettre autant de détails et d’attention dans la construction de son univers et dans ses effets visuels, et si peu dans son scénario ? », s’interroge notamment le magazine cinéma Entertainment Weekly. Les critiques vont même plus loin : l’histoire étant pour le site The Wrap « stupide, rébarbative et ennuyeuse ». Selon un autre avis, français, le film manque de personnages plus profonds. Les deux centraux seraient les seuls développés tandis que les secondaires ne sont qu’annexes.

Le scénario semble pourtant bien rôdé, doté de quelques surprises, bien que classiques. En enlevant le cadre SF, il correspond même bien à l’esprit « agent secret », reprenant quelques ficelles du genre : courses-poursuites, missions dangereuses, compte à rebours, etc. Ce scénario reste donc simple, son but étant d’entraîner un large public, comme souvent dans les grandes productions. Et c’est cette simplicité qui est en cause.

Mise en parallèle : des critiques injustifiées ?

À titre de comparaison, jetons un petit coup d’œil à l’intrigue d’Avatar.

Le personnage principal se rend sur une planète où ses semblables veulent extraire un minerai, et cela au prix de la vie d’un peuple d’indigènes pacifiques. S’en suivra une bataille entre les colons et les colonisés.

Un synopsis et des éléments que l’on retrouve bout-à-bout dans Pochaontas qui présente de la même façon des colons avides de nouvelles terres, face à des indigènes pacifiques. La rencontre entre deux figures provenant des camps opposés s’observe également… Néanmoins, le scénario reste sympathique même plutôt bon, mais n’invente rien.

Les critiques qui taclent le scénario pour ces raisons semblent relativement sévères en comparaison aux éloges des derniers Marvel / DC. Des films de divertissements qui présentent bien souvent un scénario et une histoire plutôt basique.

Une bande-son immersive et originale

Elle est de qualité, sans être inoubliable. Certaines musiques sonnent rétro, et face à ce décor futuriste, cela crée un effet de décalage original, voire amusant. Outre ces musiques, d’autres sont plus classiques dans une ambiance de scènes d’actions (musiques d’orchestre à l’esprit épique ou dramatique).

Des valeurs qui nous font écho

Dans Valérian, vous vous trouverez parfois en plein virtuel, la technologie ayant une place de choix. Le futur, a une place centrale et des thèmes s’entremêlent : avancées techniques, voyages intergalactiques, choc des cultures, la tolérance, etc. Luc Besson a d’ailleurs dit à ce propos : « Ce qui m’amuse beaucoup dans Valérian, c’est que les êtres humains, dans le film, doivent dealer avec 8’000 espèces d’aliens différentes ! Et d’un seul coup, tous ces êtres humains se sentent très frères – c’est-à-dire « C’est pas grave si tu n’as pas la même couleur, si tu n’as pas la même langue » – parce qu’en face, lui, c’est vraiment un étranger. Et c’est ça que le film veut dire à nos concitoyens : Est-ce que c’est vraiment aussi dur de vivre avec si peu de différences, quand on voit ce qui nous attend dans quelques siècles ? »

Valérian nous présente un vaste et original bestiaire : entre les extraterrestres visqueux, sous-marins, d’autres qui ressemblent à des pigeons, les grosses bêtes « cruelles » et un animal « tout mignon », le film semble vouloir plaire et amuser petits et grands dans sa diversité.

L’environnement traité de manière un peu trop commune

Autre thème majeur du film et dont la consistance aurait pu être mieux amenée, c’est celui de l’environnement, du respect de la planète et du vivre ensemble, véhiculé à travers le mode de vie d’une espèce d’aliens pacifiques en adéquation avec la nature. Leur quotidien est présenté comme idyllique, pour faire passer ce message de paix et de respect, mais cette façon de le faire a des airs de déjà vue. C’est une ficelle bien connue que d’utiliser un peuple idéal pour mieux voir, en comparaison, nos défauts.

Ce message est d’autant plus appuyé que leur planète est détruite en quelques secondes par des humains qui sont à l’exact opposé : qui tuent grâce à leur technologie, pour de l’argent et du pouvoir. Monde assez manichéen, que l’on retrouve déjà dans des films type Avatar. C’est pourquoi, il aurait été intéressant de renouveler un peu le genre… Dommage ! L’incroyable n’est pas au rendez-vous, même si le pari d’un bon film de SF est réussi.

Les + :

  • L’esthétique et les effets spéciaux !
  • L’originalité de l’univers
  • Un scénario efficace.
  • Une bande-son agréable.
  • Parfois drôle

Les – :

  • Les valeurs, les messages véhiculés : du déjà vus.
  • Un scénario certes efficace mais qui ne présente rien d’original non plus

Le conseil :

  • Regardez-le en 3D, si possible, format beaucoup plus immersif.

Article rédigé par Rebecca Aliberti