I Muvrini, la musique corse entre tradition et modernité

I Muvrini, la musique corse entre tradition et modernité

Les « muvrini » sont les mouflons qui peuplent l’île de Beauté. « I Muvrini », en revanche, c’est le groupe corse désormais incontournable venu s’introduire dans la musique contemporaine, mêlant pop rock, folk et chants polyphoniques traditionnels. Ils ont donné cet été plusieurs concerts en Suisse, Belgique et France, le temps d’un rendez-vous atypique et engagé.

 

Un incontournable corse

Autour de la scène, les spectateurs de Solenzara, en Corse-du-Sud, sont debout, conquis. I Muvrini, porté par son leader et chanteur Jean-François Bernardini, tient le show depuis bientôt 3h, accompagné par la polyphonie traditionnelle de trois hommes à la voix puissante. Au-dessus de la scène, dans le ciel, une étoile filante trace son chemin. Ce jeudi 17 août, le spectacle est définitivement réussi.
I Muvrini c’est avant tout une histoire d’héritage. Celle de deux frères, Alain et Jean-François Bernadini, nourris par leur père depuis tous petits à la polyphonie ancestrale corse. Fiers de leur île et de leurs racines, ils forment un groupe vers la fin des années 1970 et s’ouvrent peu à peu sur le folk et la pop rock. Ils peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir collaboré avec d’autres artistes contemporains majeurs, tels que Tina Arena, Sting, MC Solaar, César Anot, Grand Corps Malade ou encore Thomas Dutronc.

« La Corse va mal, profitons-en »

La force d’I Muvrini ne réside pas seulement dans ses textes et son aspect artistique : la langue corse, volontairement gardée et travaillée au sein des chansons, est un cri d’amour pour l’île. Tout au long du concert, Jean-François Bernadini, le chanteur, remémore l’histoire de la Corse et défend son identité tout en rappelant aussi sa vulnérabilité. Chaque chanson est ainsi accompagnée d’un prologue où se mêlent actualité polémique et explication artistique.

Du fait de sa popularité le groupe n’hésite pas à prendre part à la vie politique de la Corse et à transmettre des textes parfois extrêmement engagés. A la fin d’une chanson Jean-François Bernadini lance ironiquement « En ce moment, la Corse va mal, profitons-en ! ». Dans la ligne de tir : les incendies récurrents, l’explosion du tourisme, l’oubli des racines corses au profit de la consommation et de la mondialisation. Le double attentat de Barcelone permet ensuite d’engager un plaidoyer pour la non-violence et l’amour de son prochain, avant d’entonner un « Allahu akbar » pacifique mais résistant, sans faillir face à l’assemblée corse, puis d’évoquer une amie algérienne musulmane et de dévoiler un duo mi-corse mi-arabe réalisé avec une chanteuse orientale.

 

Plus qu’un groupe, un engagement permanent

Un prochain album se prépare à sortir dans les bacs le 22 septembre prochain : il s’agit de « Luciole », petit animal symbole de « lumière » et de « résistance » qui « nous guident pour ne pas tourner en rond dans la nuit ». Plus qu’un simple groupe, I Muvrini se veut ainsi passeur d’un dialogue de cultures dans « ce qu’elles ont de plus beau ». Un moyen de lutter contre une époque qui exige d’incessantes mutations, au risque de « laisser l’obscurité gagner sur la lumière ».

Le groupe ne limite cependant pas son engagement à la musique : cette année I Muvrini a publié son 5ème ouvrage traduit en langue corse par des lycéens. Jean-François Bernardini a également parcouru la France et la Suisse, intervenant plus de 350 fois pour parler de « non-violence », appelant dans le monde à une « urgence d’armes d’instructions massives ». « Je ne suis qu’un petit électricien qui rêve de nous reconnecter, juniors et adultes, avec notre vraie nature », conclut le chanteur.

 

Quelques morceaux à savourer :