Quel avenir pour le Parti socialiste ?

Quel avenir pour le Parti socialiste ?

Le coeur de la France ne battra plus à Solférino : la rose fait ses cartons. C’est désormais officiel, le siège du Parti socialiste va être mis en vente. Mais au-delà des difficultés financières du parti qui a vu son nombre de députés quasiment divisé par dix, cette mise en vente marque la fin d’une ère.

La vente du siège rue de Solférino traduit le profond malaise dans lequel sont plongés les socialistes depuis les défaites cinglantes subies aux élections présidentielles et législatives. L’espace politique du parti a en effet été considérablement réduit par l’émergence de deux mouvements : la France Insoumise à sa gauche et la République en Marche à sa droite. Le Parti socialiste peine à assumer le bilan mitigé du quinquennat de François Hollande et se retrouve face à la nécessité de se réinventer afin de ne pas disparaître de la scène politique. Le PS doit en effet mettre en place une stratégie claire vis-à-vis de la nouvelle majorité. Il pourrait également réaliser des alliances pour renforcer son poids politique ou encore changer de nom afin de marquer le début d’une nouvelle ère.

Quelle stratégie adopter vis-à-vis de la majorité présidentielle ?

Le Parti socialiste se retrouve face à deux solutions pour affirmer son identité politique durant cette législature : il peut faire le choix de se radicaliser, d’adopter une attitude contestataire, d’opposition quasi-systématique et de se positionner en défenseur du peuple, en faveur d’une politique sociale et économique davantage à gauche encore que celle du gouvernement précédent. Il peut aussi choisir, au contraire, d’exister dans la nuance, dans une attitude d’opposition moins systématique, de négociation, qui lui ferait cependant courir le risque de s’effacer partiellement derrière La République en Marche et de ne pas être assez entendu.

L’actualité nous montre en effet que la meilleure manière d’être présent sur la scène politique est de s’inscrire dans la radicalité, dans une attitude d’opposition comme le montre l’exemple de la France Insoumise qui attire l’attention avec de nombreuses interventions au Palais Bourbon, en représentants assumés et quasi-exclusifs de l’opposition. Les socialistes sont donc face à un dilemme : faut-il exister dans la radicalité au risque de perdre en crédibilité face aux électeurs et altérer l’image d’une gauche de gouvernement ou préférer conserver cette image avec un positionnement plus recentré, au risque de se confondre avec la majorité présidentielle ?

Cette crise d’identité n’est cependant pas propre aux socialistes français mais touche en réalité de nombreux pays européens. Comme le souligne le quotidien danois Jyllands Posten relayé par EuroTopics, les socialistes dits « de gouvernement » européens traversent une période difficile, ils sont dépourvus de stratégie pour regagner la confiance des électeurs.
« Faut-il qu’ils essaient de gagner la faveur des électeurs qui se détournent des partis et qui combinent grogne sociale, sentiments anti-immigration et anti-UE ? Ou vaut-il mieux se démarquer clairement de cette mouvance et prendre une direction toute autre, par exemple en se déportant vers la gauche, au risque de passer pour économiquement irresponsables ? »

Un parti divisé

Manuel Valls avait théorisé le concept des deux gauches irréconciliables. Il semblerait aujourd’hui que la réconciliation prenne du temps. Le parti demeure en effet profondément divisé depuis la désignation de Benoit Hamon comme candidat officiel du parti à la présidentielle. Les socialistes se sont en effet divisés, pendant la présidentielle, entre le courant libéral et « pragmatique » défendu par Manuel Valls, et celui davantage social et d’inspiration keynésienne de Benoit Hamon.

Depuis, les deux hommes ont quitté le Parti et Jean Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, a démissionné. Les socialistes se sont ainsi retrouvés sans leader, avec pour dirigeant une assemblée collégiale ne comptant pas moins de vingt-huit membres. Les membres du PS peinent donc à se positionner sur la scène politique, comme le montre la décision du vote de confiance au gouvernement qui a profondément divisé les députés. Cependant, contrairement au parti Les Républicains, les socialistes peuvent difficilement exprimer leurs désaccords publiquement, du moins dans l’enceinte du Palais Bourbon. Le Parti socialiste, dont les effectifs ont été divisés par dix ne dispose plus, en effet, d’un nombre de députés suffisant pour se permettre de se scinder en deux groupes distincts, l’un « constructif » et l’autre « canal historique » comme l’ont fait les Républicains. Les députés de la « Nouvelle Gauche » comme ils se désignent désormais, sont donc condamnés à afficher une unité de façade, dans l’attente de la redéfinition des principes idéologiques du parti.

Vers de nouvelles alliances ?

Afin de reconquérir une majorité d’électeurs, les socialistes pourraient avoir recours à des alliances politiques, comme ils l’ont déjà fait plusieurs fois dans le passé. En 1924, dans le cadre du Cartel des gauches, en élargissant leur électorat vers le centre grâce à une entente électorale avec les radicaux. Puis en 1936 lors du Front populaire en s’alliant avec les communistes et le Parti d’unité prolétarienne ; ou encore en 1972 où le programme commun de la gauche unie avait rassemblé le Parti socialiste, le Parti communiste et les radicaux de gauche. La question d’une union politique est donc d’actualité, en pleine période de perte de vitesse pour le Parti socialiste. Le véritable problème qui se pose alors aux socialistes est de savoir avec qui s’allier.

Si lors de la campagne présidentielle, les similitudes entre les programmes de Benoit Hamon et de Jean-Luc Mélenchon permettaient d’imaginer une alliance entre leur parti respectif, c’est aujourd’hui davantage un rapprochement entre la France Insoumise et Benoit Hamon seul, avec son mouvement du premier juillet (M1717) qui semble s’opérer. Les cadres du Parti socialiste rejettent en effet la ligne incarnée par Jean-Luc Mélenchon, notamment sur les questions internationales et l’avenir de l’Union européenne. Les questions de politique étrangère semblent depuis toujours être source de discorde entre les socialistes et leurs alliés. C’est, en effet, aussi à cause de divergences sur les questions internationales que le Front populaire s’était rompu en 1938. Cependant, lorsque Stéphane Le Foll déclare que « le socialisme historique n’est pas sur la ligne de Jean-Luc Mélenchon », il en oublie sans doute une partie de l’histoire du PS, faite d’accords, d’unions et de compromis. La question est de savoir si le Parti socialiste est capable de s’inscrire dans un schéma d’alliance où il serait minoritaire.

Quelle utilité d’un changement de nom ?

Face aux divergences internes qui déchirent le Parti socialiste, avant la définition des nouvelles orientations idéologiques du parti, les cadres du PS ont semblé trouver plus important de changer d’abord les apparences et notamment le nom du parti. Si cela peut apparaître superflu, un changement de nom pourrait en réalité marquer un véritable tournant dans l’histoire du Parti socialiste et pourrait s’accompagner d’une nouvelle orientation pour le parti fraichement sorti d’un quinquennat houleux. En voulant changer le nom de leur parti, les socialistes cherchent donc surement à faire oublier ce bilan, de la même manière que l’UMP a voulu faire oublier les scandales et l’affaire Bigmalyon en se rebaptisant Les Républicains. Enfin, un changement de nom pourrait être le symbole d’un changement de stratégie et d’alliances, comme ce fut le cas lors de l’évolution de la SFIO vers le PS en 1969 qui a marqué l’alliance des socialistes avec d’autres partis de gauche au sein de l’union des gauches.

Si aujourd’hui, peu de nouveaux noms ont été avancés pour remplacer l’actuel, hormis la Nouvelle Gauche, nom du groupe PS à l’Assemblée. Le PS pourrait bien suivre la tendance consistant à supprimer le mot renvoyant à la structure, « parti » dans son cas. Cette tendance s’explique par la volonté de renouveau des partis politiques qui veulent s’affirmer davantage comme un courant de pensée plus qu’une organisation structurée. Cependant, si un changement de nom pourrait marquer une nouvelle orientation, il pourrait aussi contribuer à entretenir le flou autour de l’idéologie politique portée par le Parti socialiste. Le fait de donner à un parti un nom vague, ne renvoyant à aucune structure, ni orientation explicite peut en effet relever du principe du flou théorisé par Otto Kirchheimer.

Selon ce dernier, le parti se dote d’un nom « attrape-tout » lui permettant de rassembler un maximum d’électeurs en s’appuyant moins sur l’idéologie défendue collectivement par les membres du parti que sur la personnalité de son leader. Le nom de Nouvelle Gauche adopté par le groupe PS à l’Assemblée est un parfait exemple de ce flou, renvoyant à un positionnement idéologique très large avec l’adjectif nouveau se voulant le symbole d’une refondation et d’un changement de cap. Le problème dans le cas du Parti socialiste est aujourd’hui l’absence de leader qui ne permet pas d’éclaircir le flou et explique les difficultés du parti à susciter l’engouement auprès des électeurs et à définir clairement ses orientations politiques. L’exemple de la France Insoumise nous montre en effet l’importance de la personnalité du leader dans le succès d’un parti.

Une redéfinition pratique du Parti socialiste

Si le changement de nom du Parti socialiste apparaît comme un enjeu majeur c’est qu’il est en réalité porteur d’une idéologie très affirmée qui ne correspond d’ailleurs plus réellement aux politiques menées par les différents gouvernements de gauche. Le socialisme a été au fur et à mesure abandonné avec l’exercice du pouvoir. La gauche de gouvernement est peu à peu entrée en contradiction avec le socialisme dans sa définition première, celle portée par l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques). Initialement, le socialisme était en effet considéré par Marx comme un précurseur du communisme. La seule idée qui les différenciait alors était la propriété collective. Certains membres du Parti socialiste ont d’ailleurs commencé depuis longtemps à prendre leurs distances avec cette appellation « socialiste ». C’est le cas notamment de Lionel Jospin qui, dans la campagne de 2002, affirmait « Le projet que je propose au pays n’est pas un projet socialiste ».

Le Parti socialiste se trouve ainsi dans une impasse, ne sachant plus où se positionner sur l’échiquier politique ni avec qui s’allier pour renaître après ses défaites électorales. Sans chef, ni idéologie, avec un électorat de plus en plus restreint, et plongé dans une telle quête d’identité qu’il doit désormais envisager de changer de nom. Il apparaît difficile de dire que le Parti socialiste tel qu’on l’a connu existe encore.