Marche contre le « coup d’Etat social » : parole de Jeunes insoumis

Marche contre le « coup d’Etat social » : parole de Jeunes insoumis

Les boulevards du Temple et Beaumarchais ont tremblé samedi 23 septembre sous les pas d’un cortège fédéré contre le « coup d’Etat social ». Cette foule a répondu présent à l’appel de Jean-Luc Mélenchon, président du groupe France insoumise.

Une insurrection citoyenne

« Le coup d’État social ». C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, à l’Assemblée nationale, nomme les réformes prises par le gouvernement de Macron depuis son investiture. Le 17 juillet, trois jours après l’adoption par l’Assemblée du projet d’habilitation permettant d’instaurer les réformes du code du travail par ordonnances, le député des Bouches-du-Rhône (13) appelait au JT de TF1 tous les citoyens de tous les partis et de toutes convictions rejetant ces réformes à donner un « écho collectif » à leurs revendications dans une même manifestation.

C’est chose faite. En effet, ce samedi entre 60 000 (selon la préfecture de police) et 150 000 (selon les organisateurs) manifestants venus de toute la France se sont réunis place de la Bastille pour manifester jusqu’à la place de la République. Place où J.L. Mélenchon a pris la parole et a invité ses concitoyens à se mobiliser et à « ne rien lâcher » contre les réformes du gouvernement. À l’ordre du jour : les réformes loi Travail signées par le Président de la République ce 22 septembre, les réformes sociales, l’entrée de l’État d’urgence dans le droit commun et les accords du CETA.

Cette manifestation a été l’occasion pour nous d’interviewer des membres de La France Insoumise sur les nouvelles réformes du gouvernement.

Entretien avec David Guiraud et Morgane Gonon, membres des Jeunes Insoumis

David Guiraud est assistant parlementaire et rédacteur du livret jeunesse de LFI. Morgane Gonon est membre des Jeunes Insoumis, réseau de jeunes sympathisants LFI qui essaient de se retrouver sur des combats spécifiques aux jeunes (baisse des APL, sélection à l’Université, fin des contrats aidés). Mouvement coopératif et volontaire permettant aux jeunes d’être mis en relation avec LFI sans hiérarchie, ils ont créé un livret jeunesse recueillant les propositions de la campagne LFI pour les jeunes, les fait vivre et évoluer en les complétant et en les modifiant.

  • Pourquoi une Marche contre le coup d’État social ?

La manifestation du 23 septembre est globale : contre l’entrée de l’État d’urgence dans le droit commun et contre la loi travail, et tout ce qui va venir prochainement. Elle peut avoir un impact sur les députés en vue de la ratification des ordonnances par le parlement. Ils sont sensibles à l’avis du peuple et à la presse.

De plus la composition du groupe En Marche regroupe un peu de tout et n’est pas stable, ils ne sont pas forcément toujours en accord. Au dessus de la loi il y a la politique. Et souvent les ordonnances signées ne sont pas appliquées à cause d’un rapport de force : il y a encore de l’espoir. Les systèmes sont verrouillés, le pouvoir se concentre sur une base sociale rétrécit. Face à la dégradation de l’image du gouvernement, le combat est légitime. Les français sont politisés, écoutent les combats et y prennent part. La manifestation n’est pas une manifestation LFI, il y a une logique d’ouverture et un désir de réveiller les consciences. Nous somme ravis de la présence d’autres représentants politiques comme Benoît Hamon. Nous affirmons aujourd’hui notre rôle d’opposant principal au gouvernement.

  • La loi Travail c’est…

Une grosse erreur ! Qui se traduit par la capacité des branches à renouveler un CDD et à rallonger la période d’essai. C’est le « droit à la fermer », une attaque à la capacité des jeunes à se sentir bien dans leur milieu professionnel. On ne peut pas s’opposer aux grandes entreprises. Ces lois font que tous les travailleurs n’ont plus les mêmes droits, et ne sont plus protégés contre le licenciement. On nous ment quand on nous dit que la réforme du code du travail est envisagée pour répondre aux difficultés vis-à-vis du code existant.

Le problème est bien plus global. Ce sont les prémices de dangers sur le marché du travail, notamment avec les indemnités prud’homales et leur plancher favorisant les licenciements dans les grands groupes. Aujourd’hui on ne se demande pas comment on va vous virer. Avec la loi Macron on saura comment le faire, et combien cela va coûter. Les réformes du code du travail sont à abolir, 90% des mesures vont en faveur des riches.

En ce qui concerne les réformes en entreprise, les employeurs auront le pouvoir de tout imposer aux employés, les syndicats n’ont pas de marge d’action suffisante pour défendre les droits des travailleurs. Ainsi, on va tout faire pour les rendre responsables des actions menées, alors qu’en réalité ils n’auront rien pu faire ; on va retourner vers la société paternaliste du XVIIIème siècle où le patron choisit ses délégués syndicaux. Il n’y a rien de nouveau avec les lois Macron. Le code du travail a été créé pour reconnaître la place de l’employé face à celle de l’employeur, les syndicats ont fait progresser le pays. Aujourd’hui les décisions sont prises pour un grand nombre par un petit groupe de personnes. Il faut du dialogue et une République sociale.

  • Que pensez-vous des techniques adoptées par Macron pour faire passer la loi Travail?

LFI n’a pas eu son mot à dire pour ces ordonnances. La loi d’habilitation consiste à faire confiance aux membres du gouvernement à sa tête. LFI n’a pas voté pour la loi d’habilitation. Les votes se sont déroulés dans des conditions difficiles, juste après les législatives, les députés n’avaient pas encore de bureau, pas de moyens d’exercer dignement leurs fonctions. La décision est donc totalement autoritaire et pas du tout démocratique. Il y a pourtant une différence entre la représentation nationale et l’exécutif, le débat devrait être possible. Alors que là on ne sait pas ce qu’il se passe dans les cabinets du ministère, on ne sait pas comment s’organisent les négociations. Il faut plus de transparence. Même dans le groupe LREM il y a un déséquilibre et certains députés se sentent délaissés.

  • A propos de Macron…

Macron c’est le vide, le rien. Il y a aussi une certaine violence dans sa manière de mépriser les gens et de défendre les intérêts de classe de personnes extrêmement riches. « Il balaye » l’opinion démocratique de ses opposants. On manifeste pacifiquement, on exerce notre droit à la parole public. On ne peut pas se laisser insulter par notre président depuis l’étranger.  Il ne propose rien de nouveau, sinon une « monarchie républicaine » organisée autour de sa personne. Il a une pratique du pouvoir très bonapartiste, et on ne veut plus de ce modèle là. On veut sortir de l’ultra présidentiel propre de la Vème République.

  • Selon le président, la démocratie ne se ferait pas dans la rue…

Bien sûr que si, la démocratie se fait dans la rue, c’est le concept de démocratie. Il faut qu’il y ait affrontement pour que naisse la démocratie.  La démocratie c’est s’engueuler. La majorité de nos grandes avancées sociales se sont toujours faites dans la rue. On peut par la suite trancher les désaccords. Notre président est un hégémonique qui rejette le peuple, mais il se trompe. C’est normal de ne pas avoir les mêmes idées, les mêmes points de vue. Depuis le XVIIIème, la démocratie se fait dans la rue. Elle se fait où pour lui ? Mais après tout, même au sein de son parti on ne peut pas se faire entendre.

Retrouvez demain, même heure, le témoignage d’Erwan Leclerc animateur au comité local LREM au VIIIème arrondissement de Paris (à lire ici).

Article co-écrit par Caroline Protat et Tom Malki

Crédit photo : Clémentine Bonnet