En voiture Simone ! Les Saoudiennes peuvent enfin conduire

En voiture Simone ! Les Saoudiennes peuvent enfin conduire

Réforme tant attendue, maintenant officielle : les Saoudiennes pourront enfin conduire. Elle entrera en vigueur dès la fin du prochain ramadan grâce au décret du Roi Sheikh Salman Bin Abdelazziz Al Saoud.

Le dernier pays au monde qui défendait aux femmes de conduire

C’est une révolution pour les femmes ! Bien que la conduite ne soit pas nécessairement une expérience inconnue pour l’élite féminine saoudienne qui conduit depuis longtemps à l’étranger, à Riyad celles qui ont osé prendre le volant ont été systématiquement arrêtées. 

Tamador Al Yami, blogeuse et militante saoudienne s’est exprimée peu après l’annonce sur son compte Twitter«  Félicitations à tous ceux qui ont souffert et à tous ceux qui ont exigé et à tous ceux qui ont données leurs efforts et leur temps pour obtenir leurs droits et les droits des femmes de la patrie. »

Selon l’Ambassadeur aux Etats Unis, Khaled Bin Salman, les Saoudiennes « n’auront pas besoin d’obtenir l’accord de leur tuteur légal pour passer leur permis et la présence de ce dernier ne sera pas nécessaire lorsqu’elles seront au volant ». Grande victoire dans une société écrasée par des valeurs ultra-conservatrices où les femmes ont peu d’indépendance !

« Une demande sociale urgente que la conjoncture économique justifie »

Pour expliquer ce décret il est impossible d’ignorer le contexte politico-économique des derniers mois. L’ascension soudaine du nouveau prince héritier Sheikh Mohammed Bin Salman, les arrestations massives des intellectuels religieux, la volonté d’améliorer l’image internationale de la pétromonarchie et la pénible guerre au Yemen ont influencé ce choix.

Historique, cette décision n’a pas été accomplie seulement grâce aux combats et au courage des activistes saoudiennes. En effet, l’appui du Prince Al Walid Bin Talal et l’enjeu économique ont pesé plus fortement sur le Roi Salman. Bin Talal, connu pour son franc parler, a déploré le « coût économique des milliards de dollars pour l’économie saoudienne ». Les Saoudiennes sont totalement dépendantes de taxis et des chauffeurs étrangers pour se déplacer au quotidien.

Une vision économique inspirée des Emirats arabes unis

Le projet « Vision 2030 » du jeune et dynamique Mohammed Bin Salman cherche a relancer l’économie saoudienne. C’est une épreuve essentielle à cause du coût exorbitant de la guerre au Yemen et des sanctions mises en place contre le Qatar. Il semble qu’il s’inspire librement de Sheikh Mohammed Bin Zayed, prince héritier des Emirats arabes unis. Grâce à la vision ardente de ce dernier, les Emirats passent progressivement de superpuissance pétrolière en centre de services mondialisés. Leurs deux projets partagent le même nom : « Vision 2021 » aux Emirats, « Vision 2030 » au Royaume.

Principalement, les privatisations et l’attraction d’inves­tissements étrangers sont les outils employés pour mettre en œuvre le renouvellement de leur pays. En outre, Riyadh cherche à augmenter le taux de femmes dans la main d’œuvre de 22% à 30% pour 2030. Selon Abulaziz Al Rasheed, vice ministre de l’Economie le déplacement autonome de ces dernières permettra d’atteindre ces objectifs plus tôt.

Cependant, ce ne sera pas aussi évident que de copier-coller le modèle des Emirats et atteindre le même succès. Selon Stéphane Lacroix, professeur à Sciences Po et spécialiste de l’Arabie saoudite : « Ce que Bin Zayed a fait dans le petit hub des Emirats sera très difficile à reproduire en Arabie Saoudite, qui est un pays plus peuplé, plus divisé, et dont l’économie n’a pas de culture de la mondialisation ». N’oublions pas non plus que le Royaume « est le pays des lieux saints de l’islam, ce qui induit chez ses habitants le sentiment qu’ils ont une forme de responsabilité historique, une obligation de pureté ».

Emancipation et répression

« Pour des raisons au delà de ma volonté, je ne pourrai pas continuer à commenter la levée de l’interdiction sur la conduite des femmes en Arabie saoudite. Je suis désolée. » écrivait Tamador Al Yami sur Twitter. 

La fête pour les femmes du Royaume a été de courte durée. Quelques heures après le décret, des militantes Saoudiennes ont été menacées par les autorités d’être soumises à des « procédures »  si elles continuaient leurs activités sur les réseaux sociaux. La grande majorité des activistes a pris ces menaces au sérieux et a cessé de s’exprimer. Les raisons de cette initiative : l’amour de peuple saoudien et les rayons de la gloire n’appartiennent qu’au Roi Salman.

La lutte pour les féministes saoudiennes est loin d’être terminée. Après la conduite, elles visent l’abolition de la tutelle. Malgré l’exigence de l’obéissance totale, le peu de liberté d’expression, la dictature gérontocratique, nous pouvons tous saluer le courage des Saoudiennes. Nous les soutenons sur le long chemin de l’émancipation !

 

Article rédigé par Adrian Green