Invitation au partage : « Trahisons » au théâtre du Lucernaire

Invitation au partage : « Trahisons » au théâtre du Lucernaire

Trahisons : une invitation simple et talentueuse au partage, mise en scène par Christophe Gand.

C’est dans l’intimité de la salle rouge du théâtre du Lucernaire que se révèle une adaptation subtile de la pièce d’Harold Pinter. Emma (Gaelle Billaud-Danno), épouse de Robert (François Feroleto), a pour amant Jerry (Yannick Laurent), le meilleur et plus vieil ami de son mari. Trois personnages : trois amours. Dans cette intrigue les scènes nous invitent à rebours à découvrir leur histoire. Dans le Londres des années 1970 l’auteur s’intéresse, selon le metteur en scène, non à « l’action de ces histoires d’amours, mais plutôt à la manière dont les personnages révèlent et se révèlent ».

Une mise en scène hypnotisante

Les personnages évoluent dans un cadre d’une ingénieuse sobriété. Les scènes sont autant de bonds dans une chronologie inversée rythmées par des changements de décors. La chorégraphie fascinante se mêlent sur des airs de jazz illuminé par un savant jeux de lumière. L’ombre d’un jeune homme glisse sur la scène à chaque extinction des projecteurs. Ce qui permet, dans un mystérieux contre-jour, la transformation du café où les amants se retrouvent. Des années après leur rupture, c’est dans une chambre clandestine ou dans un hôtel vénissian que l’affaire se passe… L’orchestration de ces mouvements, empreints d’une délicatesse maitrisée, exprime autant de soin et de théâtralité dans le pliage d’une nappe que dans la métamorphose d’un lit en buffet.

La vie et le sens, l’interprétation que donne chacun des trois comédiens à son personnage est magnifique. Gaelle Billaud-Danno révèle une Emma sensible et courageuse. François Feroleto un Robert énigmatique et envoutant. Quant à Yannick Laurent, il prête à Jerry un équilibre entre virilité et ingénuité.

Proximité avec le public

Dès la première scène, l’audience est plongée dans l’intrigue émotionnelle et dangereuse qui lie les trois personnages. Les dialogues de l’écrivain anglais sont incarnés par des comédiens dont la gestion de la tension, des sous-entendus et des silences sont partagés par un public embarqué.

Le professionnalisme et la complicité du trio permet de nous faire entrer dans l’univers qu’ils créent. Les échanges sont authentiques. Les comédiens transmettent à leur auditoire le plaisir qu’ils ont d’être là, avec une touchante simplicité.

A la fin de la représentation, la chaleur du lieu invite à prolonger la soirée sur la terrasse du théâtre. Un peu plus tard, on peut avoir la chance de rencontrer les acteurs. De belles personnalités qui échangent avec plaisir sur leur passion, dans une humilité déroutante