Montrer pour montrer : 120 battements par minute de Robin Campillo

Montrer pour montrer : 120 battements par minute de Robin Campillo

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Sorti il y a déjà plusieurs mois, récompensé par le Grand Prix au festival de Cannes en mai dernier, le film de Robin Campillo a déjà fait couler beaucoup d’encre. Mais puisque le film, bien que rétrospectif, nous parle d’actualité, nous ne souhaitions pas passer à côté.

Le troisième film de Robin Campillo nous ramène dans le contexte pas si lointain des années 90 en France, à l’heure où la prévention et les soins contre le VIH (Sida) n’étaient pas pris en charge par l’Etat. Ainsi, le film s’attache à dépeindre la lutte des activistes de l’association Act Up pour lever le secret de polichinelle qui pesait sur le sujet.

Une fiction aux airs de documentaire

Caméra à l’épaule, le réalisateur nous plonge au coeur des débats d’Act Up. Nous sommes immédiatement frappé par la volonté de réalisme du film. À la fois grâce au jeu sans fautes des comédiens, mais aussi par un rythme qui prend le temps de montrer les lenteurs aussi bien que les fulgurances d’un groupe luttant pour la survie.

Montrer, voilà le mot d’ordre du film. Ayant pris le point de vue des activistes, on nous montre avec un réalisme presque parfait les actions menées dans la rue, dans les écoles ou dans les laboratoires. Mais aussi les débats impossibles avec ces derniers, ainsi que les tensions au sein de l’association.

En ce sens, le film parvient à nous faire resentir l’immense injustice à laquelle des milliers de personnes ont été confrontées. Un groupe isolé qui se bat pour la survie de personnes qui vivent avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Comment ne pas être indigné par cette situation qui a bel et bien existé en France ?

Un drame trop « entertainment »

Pourtant, bien que happé par cet émouvant récit tiré d’un fait de société, petit à petit le film bascule vers un drame intimiste entre deux des activistes. Ainsi, Sean et Nathan, personnages fictifs et allégorie du couple, nous emmènent au cœur de leur relation pour nous montrer ce que vivent des millions de gens. Là est bien le problème. On ne peut croire à l’existence de ces personnages dont le profil psychologique a été assez peu creusé pour pouvoir être assimilé à un ensemble de plusieurs millions de personnes. En dehors de la scène de sexe, qui montre sans fioritures (et c’est important !) l’amour de deux homosexuels, l’histoire des deux hommes reste plutôt pauvre en émotion.

L’absence de construction dramaturgique dans l’image fonctionnait bien pour la première partie « documentaire » du film, mais elle est fatale à la deuxième. J’irai jusqu’à dire que le personnage de Sean, activiste sans limites, auteur de la phrase phare du film : « Dans la vie ? Bah moi j’suis séropo ! », perd de sa force et de son caractère au fur et à mesure que sa relation avec Nathan grandit. En effet, celle-ci occupe un temps considérable du film au détriment de la partie sur Act Up. Ainsi, la dernière prise de parole de Sean fait pâle figure comparée aux tirades précédentes.

Finalement le film semble se diviser en deux parties. Son véritable intérêt se situe surtout dans sa capacité à nous montrer avec beaucoup de réalisme une association en lutte, ou bien un corps vaincu petit à petit par la maladie, tandis que l’histoire d’amour fait « déjà-vu » et « tire-larmes », comme un cheveu sur la soupe.

Primé à Cannes, nommé aux Oscars, reste à voir la réception Outre-Atlantique du film.

 

Article rédigé par Pierre De La Forest