Mobilisation : Les anti-EuropaCity contre le méga-complexe de loisirs

Mobilisation : Les anti-EuropaCity contre le méga-complexe de loisirs

Une centaine de manifestants se sont réunis dimanche, place de la République, pour protester contre EuropaCity, un projet du méga-complexe qui s’intégrerait dans le Grand Paris.

Un nouveau cirque, de nouvelles boutiques, un nouveau parc à thèmes et de nouveaux restaurants ? Ne leur en parlez pas, ils n’en veulent pas et le revendiquent. Ce dimanche, ils étaient près d’une centaine de manifestants à réclamer, citrouilles et poireaux à la main, « des légumes, pas du bitume » à Gonesse (Val d’Oise), pour montrer leur ferme opposition au complexe « EuropaCity ». Ce projet devrait voir le jour en 2024 sur le territoire du « Triangle de Gonesse » (à 15 kilomètres de Paris), entre les aéroports Roissy et Le Bourget.

Un mastodonte

230 000 m2 de surface commerciale, 10 hectares de parc, 20 000 m2 de restaurants, près de 3 000 chambres d’hôtels, un parc à thèmes, un parc aquatique, un parc d’aventure, un cirque permanent, une salle de spectacles, une grande halle d’exposition… Et même une piste de ski artificielle. Ce futur centre commercial, « nouveau quartier des loisirs du Grand Paris » selon ses promoteurs, ne fait pas dans la demi-mesure.

Mobilisation : Les anti-EuropaCity contre le méga-complexe de loisirs Economie  crédit photo : europacity.com

« Un grand projet inutile » selon Irène, membre du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG). Cette habitante de la petite commune du Val d’Oise se désole de voir les commerces de proximité fermer un à un, aspirés par l’attractivité et les prix agressifs des nouveaux mastodontes de la consommation. « Venez voir à Gonesse : les magasins sont vides, ils ont tous baissé les rideaux, tout est fermé ! ». Le projet EuropaCity est la goutte de trop pour Irène. « Il ne me semble pas que Paris manque de centres commerciaux ! On a déjà Beaugrenelle, Italie 2, Châtelet… Et ils veulent en construire un nouveau alors qu’à quelques minutes du futur EuropaCity nous avons Paris Nord 2 et Aéroville ! ».

Ce qui hérisse d’autant plus les militants écologistes, ce sont les 80 hectares de terres agricoles sur les 300 que compte l’Île de France qui seront bétonnées. « L’une des plus fertiles d’Europe », argumente un représentant de Greenpeace. « Une catastrophe écologique », clame à la foule un membre du CPTG, « car les terres agricoles permettent l’absorption d’une partie de la pollution ». Un avis partagé par l’expert chargé de l’enquête publique sur le projet. Fin septembre, il a émis un avis défavorable à l’urbanisation du Triangle de Gonesse, pour incompatibilité en matière de développement durable. Une petite victoire pour les contestataires au projet qui espèrent s’appuyer sur ce rapport, bien que consultatif, pour les futures poursuites en justice.

Coût : 3,1 milliards d’euros

En ligne de mire, le groupe Auchan et son partenaire chinois, Wanda. Les deux financiers du complexe immobilier veulent croire en cet investissement à plus de 3 milliards d’euros. Il faut dire qu’avec une perspective de 30 millions de visiteurs annuel, le marché s’annonce juteux. Reste à convaincre les autorités publiques du potentiel d’EuropaCity. Et la tâche ne s’annonce pas gagnée d’avance. Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire, s’était déjà montré très réticent le 6 juillet dernier, lors de la présentation du « plan climat » à la presse. « Cette gourmandise que nous avons à consommer des terres agricoles en particulier, et à artificialiser les sols en général, est incompatible avec l’objectif d’un pays ” neutre ” en carbone à l’horizon 2050. (…) Il faut qu’on sorte de la folie des grandeurs ». Heureusement, les investisseurs peuvent compter sur le soutien du député-maire PS de Gonesse, Jean-Pierre Blazy.

L’autre point de crispation se situe sur la création, pour 2023, d’une future ligne de métro. La « 17 » devrait relier Saint-Denis à Roissy, en passant par EuropaCity et Le Bourget. « Les habitants de Gonesse vont payer (par l’impôt, ndlr) les travaux de cette nouvelle ligne (estimés à un milliard d’euros, ndlr) mais ne pourront même pas l’utiliser pour leur trajet quotidien », affirme Vincent, membre du conseil d’administration du CPTG. Contester cette nouvelle ligne est d’autant plus stratégique pour les militants que sans elle, le projet EuropaCity ne verra pas le jour, l’affluence du centre commercial étant dépendante à 80% de celle-ci.

Un projet alternatif

La soupe populaire de légumes « made in Gonesse » préparée place de la République devait prouver de la qualité des terrains en friche du nord du Grand Paris. Mais aussi faire connaitre l’action des anti-EuropaCity et penser à l’avenir de la mobilisation. Que faire à présent que les investisseurs persistent au projet malgré les rapports en leur défaveur ? Occuper la ZAD comme à Notre-Dame-des-Landes ? Passer par des recours juridiques ? Faire pression sur le gouvernement ? « Aujourd’hui on demande l’annulation pure et simple du projet et le maintien des 300 hectares de terres agricoles. Après si on ne peut pas, on leur propose un projet alternatif », affirme Vincent. En clair, conserver les terres pour créer des emplois dans l’agriculture. Avec pour objectif rêvé de nourrir le tout-Paris de leurs légumes biologiques. « C’est toujours mieux que finir caissière à EuropaCity ! », affirme l’un des manifestants. « Plutôt utopiste comme idée », rétorque, à demi-mot, un passant.