Le féminisme sera un humanisme

Le féminisme sera un humanisme

« Egalité des salaires ! », « droit à disposer de son corps ! », « parité ! ». Voilà, un peu grossi, le triptyque érigé en bannière par les mouvements féministes. Il convient en préambule de noter que toutes les avancées sociales féminines étaient et sont cruciales. Ceci étant dit, rien n’interdit de repenser l’actuelle mouvance féministe.

Dans le livre de la jungle, le roi des singes Louis chantait : « je voudrais devenir un homme, ce serait merveilleux, vivre pareil aux autres hommes… oh woupidou ! ». Certaines voix féministes peuvent sembler se limiter à cette revendication. Cela manque un peu de hauteur pour un mouvement qui se veut émancipateur. Oui : il faut libérer la femme. Mais être l’égal de l’homme est-ce vraiment se libérer ?

L’impasse « égalitariste »

Si ce féminisme dit « égalitariste » en laisse froid plus d’un, il faut trouver un moyen de le réinventer. Qui de mieux pour redéfinir cet idéal féministe que Marguerite Yourcenar ? Elle qui fût la première femme à entrer à l’Académie française le 6 mars 1980. Elle se disait féministe mais n’apposait jamais son nom sur des tracts. Pour elle les femmes qui rêvent « d’être l’équivalent d’un Monsieur qui se lève à 7h 30 du matin, prend sa serviette sous son bras, avale rapidement son café et se précipite au bureau. Alors ça ! Comme une idée de la libération, je dois dire que c’est une idée qui me laisse froide. »

Le problème du féminisme c’est son ambition. Il s’est détaché d’une pensée humaniste. Revendiquer des droits pour les femmes (ce qui est tout à fait normal) ne devrait pas se faire parce que ce sont des femmes, mais parce que ce sont des êtres humains ! Et la conception de l’humanisme c’est libérer les humains de toute forme d’aliénation. Les femmes avaient et ont des chaînes au cou qui les aliènent. Il faut s’en débarrasser, évidemment. Mais ce n’est pas non plus en se passant les menottes des hommes que les femmes se libèreront. Il faut donc repenser un féminisme émancipateur qui libère les femmes sans les jeter en même temps dans une autre forme d’aliénation.

Le féminisme : la revendication d’une société productiviste

Pour cela, Yourcenar expliquait que « L’idée de la carrière, du succès d’argent et d’administration devient pour la femme l’idéal du succès humain. A mon avis c’est une défaite épouvantable dans les deux sexes. Si un homme n’a que ça à offrir c’est bien triste et si une femme l’imite, elle s’apercevra que c’était bien creux et qu’elle a raté quelque chose. »

Le féminisme s’est en effet confondu dans les mœurs du temps et prend comme réussite humaine la réussite matérielle et financière. Les femmes ont donc comme idéal de devenir les compagnons égaux de production des hommes. Mais est-ce là un futur désirable ? Que ce soit pour les hommes comme pour les femmes. Selon l’académicienne, il faut repenser le féminisme comme un idéal émancipateur plus vaste. Non plus comme l’unique but d’être un homme, mais comme une libération de la condition humaine. « On voudrait bien voir s’établir un nouvel idéal humain. Un idéal qui offrirait plus de liberté d’activité et de choix, moins d’emprisonnement dans le travail devenu une forme hypocrite de l’esclavage » ajoute-t-elle.

L’humanisme vise à libérer les Hommes. Pas à les opprimer autrement !

L’avénement d’un féminisme humaniste

Ceci posé, il faut redéfinir un chemin pour le féminisme. Si le féminisme est un humanisme alors il vise à libérer l’humain. Comment ? Avec une volonté : « embellir le monde » comme le disait Yourcenar. Pour elle, se nourrir et nourrir les siens, s’occuper de sa maison et tenir son chez soi et son existence sont des façons d’embellir le monde. C’est une activité qui a trop longtemps été dénigrée car « non productive ». Pour autant, faire beau son chez soi, c’est se faire beau et cela contribue à une amélioration globale de la qualité de vie du monde. Evidemment à dire cela, on pourrait croire que c’est dire aux femmes de retourner à la maison. Ce serait là un propos bien ridicule. Non, ce qu’il faut, c’est revaloriser le travail du quotidien et trouver des fenêtres sur le monde autres que celle du travail. Voir le monde : oui ! Mais pas dans une optique de productivisme. Sinon le féminisme serait une nouvelle forme d’esclavagisme, simplement mis-à-jour.

Ce qu’il faut libérer chez les femmes et plus généralement dans le genre humain, c’est leur relation au travail, à la production, à la consommation et leur redonner le goût du simple. Retrouver le plaisir de vivre en harmonie avec soi, les siens et l’environnement. Et cela ne consiste pas à faire le ménage, mais plutôt à se cultiver, embellir son jardin intérieur, et choisir le chemin de son existence. Non en réaction à d’autres, mais plutôt comme épanouissement personnel.

En fait, être féministe c’est conclure comme Voltaire et Descartes. Voltaire dans son Candide disait : « Il faut cultiver notre jardin », et Descartes dans son Introduction au Discours de la Méthode aimait « porter son regard ça et là sur le monde ». L’humanisme-féministe c’est donc se cultiver, se libérer, et  « ouvrir ses fenêtres sur le monde… »