FIAC 2017 : une parenthèse entre les arts

FIAC 2017 : une parenthèse entre les arts

Le week-end dernier se tenait à Paris la FIAC. Foire internationale d’art contemporain, qui a ravi tant les amateurs d’art que les collectionneurs. Lieu important du marché de l’art elle permet à de nouvelles galeries de se retrouver sous les feux des projecteurs. Retour sur l’événement culturel incontournable du mois d’octobre

La FIAC c’est à la fois un interlude et un tourbillon dans la vie parisienne. L’avenue Winston Churchill est à l’arrêt le temps d’un week-end. Les œuvres éphémères meublent le paysage. Le Grand Palais jouit de l’engouement de pas moins de 70 000 visiteurs venus admirer les collections de 192 galeries issues de 29 pays invités. Professionnels, collectionneurs et curieux s’y pressent pour profiter du spectacle de milliers d’œuvres modernes et contemporaines d’artistes, qui n’ont rien ou tout à prouver.

La Fiac et l’économie de l’art

La foire est une plateforme déterminante pour le chiffre d’affaire annuel des galeries. Bien que la part de l’art contemporain dans les ventes d’art mondiales soit passée de 3 à 15% depuis 2000, la tendance générale d’achat à la FIAC s’oriente toujours vers les valeurs sûres. Les galeries incontournables installées dans l’allée centrale du Grand Palais multipliant les ventes de tableaux d’artistes reconnus. On décompte ainsi une vingtaine d’œuvres de Dubuffet disséminées entre les galeries 1900-2000, Waddington Custot ou Applicat-Prazan. Sur 6 tableaux de Le Corbusier, la galerie Zlotowski en a vendu 4. Elle s’est également séparée de L’Etude de la série « Circulaires et rectilignes » de Frantisek Kupka pour la somme de 85 000 $.

Ces achats à plus de 5 chiffres sont essentiellement l’apanage de particuliers venus enrichir leur collection. Mais lorsque l’on remonte vers le salon Jean Perrin certains zéros disparaissent et la plupart proviennent plutôt de muséums et de galeries. C’est ici que la FIAC accueille des galeries dîtes « jeunes » ou « émergentes ». Pour qui l’événement est un incontournable en termes de stratégie de développement.

Au vu du nombre de visiteurs, il s’agit pour elles d’un fabuleux moyen de se faire connaître auprès du grand public et des professionnels. Et de voir ainsi la côte des artistes exposés augmenter. La Galerie Casas Riegner de Bogota nous l’a évoqué comme un processus très lent se forgeant d’une foire à une autre. Cela fait seulement 3 ans qu’elle est présente à la FIAC. Comme beaucoup de galeries « jeunes » les ventes concernent essentiellement des œuvres moins onéreuses, comme la tapisserie. A posteriori Boticelli Wash and Wear de Beatriz Gonzales a été vendue à 15 000€.

Exploration de la porosité de l’œuvre d’art

« Gesamtkunstwerk nous visons tous cette utopie, et cela devient de plus en plus présent pour moi ». Lors d’une interview recueillie par Anna-Alix Koffi pour Woman Paper, Jennifer Flay, directrice de la foire depuis 14 ans, s’exprime en ces termes. Le concept d’œuvre d’art totale incarne les attentes escomptées lors de cette édition. Au sein même des installations présentées au Grand Palais on s’interroge. De l’une à l’autre les frontières entre les arts s’estompent.

En consacrant toute une partie du secteur Onsite au design, non seulement la FIAC nous permet de retrouver notre domaine de prédilection. Mais elle replace dans une démarche contemplative l’art fonctionnel. 5 galeries françaises sont présentes : Jousse Enteprise, Kreo, Laffanour-Galerie Downtown, Eric Phillipe et Patrick Seguin.

Les stands qui se succèdent désorientent le public : à la galerie C L E A R I N G la vidéo, la danse et la sculpture sont conjointes. Les portes habituellement condamnées du Grand Palais s’ouvrent et le visiteur devient spectateur. On l’invite à migrer en direction du Palais de la Découverte. Pour cette édition la FIAC a signé pour la première fois un partenariat avec l’Opera Garnier. Deux chorégraphies (pour un abîme de Nicolas Paul et A bras le corps de Boris Charmatz et Dimitri Chamblas) sont interprétées sur le Balcon d’honneur du Grand Palais. Métamorphosant cet idéal que Jennifer Flay tente d’approcher.

L’abaissement des frontières physiques

Bien que le marché de l’art contemporain soit majoritairement occupé par les galeries américaines et européennes, une des maximes de la FIAC est d’insister sur son caractère international. Doucement la foire s’oriente vers d’autres continents, dont l’Afrique. Cette année le salon Jean Perrin jouit de la présence de la galerie Selma Feriani, installée à Tunis et Gypsium, venue d’Egypte. Elle propose une entrée en matière par le biais de l’œuvre de Sammy Baloji présentée par la galerie Imane Farès.

Cette présence apporte un éclairage sur des enjeux raciaux et coloniaux, qui sont propres à l’engagement personnel de l’artiste. En confrontant sur un même espace la photographie Les petits chanteurs à la croix de cuivre, aux croix de cuivre servant de monnaie d’échange durant la colonisation du Congo Belge, l’artiste dresse un parallèle entre évangélisation et colonisation. Il permet ainsi aux visiteurs de quitter pour un temps l’européocentrisme souvent caractéristique des grands rendez-vous de l’art contemporain.

La FIAC se définit comme un espace offrant aux artistes la possibilité d’exposer librement en dépit des contraintes physiques, esthétiques ou morales. Ainsi le scandale engendré par le refus des Tuileries d’exposer Domestikator de Joep Van Lieshaut paraît d’autant plus inadéquat que le sol du Grand Palais regorge d’œuvres prétendument choquantes et morbides. À l’image de la sculpture ultra réaliste du corps mutilé d’Isaac Mendes (personnage issu de la série Heroes) réalisée par le collectif d’artistes Puppies Puppies. À la FIAC, la frontière constitue une entrave, l’art ne saurait avoir de limite et nous offre une belle parenthèse de liberté et d’enthousiasme pendant ces 4 jours.

crédit photo : Yan Pei-Ming, La déjeuner sur l’herbe – after Manet, 2017

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