Plan étudiants : le gouvernement acte l’instauration des pré-requis

Plan étudiants : le gouvernement acte l’instauration des pré-requis
Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, a présenté ce lundi son « plan étudiants » sur l’entrée à l’université. La mesure phare, l’instauration de pré-requis d’entrée pour les admissions dans les filières non sélectives, entrera en application dès la rentrée 2018.
« Cette réforme a pour ambition d’accompagner chaque étudiant vers la réussite ». C’est ce qu’a déclaré Frédérique Vidal, accompagnée du Premier ministre et du ministre de l’éducation. Depuis trois mois, la ministre consultait les représentants du monde scolaire et universitaire pour dessiner les grandes lignes de la (très attendue) réforme des modalités d’accès à l’université.

Une réforme attendue au tournant

Réforme tant attendue pour supprimer le controversé tirage au sort, mis en place sous la présidence Hollande, et diminuer le taux d’échec en licence. Si les facs crient urgence (amphis pleins à craquer, budgets toujours plus serrés), il ne s’agit pas de faire n’importe quoi pour le gouvernement avec son “plan étudiants”. Celui-ci a encore en tête la déferlante d’étudiants dans la rue en 1986 pour protester contre la loi Devaquet prévoyant la sélectivité à l’Université. Le Ministère a souhaité agir avec méthode et tact, privilégiant la concertation et abusant des éléments de langage.
Ne parlez donc pas à Frédérique Vidal d’une forme de sélectivité à l’entrée de l’université. Ni même de « prérequis ». Elle préfère le terme d’« attendus ». Pourtant, ces formes de « qualifications minimales » remettent en cause le Ô combien important et symbolique principe de libre accès à la faculté. Rien de très surprenant : fin août, dans une interview accordée au Point, Emmanuel Macron souhaitait déjà faire en sorte « que l’on arrête de faire croire que l’université est la solution pour tout le monde ».

L’instauration de pré-requis

Désormais, si l’université considère qu’un bachelier dispose des prérequis nécessaires (notes, motivation, avis du conseil de classe) pour entrer dans la filière choisie, le néo-étudiant sera admis sans conditions. Par contre, si le bachelier ne dispose pas de ces attendus ou que ceux-ci sont jugés trop faibles, il lui sera demandé de suivre un parcours pédagogique spécifique. « Par exemple, une remise à niveau en science pour un bachelier en section L souhaitant préparer médecine ; ou un travail sur les capacités rédactionnelles pour un bachelier professionnel souhaitant rejoindre une licence générale », précise Frédérique Vidal dans les colonnes de L’Obs. Les bacheliers auraient donc dans tous les cas le dernier mot, à la condition de suivre une année préparatoire intégrée. « L’idée n’est pas de dire “oui” ou “non” mais de répondre plutôt “oui” ou “oui mais” ».
Les filières sous tension seront exemptes de cette réforme (staps, droit, santé, psycho). Ici, la priorité sera donnée aux bacheliers aux profils les plus adaptés à la filière demandée. Les universités seront autorisées à dire « non » aux néo-étudiants si la capacité d’accueil de la filière est atteinte. Pour les recalés, la ministre annonce qu’une commission des recteurs sera chargée de faire des propositions de formation « proches de leurs vœux d’origine ». Or la pratique a déjà démontré que très peu de bacheliers ont suivi ces propositions. Elles sont souvent en inadéquation avec le projet professionnel ou l’aire géographique de résidence.

La sélectivité a minima divise

Cette politique de l’accès à l’université sous conditions — une sorte de sélectivité a minima qui ne dit pas son nom selon les opposants à la réforme — a les faveurs de la Conférence des présidents d’universités. Elle privilégie l’instauration d’une « orientation prescriptive » plutôt que de « pré-requis indicatifs », comme c’était le cas jusqu’à présent. 66% des français semblent d’ailleurs favorables à une forme de sélection des étudiants pour l’inscription à l’université, selon un sondage Ipsos pour L’Obs. Si certains le sont par principe, d’autres le sont par pragmatisme. Résignés d’avoir vu d’excellents bacheliers restés sur le carreau cet été à cause du tirage au sort et préoccupés de l’afflux croissant des bacheliers dans les filières dites sous tension.
Mais chez les syndicats, la question est loin d’être unanime. Certaines organisations représentatives des enseignants se déclarent favorables à la réforme. Alors que d’autres pointent le fait que les mesures d’accompagnement sont pour le moment non financées. Côté étudiant, la FAGE ne se dit pas opposée aux pré-requis. A la condition que des places supplémentaires soient ouvertes dans les filières en tension (Edouard Philippe a annoncé dans ce sens un plan de 500 millions d’euros). L’UNEF, quant à elle, s’oppose farouchement à la proposition de la ministre et à d’ores et a déjà mis en ligne une pétition. Elle annonce une mobilisation de protestation pour la mi-novembre.

Les autres mesures du plan étudiants

  • Les étudiants seraient rattachés au régime général de la sécurité sociale dès la rentrée 2018
  • 60 000 logements pour les étudiants seront construits et 20 000 pour les jeunes actifs
  • Les bourses seront versées à date fixe, le 5 du mois
  • La plateforme APB va se transformer et le nombre de vœux va passer de 24 à 12. Il sera ajouté à la plateforme des statistiques des différentes filières.
  • Près d’un milliard d’euros seront investis sur 5 ans dans l’enseignement supérieur, dont 500 millions pour la création de places supplémentaires dans les filières sous tension et 100 millions pour diminuer le coût de la rentrée

Crédit photo : Huffington Post

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