« Intra muros », hymne à la seconde chance

« Intra muros », hymne à la seconde chance

Qu’est-ce qu’un comédien ? Qu’est-ce que le théâtre ? Qui nous sauvera de l’autodestruction ? Avons-nous le droit à une seconde chance ? Autant de questions qu’Alexis Michalik pose par ses mots et sa mise en scène à un auditoire plongé dès les premières secondes d’ « Intra muros » au théâtre de La Pépinière.

« Parce que c’est ça la vie, c’est être traversé par des émotions, sinon c’est pas la vie. »

Dans une proximité poignante et surprenante, une capture d’attention instantanée du public. Cette production inédite nous entraine dans un dédale de vies et d’intimités dérangeantes. Parce que oui, elles nous remuent ces histoires, ces confessions inattendues et puissantes. Elles nous remettent en cause. Moteur d’inspiration et d’espoir, c’est un dérangement qui nous oblige à nous tourner vers l’humanité, l’altruisme, la résilience, et une combativité aujourd’hui indispensable.

Un engagement absolu avec le public

Un haut mur gris strié à son sommet de petits barreaux noirs, un lit à roulettes, des chaises, une table: une installation que les comédiens d’ « Intra muros » ne cesseront de faire valser tout au long de la pièce. Six personnes sur ce plateau, de dos. Un bruit éclate, puis une lumière, et le quatrième mur est immédiatement brisé par Richard – ou Paul Jeanson ? Nous ne sommes pas sûrs de qui, du comédien ou du personnage, s’adresse à nous –. Le metteur en scène nous interpelle, et nous explique, pédagogue, les émotions qu’il va traverser en tant que personnage, acteur, homme. Une intimité qui nous est imposée en guise de premier contact. Marquant par son humilité, c’est un appel à la réflexion qui se poursuivra au long de la pièce. En effet, le comédien marque son besoin d’engagement de l’auditoire nécessaire à la portée de la pièce.

Envoûtant

Pari ambitieux que cette mobilisation du public, mais qui fonctionne totalement. Notre attention est constamment captée par les jeux des comédiens, des sons et des lumières, les changements de scènes soudains qui renversent les univers et dévoilent d’autres vies. Le spectateur comprend vite qu’il faut être entièrement présent à cette pièce dont la force m’a touchée physiquement quand éclatait la violence et le désespoir nu de Kevin (Fayçal Safi), « jeune chien fou en colère ».

Contre les préjugés

Richard, metteur-en-scène donc, et Jeanne (Jeanne Arènes), comédienne, vont donner un cours de théâtre dans une centrale. C’est-à-dire, un lieu de détention pour prisonniers de longues peines. Lui, semble espérer un nouvel élan pour une carrière qui s’essouffle, elle lui apporte son aide. Ils sont accompagnés d’une assistante sociale (Alice de Lencquesaing), jeune fille frêle à la parole mécanique. En outre, deux détenus : Kevin et Ange (Bernard Blancan). Le cours peut commencer.

Une histoire à l’intrigue inattendue se déroule sous nos yeux. Difficile de se douter qu’un atelier théâtre puisse amener à la confession. Or, celles qui nous sont dévoilées sont surprenantes et d’une violence indescriptible dans les émotions qu’elles transmettent. Les personnages se révèlent, les masques se désagrègent. « Intra muros » témoigne d’une maturité dramatique certaine, autant de son auteur que de ses comédiens, dans la férocité des thèmes abordés et l’énergie du texte.

Hymne à la vie

Un message : nous pouvons, par nos choix et notre courage, changer ce avec quoi dans nos vies nous ne sommes pas ou plus en accord. Que l’engrenage soit carcéral, social, familial ou professionnel, c’est à nous de décider d’en sortir. Il n’y a pas de déterminisme, mais toujours un espoir. La vie peut être dure, la vie peut être chienne, elle peut ne pas nous aider ni sembler vouloir de nous. Mais la vie est là, et nous sommes présents à elle comme elle se présente à nous. Alors ayons le courage de la vivre.

A la sortie du théâtre, je surprends une femme, émue, expliquer : « Ils te tiennent pendant deux heures d’émotion pure et d’un seul coup… » Et c’est vrai. C’est cela qu’Alexis Michalik et sa troupe parviennent à produire. Après avoir vécu « Intra muros », une certitude s’impose à nous, animés que nous sommes d’une flamme nouvelle : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. » (Victor Hugo, Les Châtiments, « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent… », Livre IV, 9, 1848).

 

Infos pratiques :

  • La Pépinière théâtre, 7 Rue Louis le Grand, 75002 Paris.
  • « Intra muros », 1h45.

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