À nous de jouer ! – Le jeu en valait-il la chandelle ?

À nous de jouer ! – Le jeu en valait-il la chandelle ?

Armé de sa caméra, le réalisateur Antoine Fromental tente de défendre une nouvelle conception de l’éducation avec « À nous de jouer ! », un documentaire à l’affiche le 8 novembre. Dans le cadre d’un lycée dit difficile à Clichy, nous retrouvons des classes de théâtre et de rugby, peut-être les points de départ d’une nouvelle vision de l’apprentissage.

Dès les premières images à l’écran, une question : Peut-on changer l’école ? Le film veut prouver que oui. Pari réussi ? Moyennement. Il manque une fulgurance.

Une rencontre

Le film est constitué d’une série de portraits d’adolescents, certes issus de la banlieue parisienne jugée difficile, mais qui s’avèrent être sensibilisés à des problématiques philosophiques, politiques et religieuses. Plus que le tableau des marginaux de la société, le film propose celui de la jeunesse. Aussi, si l’action couvre deux classes entières, le film se concentre plutôt sur des personnalités précises, et avec qui nous voyageons durant toute leur année. Le réalisateur leur accorde une parole libre de tout jugement, les laisse divaguer sur une multitude de sujets.

Cependant, s’ils s’éloignent du cœur de la problématique du film qu’est l’éducation, ces parenthèses humaines donnent une âme. On rencontre l’humain derrière l’élève. L’intimité est renforcée par l’absence totale des parents, ce qui participe à la pureté du dialogue des élèves. Le montage musical, avec ses morceaux pop qui crient la bonne humeur, force cependant un peu trop la main du spectateur. On rompt avec cette authenticité.

Un égarement

Si le postulat d’origine traite d’une répartition entre les classes de théâtre et rugby, cette dernière est clairement en retrait. Très vite, le propos s’oriente sur les aventures de la classe de théâtre. Délaissant les élèves de rugby, aux ambitions peut-être plus banales. Le film y reviendra de temps à autre sans grande conviction. On assiste à quelques plans sur leurs performances, ainsi que des entretiens avec les entraîneurs et le proviseur, mais le propos perd de son envergure. Chacun tente de lier l’esprit sportif à la réussite scolaire, comme pour rappeler le propos du film que le spectateur a perdu.

Un projet qui n’aboutit pas

Or, c’est là où le bât blesse. En effet, il est indéniable que les élèves en classe rugby et de théâtre s’épanouissent dans leurs disciplines, mais à aucun moment cela n’a d’impact sur le reste de leur scolarité. Ainsi, le documentaire ne parvient pas à nous montrer l’importance de ces classes à option. Il manque cette fulgurance durant laquelle un élève change, se découvre vraiment à travers ces enseignements.

Dès le début, un professeur remarque que les élèves de ces classes se comportent mieux que les autres. Autres que l’on ne verra jamais, et cette absence de comparaison qui heurte le propos du film. Changer l’éducation certes, mais de quoi vers quoi ? En nous présentant ses meilleurs élèves, le film oublie de nous montrer l’alternative, la « classe difficile » qui nous ferait dire « heureusement qu’il y a ces classes à options ! »
Par conséquent, le film nous donne des clés qui n’ouvrent pas de porte. Malgré sa bonne volonté, il n’a en fin de compte rien de spécial à montrer. Vers la fin du film, le principal dit en parlant de la classe théâtre « c’est une belle histoire ». Une citation à peut-être nuancer.

Crédit photo : Affiche du film

 

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