The Square ou la maîtrise du chaos

The Square ou la maîtrise du chaos

The Square, sorti le 18 octobre dernier, a reçu un accueil mitigé lors de sa sortie. Le film couronné par la Palme d’Or à Cannes cette année est considéré comme génial pour les uns tandis que les autres lui reprochent certaines facilités. Analyse.

Le film du réalisateur suédois Ruben Östlund, connu également pour Snow Therapy sorti en 2015, nous plonge dans l’univers d’un musée d’art contemporain en Suède et trace le portrait de son conservateur.

To Art or Not to Art

La personnalité ainsi que la profession de Christian (Claes Bang), le conservateur du musée, nous fait pénétrer dans le monde restreint et élitiste de l’art contemporain. En effet, ce type d’art se caractérise par la réalisation d’œuvres qui peuvent adopter différentes formes, couleurs et s’apposer sur différents supports. Ses détracteurs regrettent parfois certaines facilités quant à des installations jugées simplistes à leurs goûts et qualifiées « d’œuvres artistiques ». Ainsi, la scène avec l’installation faite de plusieurs tas de graviers s’inscrit dans ce questionnement sur l’art contemporain et vient nous arracher un sourire à la vue du grotesque de la situation.

Le spectateur s’interroge sur ce qui « fait art », ce qu’il est et ce qu’il doit transmettre, mais aussi ce qui peut être caractérisé comme tel et ce qui ne l’est pas. Certains spectateurs pourront ainsi se ranger du côté des détracteurs et pointer les dérives de l’art au XXIème siècle.

Critiquer les dérives de nos sociétés modernes…

Une des critiques formulées tout au long du film concerne la pauvreté et les inégalités sociales. Ces thématiques sont incarnées par la figure du mendiant. En effet, elle est omniprésente et souligne par là le réel décalage entre ce petit cercle d’amateurs d’art qui gravitent autour du musée et ces individus en marge de la société. Les interactions entre les deux mondes se produisent à plusieurs reprises, mais ne servent qu’à mieux souligner leurs étanchéités respectives. Cela permet ainsi au spectateur de s’interroger sur la pauvreté et les individus qui l’incarnent, mais aussi la façon dont la société perçoit ces inégalités internes et les régule.

Une autre critique réside dans le phénomène du « buzz ». En effet, le XXIème siècle est caractérisé par une prépondérance de l’image et des supports vidéo amenant à la formation d’une « société d’image ». Ce type de société se complexifiant, notre société évoluerait vers une société « du buzz et du clash » où tous les coups sont permis pour faire monter les baromètres d’audience et attirer l’attention d’un public plus large.

Dans cette perspective, le musée met en place une campagne-choc dont le but est d’être virale sur Internet afin de faire connaître son exposition « The Square » et donc de générer de la curiosité et de la demande. Il faut encore une fois noter ici le profond décalage entre les images violentes de la campagne et l’objet de « The Square » qui se veut être « un carré ou l’altruisme règne en son sein ».

… et l’animalité de l’Homme

Lors de la scène du dîner, les convives assistent à la performance d’un artiste imitant un singe. Le spectateur se retrouve dans un univers royal feutré et symbole de la bonne société. Mais la performance tourne mal et quelqu’un se décide à intervenir pour l’interrompre. On notera ici la métaphore particulièrement intéressante de la meute qui une fois l’animal blessé se met à l’attaquer… symbole de l’animalité ou de la lâcheté humaine ? Le débat reste ouvert.

Ruben Östlund signe ici un très bon film jouant sur les paradoxes et les dérives de notre société. Le spectateur sourit et rit plus d’une fois face à l’absurdité de certaines situations et appréciera l’esthétisme de certaines scènes. Il sera également mis en tension lors de la performance avec « l’homme-singe  »… à moins que ce ne soit le « singe-homme » ? Une œuvre qu’on ne peut que recommander.

Crédit photo : Allociné