Paradise Papers : qui se cache derrière le Consortium des journalistes ?

Paradise Papers : qui se cache derrière le Consortium des journalistes ?

Sandrine

Les «Paradise papers» est le nouveau scandale fiscal qui fait suite à une fuite de documents du cabinet d’avocats Appleby. Des journalistes du monde entier ont collaboré pour analyser les données récoltées. Qui sont-ils?

Le 5 novembre, en début de soirée tous les médias annoncent une fuite massive de données fiscales, ce sont les «Paradise papers». La coordination des publications et le nom lui-même, évoquent les «Panama papers» qui avaient secoué la planète en 2016. Et pour cause : une seule et même organisation est derrière les deux affaires, le Consortium international des journalistes d’investigation.

Qui se cache derrière le Consortium international des journalistes d’investigation?

À 19h précise, le 5 novembre, plusieurs sites d’informations européens dont Le Monde et Radio France, ont publié un certain nombre de contenus basés sur une immense fuite de données. Plusieurs millions de documents confidentiels du cabinet d’avocats Appleby. Ce dernier, spécialisé dans l’optimisation fiscale à une échelle internationale est au centre de ces révélations. L’affaire, qui n’en est qu’à ses débuts, n’est pas sans rappeler le scandale des «Panama papers» d’avril 2016. Cela n’est guère étonnant puisque comme leurs noms le suggèrent, les deux enquêtes sont intimement liées. Une même organisation a coordonné au niveau mondial les deux affaires «Papers»; l’influent, mais encore méconnu Consortium International des Journalistes d’Investigation ou ICIJ.

Il s’agit d’une organisation à but non lucratif créée en 1997 par un journaliste d’investigation américain, Charles Lewis comme émanation du Center for Public Integrity né 8 ans plus tôt. Les deux structures sont similaires, seul leur domaine de compétence varie : le Center for Public Integrity a une vocation purement nationale, en l’occurrence américaine, quand son petit frère dont il est officiellement indépendant depuis février 2017, a une vocation mondiale. Elles sont toutes deux financées par mécénat et dons privés qui s’affichent de façon transparente sur son site internet (www.icij.org.)

381 journalistes ont collaboré, 96 rédactions représentant 67 pays

L’objectif de ce consortium est de favoriser la concertation entre entreprises de presse concurrentes. À l’heure où les réductions budgétaires affectent une grande partie des médias mondiaux, le travail d’enquête et les moyens qu’elles impliquent sont devenus financièrement peu viables. L’ICIJ a vocation à dépasser cette difficulté en mettant en commun le travail de centaines de journalistes. Environ 200 journalistes représentent le consortium sur toute la planète. Pour les «Paradise papers», 381 journalistes ont travaillé dessus, issus de 96 rédactions représentant 67 pays. Surtout connu en France pour les enquêtes liées à la fiscalité, le domaine de compétence est plus large, touchant les problématiques transfrontalières, mais aussi «les industries polluantes, les réseaux criminels transnationaux, les États voyous et les actions de personnalités influentes du monde des affaires et du gouvernement».

Comment s’organise le travail d’autant de journalistes?

Les journalistes de multiples nationalités du consortium se représentent comme une «rédaction virtuelle». Après le partage des données obtenues, chaque média privilégie un ou plusieurs angles, souvent en relation avec leur pays, qu’ils exposent à l’ICIJ. En retour, celle-ci joue un rôle de passerelle entre médias ayant des angles communs. Il joue également un rôle de centralisation des informations, fournit la trame principale qui ressort des documents et divers outils de communications cryptés et de data-journalisme. Enfin, elle coordonne l’ensemble des révélations, une heure et une date précise sont fixées, avec certaines conditions de confidentialité. Les médias impliqués se sont par exemple engagés pour les «Paradise papers» à ne solliciter les personnes impliquées par les documents que quatre semaines avant la révélation mondiale.

Pour trouver ces documents l’ICIJ propose, à l’image de beaucoup de médias actuels, un espace dédié sur leur site où un citoyen lambda peut fournir des documents potentiellement intéressants. Le site propose même des conseils afin que le lanceur d’alerte puisse crypter ses données pour éviter de s’exposer. Mais le plus souvent ce sont des journaux qui partagent des données qu’ils n’ont pas la capacité de traiter eux-mêmes : en février 2014 Le Monde reçoit des documents internes de la banque suisse HSBC. Le journal de référence français choisit de partager avec l’ICIJ pour mutualiser les efforts. L’affaire est révélée au grand public, toujours de façon coordonnée, un an plus tard sous le nom de SwissLeaks. Plus récemment, le journal allemand Süddeutshe Zeitung semble avoir l’une des meilleures sources du monde journalistique puisqu’après les «Panama papers», c’est à nouveau lui qui est à l’origine des tout aussi exotiques «Paradise papers».

Crédit photo : ICIJ