Catalogne : Quelle stratégie pour le mouvement indépendantiste ?

Catalogne : Quelle stratégie pour le mouvement indépendantiste ?

Le gouvernement espagnol a mis, le 27 octobre, sous tutelle la Catalogne. Carles Puigdemont est parti pour la Belgique. La mobilisation populaire s’essouffle. Le mouvement indépendantiste catalan semble être en pleine perte de vitesse.

Les indépendantistes catalans se retrouvent aujourd’hui face à la nécessité de légitimer leur combat vis-à-vis de la communauté internationale. Plus particulièrement de l’Union européenne qui refuse de se mêler du conflit espagnol. L’adoption d’une stratégie claire devient alors nécessaire pour justifier les envies d’indépendance catalane au regard du droit international.

Si le droit à l’autodétermination est aujourd’hui une règle de droit international largement reconnue, elle ne l’est cependant pas pour tous les cas de figure. En effet, ce droit est originellement destiné aux peuples opprimés et particulièrement aux anciennes colonies. Il apparaît difficile pour les Catalans de se dire soumis au gouvernement espagnol qui leur a accordé un statut spécial, les autorise à parler leur langue et à avoir leur propre Parlement. L’indépendance de la Catalogne ne saurait donc être vue comme une manière pour la région espagnole de se soustraire à une domination coloniale ni une manière d’établir une société démocratique qui est déjà instituée en Espagne.

Adopter le rôle des « opprimés », la stratégie des indépendantistes ?

Face aux difficultés qu’ils rencontrent pour justifier leurs velléités d’indépendance vis-à-vis de la communauté internationale, les indépendantistes semblent avoir profité des réticences de Madrid pour adopter un statut de victime dont les droits sont bafoués. La répression du scrutin pour l’indépendance puis les poursuites judiciaires à l’égard des responsables politiques semblent en réalité faire le jeu des séparatistes catalans. Ils ont, en effet, réussi à provoquer le gouvernement espagnol qui, dans sa colère, a adopté des mesures pouvant paraître peu démocratiques, en réprimant le scrutin et en arrêtant les responsables politiques. Celles-ci pourraient au contraire légitimer Carles Puigdemont et sa majorité. La lutte pour l’indépendance prend alors pour motif la démocratie, la liberté du peuple et la mise en place d’une République.

En se faisant accuser de rébellion et en fuyant en Belgique, le Président de la Généralité de Catalogne a ainsi adopté le rôle du leader politique opprimé. Contraint d’organiser la résistance de l’extérieur, à l’image du général de Gaulle en 1940. Carles Puigdemont ne dispose cependant pas du soutien de son pays d’accueil, ce qui complique sa lutte, qui pourrait prendre fin avec sa mise en garde à vue par la justice belge.

Les risques de l’effacement politique

Menacé par la justice espagnole, Carles Puigdemont a choisi de partir en Belgique. L’effacement des différents responsables politiques indépendantistes pourrait cependant essouffler la mobilisation populaire. Ce qui accentue la période d’incertitude succédant à l’enthousiasme débordant qui précédait le vote et la proclamation du résultat. Les partisans de l’indépendance de la Catalogne, euphoriques dans un premier temps, prennent peu à peu conscience des limites de leur choix. Les décisions prises par de nombreuses entreprises de délocaliser leurs sièges sociaux hors de Catalogne  est un coup dur pour la région.

L’économie fait ainsi pression sur les aspirations indépendantistes. Ce qui permet d’expliquer partiellement l’essoufflement du mouvement populaire qui se manifeste particulièrement en Catalogne. Où, seulement quelques semaines après le referendum, tout le mouvement indépendantiste semble s’être arrêté brutalement. Le choix, parfois contraint des dirigeants catalans, de s’effacer de la scène politique, semble dangereux pour la survie du mouvement indépendantiste.

crédit photo : world bulletin