Barbarians : « Rien d’autre qu’un état d’esprit »

Barbarians : « Rien d’autre qu’un état d’esprit »

Stade Chaban-Delmas, habituellement antre de l’Union Bordeaux-Bègles, théâtre vendredi 10 novembre 2017 d’un match qui a tenu toutes ses promesses. Face à face, Maoris et Barbarians. Deux équipes, deux esprits, un seul but: gagner.

Venus tout droit de Nouvelle-Zélande, les Maoris All Blacks avaient à cœur de jouer, de gagner et de marquer les esprits. Face à eux, des Français, maillot rayé, déterminés, désireux de victoire. Des jeunes aussi. Surtout des jeunes. Encadrés par un emblématique capitaine aux mille sélections, Aurélien Rougerie.

C’est dans un stade à guichet fermé que les hymnes nationaux retentissent. S’en suit le mythique Haka, chant tribal unissant les Maoris à leurs racines, impressionnant leurs adversaires. Ou pas. Les Français ont montré leur état d’esprit devant un saisissant Haka: guerriers prêts à en découdre. Et ce pendant quatre-vingts minutes.

Premier acte serré

Les Barbarians débutent le match sur les chapeaux de roues, et pose dès lors problème aux Blacks. Une première occasion d’essai s’offre à eux avec une percée de Baptiste Couilloud, et voilà les Français dans le camp des Maoris sans réussir à conclure. Puis pertes de balle et fautes consécutives offrent aux Maoris l’opportunité d’ouvrir le score. C’est chose faite avec leur demi d’ouverture Jackson Garden-Bachop. Les Baabaas répondent aussitôt avec une pénalité du Toulousain Thomas Ramos.

Puis, les occasions d’essais s’enchaînent. La première viendra d’une percée de Jean-Baptiste Dubié, son partenaire de club Mahamadou Diaby au soutien, mais les Blacks récupèrent le ballon. La deuxième, de Pierre Aguillon, au sein même des 22 mètres adverses sans arriver à faire la dernière passe. Mais la troisième est la bonne : après un contre du Toulonnais Swan Rebbadj, Baptiste Chouzenoux aplatit dans l’en-but adverse. Non transformé par l’arrière Thomas Ramos, le score en reste à 8-3.

Les Maoris, très joueurs, refusent de prendre les points au pied, tentent de marquer. Baptiste Chouzenoux récupère le ballon sur le lancer en touche des Blacks, tout le monde rentre au vestiaire.

 

Baptiste Chouzenoux auteur du premier essai des Barbarians              Crédit photo : Isabelle Curé

« Le plus des cadeaux »

Au retour des vestiaires, les Maoris reviennent plus que déterminés. Et marquent dès la reprise : 8-8 de part et d’autre, tout reste à faire. La réaction française ne se fait pas attendre : un maul se construit, avance et en conclusion un essai du talonneur Adrien Pélissié. Les Néo-Zélandais ne s’avouent pas pour autant vaincus. Un essai refusé pour en-avant, avertissement sans frais. Les phases de jeu se multiplient, l’engagement est maximal, le manque de lucidité provoque des fautes. Et les esprits s’échauffent notamment suite à un placage dangereux sur Mahamadou Diaby du Maori Jordan Manihera. La sanction tombe après quelques minutes : carton jaune.

En supériorité numérique, les Barbarians tentent de grappiller encore quelques points, histoire de se mettre à l’abri. Malgré encore un très bon ballon porté, les Baabaas n’arrivent pas à conclure. Leurs efforts seront toutefois récompensés avec deux pénalités et six points de plus.

La détermination des hommes en noir reste sans faille. De retour dans le camp français, ils marquent. D’abord refusé, l’essai devient un essai de pénalité à la suite d’un placage haut de Florian Fresia qui écope d’un carton jaune. Sept points de plus, et revoilà les Blacks à quatre points (19-15). Une faute de main de Romain Ntamack offre une très belle touche dans les 22 mètres à ses adversaires. Touche réussie par les Maoris, Swan Rebbadj vient encercler le porteur de balle, et obtient avec l’aide de ses coéquipiers une mêlée qui s’avérera décisive pour l’issue du match.

Homme à tout faire, Aurélien Rougerie vient combler le sous-nombre en mêlée. Et les hommes de Franck Azéma récupèrent une pénalité. Plus que quelques minutes à jouer, le but : conserver le ballon. Les joueurs enchaînent les rucks, le jeu au près. Il n’y a plus qu’à envoyer le ballon en touche pour donner la victoire. Le public exulte comme les joueurs. La victoire est belle, la performance magnifique. « Le plus des cadeaux » pour Aurélien Rougerie qui disputait là son dernier match international à 37 ans.

 

Dernier match international pour le Clermontois Aurélien Rougerie          Crédit photo : Isabelle Curé

Sans grande expérience, mais avec la volonté de gagner

Avec seulement cinq jours de préparation, le staff clermontois mené par Franck Azéma devait construire un groupe, un collectif capable de jouer un beau rugby. Trouver les automatismes, mettre en place les combinaisons avec si peu de temps. Et pourtant, les Barbarians ont rendu une copie très propre malgré certaines imprécisions. Les joueurs ont su envoyer du jeu au large, construire des actions menant à des essais, proposer de beaux enchaînements, créer de belles avancées avec notamment des ballons portés. Gestes techniques et autres offloads étaient aussi de la partie.

Défensivement, les Baabaas ont montré qu’ils pouvaient leur tenir tête, valeureux et courageux sur chaque action. À l’image d’un Baptiste Couilloud sauvant un essai à cinq mètres de la ligne d’en-but, ou d’un Swan Rebbadj excellent en contre.

L’esprit Baabaas

Être Barbarians, c’est la culture de la gagne, d’un rugby simple sans trop se prendre au sérieux. Sans vraiment penser au résultat. Juste jouer pour jouer. Juste pour prendre du plaisir. Du plaisir sur le terrain comme en tribunes. Marseillaise, Peña Baiona, Petit Papa Noël ont retenti dans le stade, ponctué de claps. Aussi, des centaines de lampes torches portables scintillaient telles des lucioles dans un stade ravi de voir à quel point le rugby peut être beau à regarder. Et ceux malgré la pluie.

Auparavant équipe honorant les anciennes gloires du rugby français, offrant l’occasion de jouer à des joueurs n’ayant (soi-disant) pas le niveau pour être international A, l’équipe des Barbarians est devenue un XV de France B. Car, petite révolution chez les Baabaas, les jeunes sont mis en avant. D’ailleurs, l’équipe n’a jamais été aussi jeune. Des jeunes rugbymen qui ont montré de bonnes choses même si tout n’a pas été parfait. Pour encadrer cette jeunesse, quelques joueurs plus ou moins expérimentés. Mais surtout un emblématique capitaine, Aurélien Rougerie, apportant calme et conseils, remettant parfois ces jeunes dans le match, comme un grand frère transmettant le flambeau. Il a d’ailleurs était « ravi de passer cette semaine exceptionnelle » avec ces jeunes à qui il souhaite « une belle et longue carrière ». Appelant même les clubs à les faire jouer chaque week-end.

L’esprit des Baabaas n’est pas mort malgré ce petit changement de cap. Son rôle a changé. Lancer des jeunes comme nouvelle perspective. Qu’ils aient débuté la rencontre comme titulaires ou remplaçants, les joueurs ont offert un match à la hauteur des attentes. Montrant qu’on pourrait compter sur eux à l’avenir, car certains transformeront le bleu des Barbarians en bleu du XV de France.

Crédit photo : Isabelle Curé