Argent Amer : A la découverte des couturiers du monde

Argent Amer : A la découverte des couturiers du monde

Film documentaire ayant obtenu le Prix Orizzonti du meilleur scénario à Venise, le nouveau film du chinois Wang Bing sortira en France le 22 novembre prochain. Après deux années de tournage, le cinéaste nous emmène au plus près des ouvriers textiles chinois. En prenant son temps le film parvient à un degré d’authenticité rarement atteint qui ne manquera pas d’émouvoir son public.

Grand documentariste, le cinéaste chinois Wang Bing signe une nouvelle oeuvre tout en finesse et en réflexion.

Il est appréciable de voir un documentaire d’une si profonde honnêteté. Ce film n’est pas présenté comme une enquête, un reportage, ou une leçon d’histoire. Non, c’est simplement un homme (Wang Bing) qui, à travers l’œil de sa caméra, nous partage une expérience ayant occupé deux ans de sa vie. Pourquoi le cinéaste devrait-il cacher sa présence ? De peur de ne pouvoir capter le réel ? Wang Bing n’est pas de cet avis. Il s’intègre dans un milieu social jusqu’à en faire partie afin de nous livrer une expérience véritable.

Cette expérience est celle d’hommes et de femmes qui quittent les campagnes pour travailler dans l’un des 18 000 ateliers textiles d’Huzhou, une ville de la province du Zhejiang. Bas salaire, conditions de travail et de vie abominables, on n’apprend rien de nouveau. Ces informations nous parviennent presque quotidiennement dans les médias. Mais savoir n’est pas connaître, or le film est véritablement un travail de rencontre avec des personnes. Ainsi, on a l’impression de connaître un peu mieux leurs peines et leurs espoirs.

Une violence réelle

Leurs peines parce que le film reste redoutable pour qui n’est pas prêt à une violence aussi directe. On peut citer la scène particulièrement dérangeante où un homme agresse physiquement et verbalement (« Je vais te tuer ! ») sa femme. Soudain, on se rend compte de notre proximité avec ces personnes et leurs actions. Le montage ne nous fait pas de cadeau. Aucune coupe ne vient interrompre ce plan long de plusieurs minutes qui nous fait crier intérieurement : « Mais arrête-le ! ». Ce cri s’adresse à Wang Bing, et interroge le statut du documentariste. En effet, le film ne s’arrête pas, et Wang Bing n’intervient pas à l’instar des amis de l’homme qui se chargent de protéger la femme. La catastrophe est évitée, mais on ne peut s’empêcher de se poser cette question d’ordre moral : aide-t-on les personnes dont on filme la misère ?

Une lueur d’espoir

Impossible de répondre, cette question est faite pour rester ouverte car chaque cinéaste doit se la poser constamment. Néanmoins, pour le cas précis d’Argent Amer on peut parler d’un souffle d’espérance qui parcourt le film. Nombreux sont les ouvriers qui parlent d’un avenir meilleur, vers de plus grandes villes, ou en retournant à la campagne avec leur famille. Il semblerait que le message du film se trouve dans cet espoir qui nous accompagne tout du long. On ne peut pas oublier la misère puisqu’on l’observe pendant plus de deux heures, et en même temps les personnes filmées ne nous permettent pas de nous apitoyer sur leur sort. Wang Bing parvient de cette manière à créer une relation entre son spectateur et son sujet, qui n’est plus seulement de l’information mais plutôt de l’ordre de la sensation, du sensible à proprement parler.

Finalement, il nous faut recommander ce film autant pour les amoureux du documentaire que pour les novices. Les uns pourront creuser leurs questionnements propre au genre, tandis que les autres vivront une expérience personnelle et intime qui traverse le grand écran pour arriver jusqu’au cœur.

crédit photo : les acacias

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