Fermez les frontières, pas mes comptes !

Fermez les frontières, pas mes comptes !

La semaine dernière, la cheffe du FN a dû faire face à une crise de grande ampleur dans son parti. Les comptes du Front National domiciliés à la Société Générale depuis 30 ans ont été fermés, ainsi que celui personnel de Marine Le Pen à la HSBC.

C’est une décision qui surprend et que les frontistes dénoncent comme une « persécution judiciaire massive », comme le déclare Marine Le Pen dans sa conférence de presse.

Le Front National en PLS (Position de Liquidité Souffrante…)

Le FN est paralysé. Les comptes sont fermés. Le Parti s’est tourné vers la Banque de France faisant valoir son droit d’avoir un compte. C’est le Crédit du Nord (une filiale de la Société Générale…) qui s’est vu demandé d’ouvrir le compte. La banque a décidé de ne pas donner de chéquier et ne permet pas au parti de recevoir des paiements par carte bancaire. Autant dire que le FN est pieds et poings liés, et ne peut ni recevoir de don ni d’adhésion de militants. Un problème de fond pour le parti qui ne peut plus se financer.

Une décision politique ?

Pour Marine Le Pen, c’est une « décision politique de la Société Générale ». La question se pose en effet. La Société Générale aurait-elle voulu fermer le compte du Parti ? Plusieurs arguments peuvent pencher en ce sens. D’abord compter dans ses clients le Front National peut présenter un risque pour d’autres clients qui ne voudraient pas avoir un compte dans la même banque que le FN. Le FN également étant un parti contre l’Europe, l’euro, une opposition idéologique de fond existe et pourrait motiver une telle décision.

Marine Le Pen, a d’ailleurs joué la carte de la mauvaise foi bancaire en rendant publique la conversation téléphonique qu’elle a eu avec son banquier. L’entretien reste flou, la décision prise est motivée par un soi-disant « manque d’informations » et est irrémédiable. Ce qui laisse entendre, comme le dit Marine Le Pen, que la raison est autre, mais que la banque refuse de dire. Mais pour autant, est-ce une décision véritablement « politique » ?

De là à fermer un compte ?

Là est toute la question. Si c’est une décision politique, la Société Générale aurait pu la prendre bien avant. Le FN est leur client depuis plus de 30ans ! Qui plus est, le FN a connu des difficultés financières par le passé, et jamais la question du compte n’a été remise en question. D’après la Société Générale, ces décisions ont été prises en début d’année 2017, et sont effectives maintenant. Peut-être là une volonté de ne pas perturber l’élection présidentielle… La décision, si elle avait été politique, aurait été bien plus forte de conséquences si elle avait été effective plus tôt…

Alors pourquoi ?

C’est là toute la question ! Non seulement le parti s’est vu fermer ses comptes, mais Marine Le Pen également. Ce qu’il faut savoir, c’est que les banques sont garantes de la légalité des fonds de leurs clients. Si elles ont des doutes, elles doivent solliciter un organisme d’État chargé d’enquêter sur les fonds bancaires : TRACFIN. C’est une enquête secrète dont seule la banque est au courant. Marine Le Pen, hier chez Bourdin, disait que s’il y avait soupçon sur les fonds du FN, une enquête serait en cours. Ce qu’elle ne dit pas, c’est que si tel était le cas, elle n’en saurait rien… Et c’est là que c’est intéressant. La banque peut être tenue responsable également. En effet elle est garante de la légalité des fonds de ses clients. La décision de clôture peut, peut-être, trouver là son explication ainsi que le silence du banquier. En effet, si une enquête était en cours, le secret judiciaire l’empêcherait de parler, sans avoir de TRES gros problèmes. Ce qu’oublie de dire Marine Le Pen et qui conforte cette hypothèse, c’est qu’un autre compte a été fermé, celui d’un homme : Jean-Luc Schaffhauser.

Direction Russie !

C’est là que l’affaire prend une dimension très intéressante. 3 comptes ont été fermés : celui du Parti, de Marine Le Pen et de Jean-Luc Schaffahauser. C’est ce qu’explique notamment Marine Turchi, journaliste à Médiapart, qui a longuement enquêté sur le Front National.

Ce dernier est l’homme qui a négocié l’emprunt du FN à des banques russes pour financer la campagne présidentielle de 2017. La décision politique, pour un compte vieux de 30ans laisse donc à réfléchir, mais pas bien longtemps…  Surtout que cette décision peut fragiliser la Société Générale qui, peut-être perd des clients en hébergeant le FN, mais qui risque d’en perdre également dans les soutiens du FN ! Cette surexposition médiatique n’est jamais bonne pour une banque. Seule une bonne raison a pu motiver une telle décision…

En tout cas des plaintes ont / vont être déposées à l’encontre des banques. La traînée de poudre s’est enflammée… !