Croissance mondiale : une Cassandre éclairée

Croissance mondiale : une Cassandre éclairée

L’OCDE a publié ce mardi ses prévisions sur la croissance mondiale. Celle-ci devrait atteindre 3,6 % en 2017, 3,7 % en 2018 puis 3,6 % en 2019. La croissance est jugée solide à court terme. Mais la faiblesse de l’investissement, la vulnérabilité financière et les inégalités économiques ne la rendent pas assez inclusive et soutenable à long terme.

C’est un appel, une mise en garde qu’a lancée ce mardi l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). L’organisation pointe les faiblesses de l’investissement privé, de l’inflation et la stagnation des salaires. Cela risque de peser sur la croissance à long terme. Catherine Mann, responsable des études économiques de l’OCDE, a ainsi déclaré : «La situation paraît vraiment bonne aujourd’hui. Mais si l’on ne voit pas d’activité robuste et de renouvellement du stock de capital dans le secteur privé, ce qui permettra de générer des salaires plus élevés, on ne réussira pas à maintenir le rythme de croissance actuel».

Le ralentissement est prévu dès 2018 pour la zone euro, passant de 2,4 % à 2,1 %. Pour les États-Unis, ce sera de 2,2 % en 2017 à 2,5 % l’année d’après. Le Royaume-Uni stagnerait autour de 1 % de croissance jusqu’en 2019 à cause des effets encore incertains du Brexit.

Ángel Gurría a abordé, lors de la traditionnelle conférence de presse, la question centrale du XXIe siècle : le lien entre la croissance et les émissions de carbone. Avec la reprise économique, le secrétaire général de l’OCDE a déploré la reprise de l’augmentation des émissions mondiales de carbone. Elles avaient pourtant stagné pendant 3 ans. L’objectif principal pour les prochaines années doit être de «Désarticuler la croissance des émissions et la croissance du PIB». L’OCDE avait publié  en mai dernier un rapport préconisant des bouquets de politiques en ce sens (Investing in Climate, Investing in Growth).

Des sources de fragilité

L’OCDE a mis en évidence trois sources principales d’incertitudes qui pourraient peser sur la croissance à moyen terme :

  • Les taux d’intérêt et une volatilité des marchés faibles ont poussé les agents à adopter des comportements plus risqués;
  • L’endettement des entreprises est très préoccupant et la faiblesse de l’investissement engendre de faibles gains de productivités;
  • L’importante dette des ménages dans certains pays (notamment la Chine) les rend très vulnérables aux chocs compte tenu également de la faiblesse de la croissance des salaires qui pèse sur la demande.

Ángel Gurría a insisté sur l’importance de «qualité de la croissance». En effet, les chiffres montrent que les faibles taux d’investissements pèsent sur le progrès technique. Les gains de productivité ne se traduisent pas par des augmentations de salaire. Il y a même un paradoxe : certains pays sont proches du plein emploi (États-Unis, Allemagne), du moins sur le papier, mais les salaires ne progressent pas.

Une situation semblable à celle d’avant la crise de 2008

Le revenu des ménages dans les pays de l’OCDE stagne et les revenus les plus faibles chutent. Il est aisé de faire un parallèle avec la situation d’avant crise en 2006-2007. C’est précisément «l’incapacité de la société américaine à fournir des salaires décents aux classes moyennes» (Attali, 2008) qui a déclenché les premiers défauts sur les crédits hypothécaires. En effet, cela a engendré la chute du cours des produits dérivés ayant infesté les bilans des banques du monde entier. Ainsi peut se résumer de manière sommaire la crise de 2008. On comprend alors les craintes de l’OCDE et d’autres analystes face à la stagnation des salaires et la montée de l’endettement privé.

L’endettement des ménages et des entreprises est au-dessus des niveaux de 2005, avant la crise financière. Catherine Mann a parlé d’une forte probabilité d’un choc financier qui marquerait un coup d’arrêt à la reprise mondiale actuelle. Probabilité qui va s’accentuer avec le resserrement de la politique monétaire progressif entamé par la FED et la BCE.

Préconisations

L’OCDE préconise donc des politiques économiques favorables à l’investissement des entreprises. Cela servirait à accélérer l’augmentation de la productivité et voir enfin les niveaux des rémunérations réelles et de croissance s’améliorer. La croissance doit donc être plus inclusive.

Par ailleurs, les légitimes inquiétudes quant à la stabilité financière mondiale doivent être prises au sérieux par les banques centrales et les gouvernements. Des politiques de limitation de la croissance des crédits et de supervision des acteurs non bancaires sont à mettre en place.

Catherine Mann a rappelé que c’est le secteur privé qui porte la croissance à long terme par l’investissement. À cet égard, les résultats ne sont pas satisfaisants. L’action politique doit «permettre au secteur privé de jouer son rôle pour une croissance plus inclusive et pérenne et équilibrée.»