XV De France : Ça a mal tourné

XV De France : Ça a mal tourné

Il est des scénarios qui se répètent encore et encore. Comme une histoire sans fin, sans issue. Pourtant, l’ambition était là, les joueurs se disaient prêts, le staff confiant. L’espoir fait vivre, la réalité sur le terrain est toute autre. Bilan pour l’équipe de France de rugby : deux matchs perdus et un match nul. 

Objectif trois victoires. Dans cette quête finalement déchue, Guy Novès et son staff avaient concocté un groupe remanié face aux nombreuses blessures. Sous les feux des projecteurs, des jeunes aux côtés de joueurs peu expérimentés. Les individualités de chacun mises au profit du collectif devaient mener à une équipe compétitive. Résultat ? Une équipe attentiste, dépassée, sans solution, n’arrivant pas à mettre en place un jeu plaisant, et ce pendant toute la durée de la tournée.

Acte 1-Scène 1 : France VS Nouvelle-Zélande

Les joueurs s’élancent face caméras dans un combat qui s’annonce rude face à des All Blacks difficiles à battre. Le Haka retentit. Les Bleus ne sont pas impressionnés. Et pourtant, ils seront tout au long du match l’ombre d’eux-mêmes. Des Bleus hagards et attentistes, spectateurs des Blacks.

XV De France : Ça a mal tourné Sport  Face à face pour un combat qui commence dès les Haka                  Crédit photo : Isabelle Curé

Les Néo-Zélandais débloquent très rapidement leur compteur et plantent le décor d’une rencontre compliquée pour les Tricolores. Les minutes s’écoulent, le match tourne à l’avantage des Blacks. L’équipe de France réagit tout de même avec un essai de Teddy Thomas. L’espoir revient et laisse entrevoir un sursaut d’orgueil. En vain, les Blacks enfoncent le clou et anéantissent tout espoir de victoire avec deux nouveaux essais. Ils mènent alors 31 à 5.

Au retour des vestiaires, les hommes de Guy Novès réagissent. Ils marquent. Enfin, avec l’aide de Sonny-Bill Williams qui, sur une passe au pied d’Anthony Belleau, éjecte le ballon hors des limites du terrain, double sanction : carton jaune et essai de pénalité. Ensuite, la France ne cessera de défendre et encaisse un nouvel essai qui sonne le glas : 18-36. La fin de match est terrible, le score est là. L’échec aussi. Aucun des joueurs n’a été capable de faire basculer le match à l’exception d’Antoine Dupont.

En perdant son premier match, le XV de France épuise son joker : une défaite en quatre rencontres, elle n’a plus le droit à l’erreur.

Coup de théâtre ?

Cette fois, c’est à Lyon que l’équipe de France a rendez-vous avec la Nouvelle-Zélande. Nouvelle équipe pour un match de gala en semaine. Sans enjeu donc. À part de retrouver la gagne avec la manière.

Les joueurs entrent en scène en quête d’un succès. Ces Bleus montrent un autre visage que ceux qui ont défié les Blacks quatre jours auparavant : plus déterminés, plus soudés aussi, mais surtout qui jouent dans l’avancée. Toutefois, les Néo-Zélandais scorent en premier. La réaction des tricolores ne se fait pas attendre : après un beau mouvement collectif, Gabriel Lacroix vient aplatir derrière l’en-but. Les all blacks répondent immédiatement. Puis, Gabriel Lacroix intercepte le ballon et file dans l’en-but 80 mètres plus loin : un magnifique essai qui remet dans la course les Bleus. Les Tricolores rentrent même au vestiaire avec un point d’avance.

En seconde période, les Bleus n’avancent plus, ils essayent mais les Blacks sont bien plus forts et inscrivent deux essais en cinq minutes. Le banc se vide, le score ne bouge plus. Ainsi, il faut attendre la 73ème minute pour voir Henry Chavancy marquer, et laisser l’illusion que l’histoire pourrait ne pas se répéter. Un seul essai manque au XV de France pour remporter le match. Un seul essai, qui ne viendra jamais. La France concède une nouvelle défaite.

Bis repetita

Une semaine après l’échec face aux All Blacks, au casting d’une distribution made in XV de France, les acteurs restent les mêmes. Une seconde chance, histoire de pouvoir se racheter. De montrer le visage d’une équipe déterminée capable d’affronter les plus grands.

Déterminés et plus combatifs, les joueurs le sont. Plus réalistes, les Sud-Africains marquent d’entrée de jeu. Cependant, l’envie de gagner est là : Anthony Belleau conclut un mouvement collectif approximatif et marque son premier essai.

 XV De France : Ça a mal tourné Sport  Crédit photo : Isabelle Curé

À la reprise, ils passent devant au tableau d’affichage. L’espoir renaît, mais leur jeu devient illisible : fautes en pagaille, répétitions de passes approximatives et mauvais choix. Sans grande conséquence jusqu’à ce tirage de maillot de Baptiste Serin. Dix minutes au chaud, et les Springboks repassent devant. À son retour, il marque : 17-18. Encore quatre minutes à jouer, bien trop court pour que les Boks rentrent à la maison sans victoire. Ils s’inclinent, une fois de plus. Une fois de trop pour un public qui se lasse de voir une équipe échouer match après match.

Les Français peuvent remercier Handré Pollard, buteur malheureux échoue à plusieurs reprises. L’arbitre aussi, qui sur la faute de Baptiste Serin, aurait pu accorder un essai de pénalité. Il ne leur reste plus qu’un seul match pour redorer le blason d’une équipe qui ne fait plus rêver personne.

En avant-première

À Nanterre, la UArena, accueille les protagonistes d’un dernier épisode qui se doit de sauver l’honneur. Des nouveaux à l’affiche de ce France-Japon : Gabriel Lacroix, Sekou Macalou et Henry Chavancy font leur entrée.

A priori le public, venu découvrir ce « nouveau temple du rugby », s’attendait à un match alliant jeu et essais sans effets spéciaux face à un adversaire nettement à la portée de la France. Le sport n’est pas une science qui exacte, loin de là.

Les Japonais ouvrent le score en premier, déjà dans la construction d’un jeu qu’ils ne cesseront de développer : vitesse, rapidité, jeu à la main, gestes techniques, et voilà les Bleus déjà à la peine. Ils s’efforcent de jouer : Rabah Slimani  conclu un mouvement plus ou moins construit et le XV de France passe pour la première fois devant, pas pour longtemps.

XV De France : Ça a mal tourné Sport  Crédit photo : Isabelle Curé

À la pause, la Coupe Webb Ellis est venue découvrir cette salle. Jeu de lumière et stade plongé dans le noir pour une Coupe qui célèbre l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde 2023 en France. Elle laisse ensuite la place aux autres stars de cette soirée, les Japonais.

Après deux minutes, les Japonais marquent, les revoilà devant. La France continue de balbutier son rugby. Mais un éclair de génie laisse entrevoir une possible victoire. Une magnifique passe au pied de François Trinh-Duc arrive à point nommé dans les bras de Gabriel Lacroix qui marque, auteur quelques minutes plus tard d’une faute sanctionnée d’un un  carton jaune.

Puis, la France n’avance plus, recule sur chaque impact. Défense à reculons, sans grande agressivité. Dominateurs, les Japonais le sont. Marqueurs, aussi. Alors que la France inscrit trois nouveaux points, les Japonais recollent au score : 23-23. Il reste sept minutes aux Japonais pour créer l’exploit : ils tiennent en échec des Bleus encore une fois dépassés par l’évènement. La raison : le terrain synthétique ? L’éclairage? La première dans ce « stade » ? Ou un manque cruel de jeu ? En tout cas, le Japon est venu, a joué et a « gagné ». 23-23 écrit sur le plus grand écran, annonce la fin d’une tournée catastrophique, aux allures de néant, venant sceller l’issue d’une tournée finalement à sens unique, celui de la défaite.

XV De France : Ça a mal tourné Sport  Les mots du capitaine Guilhem Guirado n’y changeront rien, la France ne remporte aucun de ses quatre matches
Crédit photo : Isabelle Curé

Des airs de tragédie

Il est des tournées qui se ressemblent, un air de déjà en juin. Scénario sans artifice ni suspense. La défaite face aux All Blacks, fatalité, aurait pu faire réagir les Bleus qui ont peiné face aux Sudaf, proposant un remake de France-Nouvelle Zélande enregistré deux semaines plus tôt, face aux Japonais.

Par conséquent, aux yeux du monde, la France n’est plus une grande nation. Ainsi, cette tournée confirme le sentiment d’impuissance des Tricolores. Pâles, sans jeu, attentistes. Difficile de croire que cette équipe sera apte à rivaliser dans le Tournoi en février. Réponse au prochain épisode.

Crédit photo : Isabelle Curé