Hervé Berville : « Il faut continuer de faire vivre la démocratie »

Hervé Berville : « Il faut continuer de faire vivre la démocratie »

Jeune député de la 2e circonscription des Côtes-d’Armor, porte-parole du groupe de La République en Marche, nous sommes allés à la rencontre d’Hervé Berville. De ses relations avec son pays d’origine, le Rwanda, son parcours scolaire et politique et discussion sur l’actualité, voici notre interview avec la  première personnalité  à ouvrir le cycle des interviews politiques à la sauce Sorb’on.

Le parcours personnel

  • Êtes-vous retourné au Rwanda?

Oui, j’y suis retourné en 2015 pour la première fois. Avant je n’avais pas pu y retourner ou pas eu l’envie d’y retourner pour de nombreuses raisons, mais surtout je n’en ressentais pas le besoin car quand je suis arrivé en France, j’avais 4 ans, donc je n’ai quasiment aucun souvenir. Mais à un moment donné, je me trouvais au Mozambique, et je me suis dit «pourquoi pas?»

  • Vous avez fait votre parcours post-bac à Sciences Po Lille, pourquoi avoir choisi de faire un IEP? Est-ce parce que vous vouliez déjà entrer en politique?

D’abord j’ai toujours voulu être architecte, jusqu’à mes 16 ans, parce qu’en général ce sont des constructions visibles, qui ont un lien avec le passé et nous le remémore.  Quant à Sciences Po,  je savais que je voulais faire quelque chose qui était lié aux humanités, mais je n’avais pas envie de choisir dès l’université une seule voie. J’ai intégré, après mon bac S, une CPGE à Saint-Brieuc pour ensuite être admis à Lille. J’ai apprécié cette ville à taille humaine, qui se trouve au carrefour de nombreuses capitales européennes. Finalement, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire et c’était la voie la plus intéressante qui mêlait l’économie et la politique.

  • Pourquoi la LES (London School of Economics)?

Je savais qu’au fur et à mesure je me faisais une meilleure idée de ce que je voulais faire et c’était à la frontière entre l’économie et la politique. Un de mes maîtres de stage à l’ambassade de France au Mexique, disait qu’il était plus facile de passer de l’économie à la politique, que l’inverse. La LSE est axée vers l’international, le programme m’intéressait beaucoup également, il me permettait de travailler avec des gens qui viennent de partout.

  • Passons maintenant à votre parcours politique. En 2016, Anne-Sophie Leclère, ex-candidate Front National a été condamnée à 3 000€ d’amende avec sursis pour injure publique raciale envers Christiane Taubira. Ces derniers temps on parle beaucoup des discriminations de genre, mais quand on est représentant des français et dépositaire de la parole publique, est-ce que vous, au cours de votre vie et de votre carrière, vous avez rencontré ces difficultés?

Non. Pour être tout à fait honnête non. En Bretagne ,où j’ai grandi, jamais une seule fois. Pas une seule fois j’ai eu une attaque raciste, que ce soit à l’école où pendant la campagne. Pas une seule de mes affiches pendant les législatives n’a été taguée.

Les journalistes ou quelques commentateurs et analystes se posaient des questions de ce type et semblaient avoir des préjugés sur ma région. Mais ils ne connaissent pas ce qu’est la Bretagne, surtout ma circonscription (2e circonscription des Côtes-d’Armor), qui n’est pas un terreau fertile pour ce genre de choses. Sur toutes les affiches des 84 communes qui sont sur ma circonscription, je n’ai pas eu connaissance d’un problème de discriminations sur mes affiches.
D’où je viens, ce sont des gens qui ne jugent pas en fonction de la couleur de peau ou en fonction du sexe, ils jugent en fonction de la compétence ou de l’incompétence d’ailleurs.

  • À quel moment on se dit «je vais m’engager en politique»?

Déjà quand on étudie à Sciences Po, on a une appétence pour l’action publique. Je me suis toujours dit que je pourrais travailler pour un ministère, une ambassade etc. Je pense que le déclic  a eu lieu au moment des élections européennes, où on a désigné le Front National comme premier parti de France. On ne peut pas être seulement dans l’action du commentateur. Je me suis dit que si j’avais l’occasion, 2017 pouvait être la bonne année.

  • Pourquoi s’être engagé aux côtés d’Emmanuel Macron?

Tout d’abord sa vision progressiste de la société, sa vision de l’émancipation des individus, et c’est aussi le premier à avoir vraiment utilisé ce vocable de progressiste, dans lequel je me reconnais.

Ensuite, sa méthode me paraissait juste. Il s’inscrit dans un pragmatisme radical, il vise à prendre les bonnes idées, qu’elles viennent de gauche ou de droite et l’a prouvé pendant sa loi Macron, où il collaborait avec des individus des différents partis politiques.

Enfin, sur son rapport à la politique, à la fois plus profond et beaucoup moins passionné que certains l’ont. Il paraît beaucoup plus serein. Le pouvoir, à mon avis, ne le fascine pas autant qu’il a pu fasciner certains pendant trente, ou quarante ans. Il s’est dit que c’était le moment.

L’actualité politique

  • Dans son discours à la Sorbonne du 26 septembre 2017, le président Emmanuel Macron a évoqué le fait que d’ici 2024, «chaque étudiant parlera au moins deux langues européennes». Quid de la Langue Vivante 1 et Langue Vivante 2 proposées au collège?

Aujourd’hui on en «apprend» deux. Mais on n’en «parle» pas deux. Il faudrait une nouvelle méthode d’apprentissage des langues, on sait qu’en France, notre méthode est très académique par rapport aux autres pays européens qui parlent bien l’anglais par exemple. Il faut faire en sorte qu’à 18 ans on sache vraiment les parler. Cela implique que l’on soit dès la 6ème  plus dans l’approfondissement, notamment regarder des films en anglais. C’est là qu’on intègre bien la langue. J’ai commencé à apprendre des choses en anglais en regardant des matchs NBA le soir. Au Portugal, beaucoup de leurs films sont anglais sous-titrés portugais. Nous sur une chaîne de grande écoute, les langues y sont moins accessibles.

La langue est un aimant de culture. Quand j’étais au Mozambique, il y avait des mots qui n’avaient pas de traduction en français, car les subtilités sont vraiment différentes.

  • Que font les députés quand ils ne sont pas à l’Assemblée Nationale ? Sur le site de l’Assemblée Nationale, lors de  la 2e séance du 20 octobre, dans le scrutin public sur l’article 12 du projet de Loi de Finances pour 2018, sur les 313 députés faisant partie du groupe LREM, seuls 60 étaient présents.

Cette séance se déroulait la nuit tout d’abord, et il faut ajouter à cela les députés en circonscription. Mais durant le vote solennel, il y avait tout le monde. On a beaucoup de travail, nous ne sommes pas toujours dans l’hémicycle, personnellement,  j’ai beaucoup de réunions, il y a aussi les commissions, les citoyens qui veulent des rendez-vous avec nous, les journalistes aussi etc… C’est impossible et illusoire de croire que le travail d’un député consiste à être à l’Assemblée Nationale. C’est comme si on mesurait la performance d’un footballeur au nombre de buts marqués. Le travail de fond se fait en amont.

Quand on arrive en séance le travail est déjà fait à environ 70%. La séance c’est le moment un peu plus théâtral. Par exemple sur le projet de loi antiterroriste, il y a eu des centaines d’auditions en commission avant, et ensuite cela arrive en plénière.

Ce serait une mauvaise vision que de regarder le travail uniquement en séance, car il y a tout un travail de fond qu’on ne voit pas, mais qui est beaucoup plus important.

  • Une semaine dans la vie d’un député, c’est combien d’heures de travail?

Honnêtement, je ne sais pas, on ne compte pas, on dort très peu en tout cas. Je me couche vers 1h/1h30 le soir, et je me lève pour être à des réunions le matin vers 8 heures. Et, entre la circonscription et l’Assemblée, je fais de nombreux allers-retours. En heure de travail, ce n’est pas quantifiable.

  • Est-ce que vous avez des ambitions pour la suite?

Tout d’abord bien faire mon travail. Si déjà on remplit notre tâche, tenons notre programme, nos engagements, et maintenons notre présence sur le terrain de notre circonscription, on sera content.

Mais l’ambition est double, il faut tenir notre engagement, mais aussi changer la vision qu’ont les français de la politique. C’est une vraie ambition : il faudrait que quand les gens parlent de politique, ils aient moins de  défiance. Les Français doivent penser que ceux qui les représentent sont là pour les entendre et prendre en compte leurs idées et solutions. C’est pour cela que le mouvement «En Marche» à un gros travail aussi à faire. Il faut continuer de faire vivre la démocratie, à faire émerger des idées, des profils, des personnalités  issus de la société civile, parce qu’encore une fois, je ne pense pas que la responsabilité de faire vivre la démocratie appartienne simplement à la classe politique. Je crois que c’est Barack Obama qui disait lors de son premier Obama Summit que, si la démocratie était un animal, la société civile serait le corps et la politique n’en serait que la queue. Et c’est assez juste!

Le domaine de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur

  • Concernant, l’éducation nationale et l’enseignement supérieur ,quel est le point positif et négatif de l’Université en France selon vous?

Le point positif de la fac française : les enseignants. On ne le dit pas assez, mais il y a de très bons professeurs à l’Université. C’est un lieu d’excellence. Il y a tellement d’élèves à accueillir, qu’on en voit les points négatifs. Les facs de médecine françaises, par exemple, sont des lieux d’excellence il ne faut pas l’oublier. Les étudiants qui y sont, sont aussi un point positif! Quelqu’un qui arrive à «survivre» 5 ans à la fac c’est quelqu’un qui a du mérite. Les moyens qui sont mis dans les facs anglaises ou américaines ne sont pas les mêmes, ça n’a rien à voir. Faire son cursus à l’université demande de l’autonomie et de la détermination.

Le point négatif, et c’est tout l’objet de la réforme qui sera mise en place à la rentrée 2018, c’est de mieux orienter les élèves. Les mauvaises orientations sont un gâchis de temps, d’énergie, d’argent, et ce n’est pas possible qu’au XXIe siècle on n’arrive pas à orienter les futurs étudiants. C’est impensable pour moi. Ce n’est pas qu’une question de moyens, il en faut, oui, mais il faut mieux utiliser les ressources déjà présentes. Et il faudrait faire une réelle pluridisciplinarité, comme un système anglo-saxon.

  • De là découle ma dernière question, vous êtes parti à Londres pour vos études. Faut-il nécessairement partir à l’étranger pour bénéficier d’une formation d’excellence?

Je ne pense pas qu’il faille aller chercher son parcours à l’étranger. Par contre, c’est évident qu’il faut permettre à chaque élève, quelle que soit sa filière de pouvoir partir à l’étranger. Pour l’instant c’est assez réservé aux filières plus générales et aux grandes écoles car c’est encouragé et/ou obligatoire. Rendre obligatoire un parcours à l’étranger, pourquoi pas, car c’est toujours une expérience extraordinaire, qui permet d’apprendre beaucoup sur soi. On dit que «les voyages forment la jeunesse» et j’y crois beaucoup! On a beaucoup d’a priori quand on part, mais cela permet de déconstruire ses propres préjugés. Cependant, je ne dirais jamais que l’objectif de chacun doit-être de partir travailler à l’étranger, il faut même que les jeunes Français qui sont à l’étranger reviennent travailler en France.

Merci à Monsieur le député Hervé Berville d’avoir accepté cette rencontre pour le journal Sorb’on. Si vous souhaitez suivre ses activités on vous renvoie vers ces liens :

 crédit photo : Gwen Catheline