SMIC : ce que préconise le rapport du groupe d’experts

SMIC : ce que préconise le rapport du groupe d’experts

Mardi 5 décembre a été publié le rapport du groupe d’experts indépendants sur le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) dirigé par l’économiste Gilbert Cette. Ce dernier remet en cause l’efficacité du SMIC et préconise de le geler. Comment ce rapport en est-il arrivé à de telles conclusions ?

L’économiste Gilbert Cette, connu pour son libéralisme, avait déjà affirmé, en 2013, dans le Figaro « qu’au lieu d’augmenter le SMIC, le baisser progressivement serait plus judicieux en cette période où le chômage va de record en record ». Suivant cette même ligne il préconise aujourd’hui son gel.

Un débat théorique sur les causes du chômage

Ce rapport est au cœur d’un débat théorique qui n’est pas près de s’arrêter. La branche libérale, que défend Gilbert Cette, pense que le chômage existe à cause de l’intervention de l’État sur le marché du travail, notamment via l’instauration d’un salaire minimum. En effet, ce prix plancher empêche, selon ce courant de pensée, l’équilibre sur le marché car il rationne l’offre de travail qui émane des travailleurs. Ainsi, les travailleurs les moins productifs ne sont pas embauchés car, s’ils l’étaient, il faudrait les rémunérer à un salaire qui dépasse leur niveau de qualification. Il serait donc, selon les libéraux, plus judicieux de supprimer ce salaire minimum qui perturbe le bon fonctionnement du marché et empêche le plein-emploi.

Face à eux, une autre théorie, la théorie keynésienne, explique le chômage par un manque de demande. Effectivement, si la demande qui émane du consommateur n’est pas suffisante, l’entreprise ne sera pas incitée à produire et donc à embaucher. Ainsi, les défenseurs de cette théorie prônent, à l’inverse, une intervention de l’État afin de booster la consommation. Une hausse du revenu des consommateurs entraînerait donc une hausse de la demande ce qui obligerait  les entreprises à produire et ainsi à embaucher.

Les politiques économiques se fondent, aujourd’hui,  sur les théories libérales. Cependant, aucun fait ne permet confirmer complètement l’une ou l’autre de ces deux théories. La réalité est souvent bien plus complexe et l’efficacité de ces politiques varient d’un pays à l’autre.

Pourquoi un gel du SMIC ?

Ce rapport, suivant  la ligne libérale, souligne que  « la crise a exposé plus fortement les salariés au voisinage du SMIC au risque de chômage ou d’inactivité à court terme ». Augmenter le salaire minimum reviendrait à augmenter le risque de chômage de ces personnes. De plus, le SMIC augmente le coût du travail en France ce qui baisse donc la compétitivité prix de la production française et fait fuir les entreprises. Le rapport d’experts souligne que « les coûts salariaux unitaires français sont moins dynamiques que ceux de la zone euro depuis trois ans ». Il conseille plutôt une négociation des salaires dans les entreprises, permettant une plus grande flexibilité, selon la conjoncture économique des différents secteurs. Les experts  rapportent qu’« un niveau initial plus faible du salaire minimum laisse aussi un espace plus large à la négociation ». Le gel du SMIC réglerait donc deux problèmes à la fois : la hausse du chômage et le manque de compétitivité, en matière de coûts salariaux, de la France.

Au-delà du gel du SMIC, le rapport préconise en parallèle une hausse de la prime d’activité ciblée sur les familles les plus modestes n’ayant qu’une seule source de revenus. Les Experts ont constaté que « comparativement à une revalorisation du SMIC, une hausse de la prime d’activité serait plus à même de lutter contre la pauvreté et de baisser les inégalités de niveau de vie au regard des indicateurs usuels ». Cette mesure d’augmentation de la prime d’activité relèverait d’une politique keynésienne visant à booster la consommation des plus pauvres. Ce rapport semble mêler les différentes théories économiques du chômage.

Toutefois, le bilan du rapport est mitigé quant à l’efficacité du SMIC dans la réduction des inégalités. Les experts concluent que « même s’il contribue à moins de pauvreté et moins d’inégalité, ce dernier n’apparaît donc pas comme l’instrument de redistribution le plus efficace ». Reste à savoir si les résolutions apportées par ce groupe d’experts vont être appliquées ou non par le gouvernement Macron et à voir si elles seront finalement efficaces pour booster la croissance française et faire baisser le chômage.

crédit photo : Les Echos